Le Brésil a vu passer de nombreux joueurs. Certains très connus, comme Pelé, Ronaldinho ou Neymar. D’autre un peu moins, comme Garrincha, Didi ou Gilmar. Et certains ont carrément été oubliés par le football. Cruel, tant leur talent était patent. Nous allons donc aujourd’hui rendre hommage à l’un de ces héros méconnus. Quarentinha, pied gauche létal.

Veni

L’on sait bien peu de choses sur Quarentinha, si ce n’est que ce fantasque attaquant brésilien fut l’un des meilleurs de sa génération. Celui qui naît en 1933 à Belém, dans un des endroits les plus pauvres d’un Brésil encore à l’époque peu développé, n’est pas gâté par la nature. Ce qui est sur, c’est que celui qui est né sous le nom de Waldir Cardoso Lebrêgo n’est pas issu d’une famille aisée. Dans un pays mené d’une main de fer par Getulio Vargas, le football est une distraction prisée. Si prisée qu’elle se fera connaître du père du futur Quarentinha. Ce dernier pratique en effet le football dans les années 40, et fait connaître à son fils son jeu d’attaquant.

Le jeune Waldir, séduit par le ballon rond, commence peu à peu par pratiquer. A la fin des années 40, le club de Paysandu le repère. Car sur les terrains de terre, le jeune attaquant fait facilement la différence, notamment par son pied gauche. Sachant dribbler à la perfection, il ne pousse jamais le plaisir jusqu’à l’humiliation de son défenseur, comme le faisait Garrincha par exemple. Sa capacité à se démarquer pousse très vite le Paysandu, en 1950, à lui proposer un premier contrat professionnel, qu’il accepte. De ses seize à ses dix-neuf ans, cela sera son maillot. En 1953, il signe au Vitoria, et marque quelques buts. Mais cette période de la carrière de l’avant-centre brésilien n’est que peu documentée. Ce que l’on sait, c’est qu’il évolue à un bon niveau, mais insuffisant pour être convoqué avec l’Equipe du Brésil.

Vidi

C’est en 1954 qu’arrive le tournant de sa carrière, avec sa signature à Botafogo. Il restera fidèle pendant dix ans à ce maillot, passage simplement entrecoupé d’un prêt au Bonsucesso. C’est là que la légende Quarentinha s’écrit. En 442 matchs sous le maillot de Bota, il marque la bagatelle de 313 buts. Encore aujourd’hui, il est le meilleur buteur du Botafogo de Futebol e Regatas. Il marque d’une manière indélébile le football local, et connaît ses premiers faits d’armes en équipe du Brésil. Une équipe qu’il ne fréquentera qu’à 17 reprises, pour autant de buts – faisant de lui un des meilleurs buteurs de l’histoire du Brésil. A Botafogo, il forme une doublette d’attaque puissante avec Pepé. Mais peut-être le mieux est-il de laisser parler ceux qui ont vu.

Armando Nogueira disait de lui ces quelques mots.

Waldir Cardoso Lebrêgo, je l’ai vu jouer beaucoup, beaucoup de fois. Ce fut un attaquant créatif et respecté. Il a fait trembler les gardiens de but, même les meilleurs. Son pied – et on devrait parler de main – était un canon. Sa frappe de balle était puisante. Il faisait peur. Lorsque Botafogo jouait, avec lui d’une part et Pepe de l’autre, malheur à ceux qui tentaient de s’interposer. Waldir Cardoso Lebrêgo est né à Para, fils d’un attaquant qui l’a hérité, intact, le tir puissant et le surnom. Je ne sais pas si le père était aussi timide que son fils. Quarentinha n’a jamais célébré un but, et semblait étourdi après ses réalisations. Il estimait que cela faisait partie de son travail.

Vici

Après ce passage à Botafogo, Quarentinha continue sa carrière en Colombie notamment. Au cours des quatre années suivant son départ de Botafogo, il portera le maillot de six clubs colombiens, puis retournera prendre sa retraite au Brésil. Son palmarès s’enrichira en conséquence de quelques titres locaux. Mais la plus grande tristesse de celui qui aura été trois fois meilleur buteur du championnat de Rio et deux fois vainqueur fut en équipe du Brésil. En effet, Quarentinha loupe de peu le Brésil de 1958 et est absent en 1962. Son palmarès en équipe du Brésil reste vierge.

Quarentinha décédera d’une insuffisance cardiaque le 10 février 1996, à Rio de Janeiro. Sa carrière en club, parmi l’une des plus belle du football brésilien, contraste avec celle en équipe nationale. Néanmoins, encore aujourd’hui, le pied gauche de Quarentinha reste un modèle pour nombre de jeunes gauchers brésiliens. Et malgré un physique relativement maigrelet, il aura eu le privilège de jouer avec les deux plus grands. Coéquipier de Garrincha en club et de Pelé en sélection, voilà ce qui explique aussi peut-être que l’on ait un peu oublié Waldir Cardoso Lebrêgo.

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