Deux fois par semaine, nous avons débriefé l’Euro 2020 sur demivolee.com. C’est désormais l’heure de décerner les lauriers et de donner le clap de fin après la victoire de l’Italie.

L’événement : Rendre à César…

L’Italie est championne d’Europe. Une victoire 3-2 aux tirs au but, après un nul à 1-1 sur les 120 minutes de jeu, permet au football de « tornare a casa », puisque les Italiens ne sont pas non plus étrangers à la création du football.

Si le but express de Luke Shaw suivi d’une première mi-temps placée sous le signe de la stérilité ont pu instigué quelques doutes sur les chances de l’Italie, pour le plus grand plaisir d’un Wembley particulièrement électrique, les hommes de Roberto Mancini ont su corriger le tir pour rappeler à l’Europe qui était la meilleure formation du tournoi. Car non content d’être la meilleure équipe sur cette finale, la Squadra Azzurra aura montré une qualité de jeu, une cohérence et un parcours qui font d’elle une très belle championne. Le tout sans être particulièrement favori ni en ayant les meilleures individualités.

C’est là tout le mérite du mandat Mancini. Rebâtir une sélection malaimée en si peu de temps, en partant de presque zéro, et remporter un trophée international si relevé trois ans après la prise de fonction relèvent déjà de la prouesse. Et la manière n’en est que plus admirable.

En termes d’image, l’ancien entraîneur de Manchester City faisait face à un défi comparable à celui de Laurent Blanc, qui a pris les rênes de l’équipe de France après Knysna, quand une méconnaissable Italie manquait de se qualifier au Mondial 2018. Il a également su développer un projet de jeu à l’échelle macro. Cette philosophie, pensée autour de son milieu, prête à se tourner vers l’avant, est en plus cohérente avec le progrès du Calcio et en véritable rupture avec l’histoire de la Nazionale. En complément, son management à l’échelle micro s’illustre par une excellente lecture des matchs, en témoignent les nombreux visages de l’Italie tout au long de cet Euro.

Le chiffre : Shaw devant !

Cette dernière corde à l’arc de Roberto Mancini s’est justement illustrée une nouvelle fois sur cette finale. Car quand Luke Shaw inscrit le but le plus rapide de l’histoire des finales de l’Euro après 1 minute 57, explosant ainsi le précédent record détenu par Pereda qui donna l’avantage à l’Espagne en 1964 au bout de 5 minutes et 04 secondes, c’est plutôt la supériorité tactique du premier plan de jeu de Gareth Southgate qui transpire sur la rencontre.

À l’origine de l’action, une superbe conduite de balle de ce même Luke Shaw pour se dégager du pressing italien et trouver Harry Kane venu au secours. Puis, une fois le ballon en entonnoir dans le couloir droit, c’est la course de Kyle Walker qui crée la supériorité numérique et confère tant d’espace et de temps à Kieran Trippier pour ajuster son centre. En supériorité numérique également sur l’aile gauche, le latéral de Manchester United se retrouve seul au second poteau pour ajuster sa demi-volée.

Menée par les pistons de bout en bout, cette offensive peut difficilement faire meilleure publicité au 3-4-3 de Southgate, décidé spontanément pour cette rencontre. C’est un symptôme de l’échec et mat tactique que ce dernier infligeait dans un premier temps à Mancini. Avec cette double supériorité numérique dans les couloirs qui profite autant aux pistons qu’aux neufs et demi en électrons libres, ce qui était une composition à vertu défensive – le technicien anglais confiera plus tard sa volonté de ne pas vouloir impliquer un ailier pour défendre sur Lorenzo Insigne – s’avère tout aussi problématique pour l’Italie sur les attaques anglaises.

Ce plan, qui a fonctionné (trop ?) immédiatement aurait pu être le gros coup de Southgate.

Le but : Bonucci sonne la charge

Mais pour conserver ce potentiel gros coup, encore fallait-il ne pas perdre son football. Or, plus le match avance, moins l’Angleterre ne s’acharne à jouer autre chose que des seconds ballons jaillissants d’un repli défensif toujours plus bas. Les décrochages de Harry Kane et de Mason Mount, les incursions de Raheem Sterling… Tout ça n’était déjà plus que de l’histoire ancienne à la mi-temps. Si bien que les Italiens, bien rentrés dans cette deuxième période, retrouvent la balle de plus en plus rapidement. Et sentent de moins en moins le désespoir de devoir jouer long ou frapper de loin.

Après une traversée du désert assurée par le porteur d’eau Federico Chiesa, toujours à même d’apporter la menace dans le camp anglais, c’est une sorte de but casquette, sur corner, qui achève de renverser les dynamiques mentales de ce match. Finalement, les conséquences mentales de cette bonne entame sont telles que le but de Leonardo Bonucci a des saveurs de « ce qui devait arriver arriva ». Car après celui-ci, les cassages de lignes, la conservation et les combinaisons dans les petits espaces se font plus faciles et ne laissent guère de doute sur le fait que l’Italie aurait de toute façon égalisé.

Vu du dessus, le but de Bonucci a tout d'un tableau de la Renaissance. (Crédits : Laurence Griffiths/Getty Images)
Vu du dessus, le but de Bonucci a tout d’un tableau de la Renaissance. (Crédits : Laurence Griffiths/Getty Images)

Lorsque Gareth Southgate tente de relancer la machine en faisant rentrer Bukayo Saka pour passer en 4-3-3, il est déjà trop tard. La défense italienne, vue contre la Belgique dans un véritable match référence, verrouille totalement l’axe et empêche la moindre once de relance. Ainsi, Kane est réduit à une ligne de statistiques alarmante : aucun tir, aucune passe avant un tir, aucun ballon touché dans la surface.

L’ascendant mental pris durant la deuxième période a sans doute pu aider lors des tirs au but, mais attention aux analyses biaisées par le résultat : les Three Lions perdent bien leur match en seconde période, et beaucoup moins sur ce double changement où Marcus Rashford et Jadon Sancho foulent la pelouse exclusivement pour tirer leur penalty. Si le dilemme est évidemment qu’ils rentrent à froid alors que le premier et unique ballon qu’ils toucheront aura une lourde signification, c’est une stratégie qui aurait pu fonctionner. Ces remplacements, justement, sont surtout intervenus trop tardivement. L’Italie avait déjà le sens du momentum. Mancini avait déjà retourné la partie en sa faveur. Southgate, qui avait jusque là eu tout bon ou presque sur cet Euro, a perdu pied à la mi-temps de la finale.

Le mot de la fin

Puisque c’est sur ce match très intéressant que s’achève l’Euro 2020, profitons-en pour saluer la très bonne qualité de ce championnat d’Europe. La situation sanitaire et les burnouts potentiels ou avérés des joueurs à l’aune d’une compétition exigeante avaient de quoi faire peur, mais nous avons bien eu notre lot de matchs fous et offensifs. Globalement, peu d’équipes ont fermé le jeu, même les petits poucets en phase de groupes, et bon nombre de projets étaient intéressants. D’un point de vue comptable, l’Euro 2020 fut, avec 2,8 buts par match, l’Euro le plus prolifique dans le format poules et phase à élimination directe.

À noter également que Gianluigi Donnarumma a été nommé joueur du tournoi. On peut aisément le comprendre : il n’a encore jamais perdu une séance de tirs au but avec sa sélection, a contribué à l’exploit de gagner deux séances d’affilée, ce qui n’était jamais arrivé à l’Euro, et est plus globalement un des architectes majeurs de la série italienne en cours, et du titre, tout simplement.

Jorginho n’aurait pas non plus démérité cette distinction. Déjà vainqueur de la Ligue des Champions cette année, il rajoute l’Euro dans sa vitrine en étant une solide vertèbre de la colonne vertébrale de son équipe dans les deux cas. Et si sa saison monstre le plaçait au sommet de la course au Ballon d’Or ? On aura aussi une pensée pour Leonardo Spinazzola. Il était au cœur du projet de Mancini et, coïncidence ou non, l’Italie n’a plus gagné un match dans le temps réglementaire après sa blessure. Quel plaisir de le voir sur le podium !

Enfin, il est temps de vous remercier vous, chers lecteurs, de nous avoir accompagnés tout au long de cet Euro !

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"Le joueur de football est l'interprète privilégié des rêves et sentiments de milliers de personnes." César Luis Menotti.