Pour quoi est fait le football ? Pour se faire plaisir, probablement. Et pour faire plaisir aux autres, évidemment. Pour se faire aimer ? Sûrement un petit peu, mais ce n’est pas le meilleur moyen d’arriver à ses fins. Pourtant, certains footballeurs cherchent à être adulés. Pas seulement des supporters de leurs clubs, non. Mais par tous les supporters d’un pays. Alors, peut-on être footballeur et la personnalité préférée des français ?

Division

Être footballeur, par nature, c’est diviser. C’est diviser parmi son équipe, entre les coéquipiers heureux de jouer avec soi, et les remplaçants qui rêvent de chiper la place dans le onze de départ. Et c’est diviser au sein d’un championnat, entre les supporters d’une équipe et ceux qui préfèrent se vouer à l’adversaire. Puis, si l’on est suffisamment bon, il y a l’équipe nationale. Et alors que la sélection devrait être le moment de réunir toutes les sensibilités d’une nation, c’est bien souvent le contraire qui se produit parmi les amateurs de football. La sélection nationale est sans doute l’un des éléments les plus clivants du football moderne. Entre les supporters mécontent de l’absence d’un de leurs joueurs et ceux qui critiquent la présence d’un autre, il y a déjà un grand débat.

Mais les footballeurs mécontents de leur statut en sélection sont probablement encore plus fascinants. Certains tueraient pour être là où ils sont, et pourtant, et pourtant, et pourtant… Ils se plaignent, grognent, demandent une plus grande place et sèchent la sélection. Le pire ? C’est que cela arrive partout. De la sélection africaine engluée dans les qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations au pays sud-américain qualifié en Coupe du Monde, en passant par les sélections asiatiques couvrant des milliers de kilomètres pour du beurre et les nations européennes aux joueurs évoluant quasiment à domicile à chacune des rencontres. Pour eux, la division est dans leur esprit même. Car à partir du moment où ils n’ont pas tout, partout, tout le temps, alors ils ne sont plus heureux.

Haine

Mais alors, imaginons, le joueur idéal, avec la mentalité la plus exemplaire qui soit. Des performances absolument irréprochables à chacune des rencontres avec la sélection, des excellents matchs en championnat, pas de photos en soirée ni de scandales sur le marché des transferts. Ce joueur, évidemment, n’existera jamais. Car dès que le succès arrive à la tête de ces gamins qui arrivent à l’argent et à la notoriété sans y être préparés, tout se met à vriller. Parfois, cela se termine chez le psychologue. Parfois, cela ne donne qu’un ego surdimensionné. Faisons fi de tout cela, et reprenons notre joueur idéal. Le voilà, sur le devant de la scène. Prêt à faire tout ce qu’on attend de lui. Prêt à devenir le meilleur joueur de l’histoire du football.

Et pourtant ? Et pourtant, ce joueur veut devenir la personnalité préférée des Français. La personnalité préférée de 65 millions de personne dont au bas mot les deux-tiers ne savent absolument rien de ce qui anime son quotidien. Alors forcément, le gamin a besoin d’être connu. Il a besoin que l’on parle de lui, même quand il n’y a pas de raison objective de l’être. Et là, c’est le jackpot. Les 40 millions de Français qui n’aiment pas le football en dehors de la Coupe du Monde se mettent à l’aimer. Mais dans le même temps, ceux qui aiment le football n’en peuvent plus de voir son nom sous toutes les formes.

Alors, qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce que la morale de cette fable ? Tout simplement que le but du football, c’est de jouer. C’est de marquer. C’est de se faire aimer de son club. Mais ce n’est pas d’être la personnalité préférée des Français.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)