Villes de football s’intéresse aux relations entre les différents clubs à l’intérieur des grandes villes du ballon rond. Aujourd’hui, pour ce sixième et dernier épisode, nous allons partir à la découverte de Santiago du Chili, la généreuse.

Dans l’ombre

Santiago du Chili, Santiago de Chile en VO. Saint-Jacques au Chili, si l’on veut traduire en français l’intégralité du nom de la ville. Originellement nommée Santiago de la Nueva Extremadura par le conquistador espagnol Pedro de Valdivia, la ville voit le jour officiellement en 1541. Située dans une zone relativement fertile, un peu en hauteur, elle est à l’époque relativement facile à défendre. Engloutie entre la Cordillère des Andes à l’est et l’océan Pacifique à l’ouest, la ville est située en plein milieu de la langue de terre qu’est le Chili. Car le Chili est la plus belle illustration de ce qu’est une langue de terre. Large de cent-quatre-vingt-kilomètres en moyenne, et allant jusqu’à quatre-vingt-dix kilomètres par endroit, cela contraste avec les quatre-mille kilomètres que le pays déploie en hauteur. En termes de distance, cela correspond peu ou prou à un Oslo-Alger.

La diversité climatique du Chili n’est pourtant pas son principal atout. En effet, économiquement, le pays s’est construit autour d’un protectionnisme exemplaire. Surtout, les exportations de cuivre ont permis à la nation chilienne de se développer. Ainsi, un très fort contraste de richesse est présent entre le Chili et le voisin péruvien. Puisque l’on parle des relations entre les deux pays, il est intéressant de mentionner leur histoire belliqueuse. Dans la grande guerre du pacifique, les deux nations se sont affrontées. Mais le perdant a été la Bolivie. Disposant à l’époque d’un accès à la mer, elle s’était alliée au Pérou. Mais défaite par le Chili, elle a dû renoncer à cet accès maritime, et entretient désormais sa marine… sur le lac Titicaca. Comme une petite réaction d’orgueil, en espérant retrouver un jour un accès maritime.

Triumvirat

Santiago au niveau footballistique, c’est trois clubs, et rien d’autre. Le premier, le plus grand, c’est le Colo-Colo de Chile. Club le plus populaire du pays, souvent soutenu de manière étonnante par l’élite politique – et mêlé à des affaires de corruption de façon régulière -, est vieux de 93 ans. Fondé en 1925, son nom rend hommage à un des plus grands leaders indigènes, le chef mapuche Colocolo. Il s’est illustré pour l’indépendance de son peuple au seizième siècle lors de la guerre d’Arauco. Mais les sources divergent quant à la manière. Certains soutiennent qu’il était grand ami des espagnols quand d’autres le listent au contraire comme leader de la rébellion. Quoi qu’il en soit, son aura au Chili, où les minorités mapuche tentent de se faire entendre, est très importante.

Le deuxième grand club, c’est le CDU Catolica, plus souvent nommée Universidad Catolica. La Catolica est un peu plus jeune – elle a vu le jour en 1937 – mais très populaire également. Avec douze championnats au compteur, la Catolica est notamment reconnue pour être un très bon centre de formation. En témoigne le passage de Nicolas Castillo ou bien du pitbull Gary Alexis Medel. Sociologiquement, la Catolica attire plus les classes aisées de la ville.

Le troisième club majeur de la ville est l’Universidad de Chile. Elle dispute avec la Catolica le « clasico universitario« , un des matchs les plus acharnés du football chilien. La U, fondée en 1927, est peut-être le club le plus romantique du Chili. Pourquoi ? Parce qu’elle fut la maison du « ballet azul« , lors des années 60. C’était la magnifique équipe du génial attaquant Leonel Sanchez. Les entraîneurs Ulises Ramos et Luis Alamos Luque ont su donner à la U un fond de jeu extraordinaire.

Une ville et des stades

La ville de Santiago est ponctuée par endroits de grands stades. Celui de la U, par exemple. Longtemps connu sous le nom d’Estadio Nacional, il porte maintenant celui d’Estadio Nacional Julio Martínez Prádanos. C’est le plus grand stade du Chili avec une capacité officielle de 48 665 places. La construction a commencé en février 1937 et le stade a été inauguré le 3 décembre 1938. L’architecture était basée sur l’Olympiastadion de Berlin, en Allemagne. Le stade a été notamment utilisé comme camp de prisonniers et lieu de torture par le régime militaire à la suite du coup d’État chilien. La présidente Michelle Bachelet a déclaré qu’elle voulait en faire « le stade le plus moderne d’Amérique du Sud ».

Le Catolica joue au stade San Carlos de Apoquindo. Un stade assez récent comparativement, car construit en 1988 et accueille au maximum 14 118 personnes. Aux débuts du club, le Santa Rosa de las Condes était le stade « principal ». En 1945, le club a joué au stade Independencia, qui a été démoli en raison des problèmes financiers du club. La Catolica a commencé à jouer au stade de l’Unión Española, le Santa Laura. En 1980, l’idée d’un nouveau stade voit le jour. Le stade a été ouvert le 4 septembre 1988.

Le Colo-Colo, pour sa part, évolue au David Arellano. Souvent surnommé Monumental, il porte le nom d’Arellano en hommage au fondateur du club. Grand de plus de 40 000 places, il comporte une tribune latérale ouverte sur laquelle est dessinée la tête stylisée du grand chef mapuche qui donne son nom au club. Un autre club y évolue quand même, le petit Santiago Morning, qui évolue en Segunda. Cependant, le Morning joue la majorité de ses matchs dans le petit Estadio Municipal de La Pintana, grand de seulement 5 000 places.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)