Quel est le point commun entre Bastia, le Red Star et Norwich ? Tous ces clubs de football ont eu recours au crowdfunding. Voyons comment cette nouvelle pratique des années 2010 fait son petit bonhomme de chemin jusque dans les institutions du ballon rond.

Quoi funding ?

Le crowdfunding est un procédé de plus en plus populaire. Très ancré dans les industries des nouvelles technologies et du jeu-vidéo, il l’est cependant beaucoup moins dans le football. Francisé en « financement participatif », il consiste à faire appel à un grand nombre d’investisseurs pour financer le projet d’une entreprise qui n’aurait pas les moyens d’une telle levée de fonds. Mais à la petite particularité près que ces investisseurs ne sont pas des traders à Wall Street mais des monsieurs et madames tout-le-monde. Alors, pour inciter à investir, les donateurs reçoivent généralement des contreparties. Toutefois, ces gens, en plus d’être séduits par le projet, doivent évidemment s’assurer du sérieux de l’entreprise. En effet, la plateforme qui permet ces transactions ne se reconnait pas juridiquement responsable dans le cas où la firme disparaît avec la caisse.

Quand un club de football a désespérément besoin d’argent, les manières traditionnelles sollicitent rarement le crowdfunding. L’une d’entre elles est l’ouverture des capitaux du club aux marchés boursiers. Mais les investisseurs ne sont pas dupes sur la difficulté pour un club en faillite de renaître de ses cendres à court ou moyen terme. Quant aux supporters, ils peuvent être effrayés par le monde opaque que représente la bourse. Une autre méthode est la campagne de don des supporters. Étant donné que ceux-ci participent déjà financièrement au club par le biais des produits dérivés, des tickets ou des achats compulsifs ou nécessaires pendant un match tels qu’une écharpe ou un sandwich, ce recours a mauvaise presse, en particulier si le club dispose d’autres solutions.

Crownfunding

L’avènement de Kickstarter depuis 2009 pour les productions culturelles ou encore les nouvelles technologies ne manque pas d’inspirer le football. Pour l’instant, les rares projets relèvent souvent d’une rénovation d’équipements ou d’aide pour maintenir un club en faillite. La médiatisation des clubs limite en général les risques d’arnaque. Néanmoins, ces desseins sont plus compliqués à réaliser car les performances sportives en restent la clef de voûte. En revanche, l’entreprise, donc le club, aura moins de difficultés à séduire. Ses supporters adhèrent déjà, par nature, au projet. De plus, ils risquent fort d’apprécier les contreparties allant du maillot offert à la rencontre de joueurs, en passant par une plaque nominative gravée sur l’enceinte du stade.

Récemment, c’est Norwich qui a eu recours au financement participatif. Le club, cherchant à construire un centre d’entraînement flambant neuf, fit donc appel à Tifosy, le Kickstarter du football. Fausto Zanetton, co-fondateur du site avec l’ancien buteur emblématique de la Sampdoria, passé par la Juve et Chelsea, Gianluca Vialli, parle ici de « fanfunding ». Selon lui, tant que la communauté est présente et que les contreparties sont attrayantes, le club peut lever des millions d’euros via ce mode de financement. « Si tous les suiveurs de Tottenham sur les réseaux sociaux posaient £10, ils pourraient acheter Messi. Cette équation est également valable pour les plus petits clubs. Si ce n’est Messi, cela pourrait être des nouvelles infrastructures, par exemple », écrit-il dans un article en 2017.

Leur premier client fut Portsmouth. Avec £270 000 récoltés en deux mois, le succès a attiré une quinzaine d’autres clubs entre l’Angleterre et l’Italie. Vient donc Norwich, en 2018. Si l’objectif de la cagnotte était fixé à £3.5 millions, les fans avaient déjà contribué à un million dès le premier jour. Puis, après avoir atteint l’objectif, la barre symbolique des cinq millions maximum est atteinte. En tout, on dénombre 700 investisseurs.

Et en France ?

Le réseau de contacts chez Tifosy ne semble pas encore toucher la France. Toutefois, certains clubs de l’hexagone ne l’ont pas attendu pour avoir recours au fanfunding. Dès 2016, le Red Star lançait une campagne de la sorte afin de rénover l’historique Stade Bauer. Celui-ci, trop vétuste pour être homologué en Ligue 1 et 2, freinait alors le club parisien dans son ascension vers l’élite, le contraignant à jouer « à l’extérieur » : au Stade Jean-Bouin, à Charléty ou même à Beauvais. Les supporters n’ont évidemment pas rempli l’objectif des cinq millions d’euros. Mais cette campagne avait une vertu plus symbolique que financière : il s’agissait d’attirer les politiques sur le dossier, montrer que le Red Star avait un soutien digne de l’élite.

Le Sporting Bastia tentait l’expérience un an plus tard. Relégué administrativement suite à des problèmes extra-sportifs et surtout financiers, le club a mis en place un système de socios pour tenter de se sauver. Les Bastiais intéressés pouvaient récupérer une part du club donnant donc accès au droit de vote au conseil d’administration en échange d’une inscription payante. Les 220 000€ levés n’auront pas empêchés le dépôt de bilan. Cependant, les socios ont pu facilité le passage de témoin avec les nouveaux repreneurs.

Sociofinancement

Le système des socios était déjà en soi une sorte de financement participatif. À mis chemin entre l’action et l’abonnement au stade, cette pratique est déjà très répandue en Amérique du Sud ou en Espagne. En France, quelques initiatives à l’image des « Socios du PSG » ou « À la nantaise » tentent de l’implanter.

Mais ce mode de financement pourrait également sauver le monde du football amateur. Puisqu’eux ne peuvent pas compter sur des millions de supporters, ils mettent en place des cagnottes plus locales où les investisseurs peuvent s’impliquer dans la vie du club de manière très concrète, tout à fait comme des socios. C’est précisément ce que propose l’association Tatane, présidée par Vikash Dhorasoo. Par exemple, pour leur premier projet, l’Excelsior Cuvry a pu financer l’achat d’une paire de buts. Cela peut aussi être un terrain, des vestiaires, etc.

Le crowdfunding est donc à la fois financier et pédagogique. « Parce que le football est un jeu qui doit rester populaire. » Les clubs en question peuvent donc à la fois survivre grâce à ces infrastructures, mais ils ont en plus la possibilité de nouer ou garder les liens sociaux au sein de la ville ou du village.

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"Le joueur de football est l'interprète privilégié des rêves et sentiments de milliers de personnes." César Luis Menotti.