15 octobre 1987. Dans des circonstances encore aujourd’hui mal éclairées, Thomas Sankara est assassiné. Blaise Compaoré accède au pouvoir au Burkina Faso. Les coupables sont multiples : des gouvernements africains voisins, la France de Chirac et Mitterrand, et même la Libye de Kadhafi selon certaines sources. Mais ce qui est sûr, c’est que ce meurtre a été celui d’un homme amoureux de football.

Che africain

Thomas Sankara est une icône en Afrique francophone. On ne compte plus les t-shirts à l’effigie du leader burkinabè dans les rues de Ouagadougou et de tout le pays. Des produits dérivés à l’effigie de l’homme au béret finissent par dizaines dans les valises des touristes alter-mondialistes. Pas pour rien que Thomas Sankara est surnommé « le Che africain ». Car l’ancien ministre voltaïque et le Che, en plus d’avoir été vraisemblablement assassiné par l’occident et d’être des figures du tiers-mondisme sont des symboles de leur lutte.

Mais le caïman à l’œil ouvert était aussi un formidable dirigeant. Si le Burkina-Faso voue un culte sourd au prédécesseur de Youssouf Ouédraogo en tant que premier ministre Voltaïque, c’est qu’il est incroyablement populaire. Il a su créer dans le pays tout juste décolonisé, la Haute-Volta, un État. Un État globalement relativement stable par rapport à de nombreux autres pays ayant gagnés leur indépendance à la même époque. Et cela en dépit de son meurtre.

Cependant, Sankara n’est pas qu’un homme politique cloué au pilori. C’est aussi un formidable amateur de football. Remontons le temps et revenons en 1985. Sankara n’a aucune idée qu’il se fera trahir deux ans plus tard. Dans la cour du palais présidentiel, avec des employés, il dispute un match tout ce qu’il y a de plus classique. Un match comme pourraient le disputer des centaines de milliers de burkinabè. Un match dans la plus grande simplicité, pour un leader du tiers-mondisme. Mais un match où la qualité technique n’est pas toujours au rendez-vous.

Un homme fier

Mais Thomas Sankara, en tant qu’homme politique, est aussi très fier de son pays. Il ne supporte pas de voir son équipe s’incliner. Laurent Dona Fologo, ancien ministre d’Houphouët-Boigny, raconte notamment une anecdote assez folle sur la mauvaise foi dont pouvait faire preuve Thomas Sankara avec le football. Au cours d’une réunion entre les ministres des sports de langue françaises et des ministres burkinabè, un match de football est organisé.

Sankara était l’arbitre. Le premier but a été marqué par les membres du gouvernement du Burkina. Alors on se battait, on essayait de marquer mais on n’y arrivait pas. Et vers la fin, alors que la balle était peut-être à cinquante mètres des buts, il siffle un pénalty pour nous, comme ça… Ça nous a permis de marquer. Match nul.

Mais Thomas Sankara sait aussi être un vrai supporter. Lorsqu’il regarde les matchs de son équipe nationale, il se mue en défenseur numéro un de son équipe. Il conteste les décisions arbitrales, demande des fautes, réclame des cartons. Il détonne complètement dans la tribune présidentielle, où son homologue en profite souvent pour négocier des accords ou des billets.

Et si Thomas Sankara, plus de quarante ans après sa mort, continue d’être pleuré, c’est qu’il a représenté pour beaucoup l’espoir. L’espoir d’un monde meilleur, l’espoir d’un football africain qui pouvait se développer sans envoyer tous les joueurs en Europe. L’espoir d’une société plus juste, ou en tout cas moins inégale. Son assassinat a marqué une page dans l’histoire de l’Afrique, de la même manière que celui d’Ernesto « Che » Guevara a été un marque-page dans l’histoire de l’alter-mondialisme sud-américain. Et, comme un symbole, un mystère plane toujours aujourd’hui autour de la mort de ces deux hommes.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)