J’aime vraiment beaucoup le football, mais croyez-moi, ce plaisir m’est souvent gâché. Je n’ose même pas parler du football défensif, car il me donne des crises d’urticaires. Non, je vais d’abord commencer ma critique du football par une diatribe contre les commentateurs. Car ceux-ci m’exaspèrent bien souvent ! Et tous ensembles, coupons-leur une bonne fois pour toute le micro !

Analyse tactico-pathétique

Je vais commencer par un aspect qui est peut-être le moins évident, encore que beaucoup d’entre nous, amateurs et connaisseurs de football, s’en rendent compte. Il s’agit de l’expertise tactique que les commentateurs sont censés nous prodiguer. Mais le seul nom de celui qui est censé effectuer cette analyse tactique sur une des chaînes de football françaises dirigés par un groupe qatari ferait exploser de rire n’importe quel individu un tant soit peu intelligent. Elie Baup est en effet, rappelons-le, chargé d’analyser les Multi Ligue 1 par exemple. Avec sa palette tactique – ou plutôt son tableau blanc – peut-il nous prodiguer sa vision des choses. Mais vous-même le disiez, on peut faire mieux avec beaucoup moins de moyens. Le seul avantage d’Elie Baup est le fait qu’il soit retransmis à la télévision, qui, comme chacun le sait, le moyen de « culture » – avec de gros guillemets – le moins cultivant.

Il est donc aisé de ne pas écouter ce que raconte l’ancien gardien de but, désormais promu commentateur-consultant. Pour ne pas concentrer ma prose sur un seul ennemi, je vais parler de la chaîne cryptée et de leur émission, entres autres, Data Room – et de tous ses équivalents. Je n’ai pas regardé ce programme depuis très longtemps. Mais la seule expertise des matchs qu’ils apportent et leur capacité à tracer des croix en trois dimensions sur les joueurs et faire sortir des faisceaux lumineux du sol. Non, il est bien évident que tous ces pseudos-commentateurs n’ont jamais lu un livre de tactique (*). Et enfin avoir des consultants incapables de reconnaître le rôle d’un numéro neuf en pivot d’un numéro neuf en déviation est aussi signe d’une inculture technique crasse !

Partizan Belgrade

Ah, le chauvinisme… Certes un Christian Jeanpierre était bien amusant à écouter lors des retransmissions des matches de l’équipe de France. Mais autant un chauvinisme peut s’expliquer pour l’équipe nationale, autant il est parfois difficile de cautionner celui de certains acteurs de la télévision. Car Franck Sauzée, pour ne citer que lui, faisait par exemple preuve d’un partisanat extrême lors d’un certain Lyon-Angers, le dernier à Gerland. Car le commentateur du Sud soutenait mordicus que les angevins, avec deux occasions, méritaient infiniment plus leur victoire que les lyonnais, qui avaient dominés tout le match. Un autre des arguments de ce commentateur était que les petits poucets, au final, doivent être avantagés par l’arbitre. Mais dans quel monde vit-on chez les commentateurs ? Dans quel monde l’arbitre doit-il influencer le cours du match pour des raisons budgétaires ? Car c’est de marcher sur la tête qu’il s’agit !

Je ne veux pas me focaliser sur un de ces incompétents commentateurs, et je vais donc prendre à parti une de mes victimes favorites. Ceci réjouira sans aucun doute les parisiens qui me liront. Lors d’un Paris-Marseille, alors que l’arbitre avait annoncé une touche pour le PSG, Christophe Dugarry (car c’est de lui qu’il s’agit) s’était exclamé, voyant cette touche être attribuée à tort au club de la capitale, « Elle est à nous ! Elle est marseillaise ». Il est dès lors compliqué de nous faire croire que le commentaire est impartial !

Et ce côté partisan est beaucoup moins gênant pour les hommes de terrains, ou plutôt les femmes : Carine Galli n’est pas particulièrement marseillaise ni Margot Dumont pro-lyonnaise lors des matchs qu’elles commentent sur la touche. Laurent Paganelli n’est pas marqué par quelconque blason non plus.

Olivier Girouette

L’avantage d’être à la télévision, c’est que l’on peut dire tout mais aussi son contraire. Donald Trump en est en effet témoin. Et c’est donc pour cela qu’il n’est pas rare de voir un commentateur louer l’inverse de ses propos d’il y a quelques instants. C’est on ne peut plus exaspérant. Par exemple, lors du récent Lyon-Dijon, le commentateur n’arrêtait pas de louer l’inexistence de Julio Tavares. Et après son but, c’est son talent à se faire oublier par la défense que tous ont loués !

Il n’est pas rare également de voire un commentateur louer le « jeu égal » pratiqué par les deux équipes, avant de voire une des deux équipes encaisser un but. Et c’est alors que les commentateurs ne peuvent s’empêcher d’expliquer que « on les sentait dominés depuis quelques minutes ». Mais où est la logique dans ces propos ?

Enfin, un autre aspect de la faculté des commentateurs à changer d’avis plus vite qu’une erreur défensive de l’Olympique Lyonnais est l’absence de constance. Ainsi, un joueur Lambda, défenseur de métier, réalisera un excellent match jusqu’à ce que le joueur qu’il marquait… marque. Le gardien Epsilon sera infranchissable jusqu’à ce qu’il fasse une faute de main, et son match excellent passera dès lors à pathétique. Messieurs les commentateurs, il ne me reste qu’à vous dire de garder votre veste tournée dans le même sens durant au moins un match entier ! Car il ne s’agit pas, quand on est membre des commentateurs, de juger sur l’instant comme notre société en a bien trop l’habitude. Mais il est beaucoup plus important de juger sur la durée, sur ce que les historiens appellent le « temps long » – concept certes excessif pour 90 minutes !

Commentateurs ou footix ?

J’ai parlé ci-avant de Christian Jeanpierre, et je désire m’attarder sur ce phénomène du football circus. D’ailleurs, utilisant cette expression, je vais aussi m’attarder sur Stéphane Guy. Dans mon paragraphe sera aussi présent le nom de Christophe Dugarry.

Christian Jeanpierre est l’archétype du footix adepte du double tourniquet. Avec lui, tous les corners deviennent intéressants. Et par ailleurs, Raphaël Varane réalise un « match plein, lui qui s’impose au Real Madrid ». Mais cette footixerie est bien explicable. Cependant, trop l’on fait avant moi, et je vous laisserais le découvrir « Dimanche dans Téléfoot ».

Alors qu’avec Stéphane Guy, on atteint tout de suite un stade de footixerie assez élevé. Croyant s’élever au niveau de son public, il ne fait qu’au contraire mettre en avant sa méconnaissance du sport, des joueurs et de l’histoire du football. Je sais que tout le monde n’est pas spécialiste, mais il est quand même le minimum pour un commentateur de savoir des choses simples. Comme par exemple que Rafael est un arrière droit – il avait affirmé le contraire à son arrivée à Lyon.

Christophe Dugarry me soulève de tels soupirs que le seul fait d’écrire une critique de son œuvre, lui qui compte parmi les commentateurs les plus illustres, me tue. Ne pas être capable d’expliquer pourquoi un coup-franc indirect est donné… Mais encore plus affirmer qu’il peut être accordé quand le joueur, dans la surface, ne se dirige pas vers le but… tant de méconnaissance m’assomme.

Enfin, il y aussi un commentateur dont je n’ai pas le nom, qui commentait Lyon-Nancy et s’amusait à faire des jeux de mots avec le nom de tous les joueurs. Mais il avait, lui au moins, l’avantage de nous faire sourire.

Circonstances exténuantes

Je parle de circonstances exténuantes, en plus du jeu de mot, car c’est parfois exténuant d’entendre un match de foot. Et ce avec un commentateur de piètre qualité pour nous faire vivre le match.

Il me faut cependant trouver des circonstances atténuantes aux commentateurs. Car la platitude de leurs analyses correspond en France à un grand principe journalistique ; il faut occuper l’espace. Et si les commentateurs anglais peuvent rester plusieurs dizaines de seconde sans parler, cela est impossible au moindre commentateur français.
Ensuite, il faut aussi noter que les commentateurs parlent en direct. Et car ils n’ont pas le droit à l’erreur, ils doivent finir leurs phrases, sans trop se prononcer. Ils sont donc obligés de ne pas laisser transparaître trop de choses, au risque de n’être pas clair. Car les commentateurs se doivent d’être compris par la majorité des téléspectateurs.

Cela amène notre point suivant. Les commentateurs doivent se mettre au niveau de leur public. Ainsi, l’excellent – nous y reviendrons plus loin – Grégoire Margotton faisait sur Canal + partie des meilleurs commentateurs. Mais son passage sur TF1 a atténué cette aura footballistique qu’il transportait avec lui. C’est-à-dire que l’équipe de France attirant plus de téléspectateurs, il ne faut surtout pas tenter de dire trop. Tout l’art est de rester compréhensible par tous tout en donnant suffisamment aux connaisseurs. Et, quitte à choisir, les rédactions demandent aux commentateurs de privilégier les incultes footballistiques, car ce sont justement eux qui sont les moins enclins naturellement à regarder du foot, et donc qu’il faut fidéliser à tout prix.

Ils sauvent leur profession

Dans tout le milieu des commentateurs, il faut cependant en sauver quelques-uns, et c’est ce que je vais tenter de faire. Vous l’avez remarqué, j’ai depuis le début uniquement parlé des commentateurs télévisés. Je ne vais donc pas déroger à la règle pour ces dernières lignes.

Il y a bien sur le génial Omar Da Fonseca. L’ancien avant-centre argentin n’est peut-être pas le plus calme des commentateurs, mais… Mais il est trop pris dans son match. Car son accent, sa verve, sa fougue, son incontrôlable commentaire tout au long du match donne envie de rentrer dedans. Associé le plus souvent à Benjamin da Silva, il forme un des plus beaux duos du PAF. Non, je ne parle pas de Pierre-Alain Frau. Car même si Messi est transfiguré dans les commentaires de Da Fonseca en meilleur joueur de l’histoire. Alors que Garrincha mérite plus ce titre que tout autre. Cela reste dans la folie habituelle du chevelu argentin !

Et il y a également Grégoire Margotton. Car celui qui se proclame « sans étiquette » fait vivre, par sa voix chaude et rugueuse, des matchs beaucoup plus intensément. J’ai encore en mémoire ce match de Ligue des Champions Barça-Milan au Nou Camp, avec la victoire 3-0 des catalans (2-0 à l’aller pour le Milan) … Sa science du football en fait une dramatique perte pour Canal +. Mais la majorité des français a cependant le droit de bénéficier de son expertise. Et en plus, il commente à la perfection l’athlétisme !

Et puis, il y a aussi l’excellent Habib Beye. Car l’ancien de l’OM et du PSG sait concilier talent, verve et maîtrise. Et ce à un point tel que les Inrocks lui avait concédé une interview. Il est tellement au-dessus de ses coéquipiers commentateurs que trop dire ne ferait qu’atténuer son talent.

Ces avis n’engagent que leur auteur, NSOL, et ne sont pas ceux du site

J’en profite pour signaler enfin que si j’aime critiquer le métier de commentateur, si une quelconque chaîne de télévision veut bénéficier de mes analyses, j’irais, j’y courrai, je volerais et me vengerais des affronts que certains font au football en le commentant !

(*) Lisez plutôt l’excellent ouvrage comment regarder un match de foot écrit par les dé-managers des cahiers du football.

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