1896 : les Jeux Olympiques font leur grand retour ! En Grèce, après de longs siècles d’oubli, et grâce à l’impulsion du français Pierre de Coubertin en 1894, le plus grand événement sportif de l’époque moderne est organisé. Il est décidé que ce que l’on appelle aujourd’hui les « JO » auront lieu tous les quatre ans. Tous les quatre ans, vraiment ? Oui : 1896, 1900, 1904, 1908… et 1906. Oui, 1906, avec seulement deux ans d’écart par rapport aux Jeux Olympiques de 1904 et de 1908. Mais pourquoi donc cette étrangeté ? Tout simplement parce que le Roi de Grèce avait demandé au CIO d’organiser des Olympiades commémoratives des dix ans du retour des JO. Chez lui, en Grèce, évidemment. Une étrangeté finalement non reconnue ultérieurement par le CIO, mais qui engendre une compétition de football particulièrement croustillante. Zoom, donc, sur le football aux JO de 1906.

Quatre équipes, trois pays

Quatre équipes viennent concourir à ces Olympiades très particulières, mais elles ne proviennent que de trois pays. Et encore, pas vraiment. Le Danemark est un de ces pays : il présente sa sélection, non pas nationale, mais de Copenhague. Cette équipe est composée de joueurs de la sélection danoise habituelle – comme par exemple August Lindgren, Oskar Nielsen ou Charles Buchwald – mais aussi de joueurs inconnus au bataillon, majoritairement. Certains, comme le gardien Vigo Andersen, ne jouent même pas de manière habituelle dans des clubs danois. Néanmoins, tous les joueurs sont domiciliés à Copenhague, et évoluent, comme c’est encore l’habitude à l’époque, dans des matchs amicaux non-officiels avec des clubs qui ne sont pas forcément les leurs. Ils se connaissent donc un minimum, et ont plus ou moins l’habitude de jouer ensemble. Cette sélection, faite un peu de bric et de broc, n’est donc pas aussi hétéroclite qu’il ne paraît.

En face, il y a bien évidemment la sélection à domicile, l’équipe d’Athènes. Elle compte notamment dans ses rangs un jeune garçon de 16 ans, George Kalafatis, qui, deux ans plus tard, à 18 ans tout juste, sera le fondateur du Panathinaïkos. Les joueurs de la sélection athénienne n’évoluent pas dans des clubs qui existent encore aujourd’hui – puisque nombre d’entre eux n’ont pas encore été créés – mais quasiment tous à l’Ethnikos Syllogos, à l’exception d’un. Les deux autres équipes représentent la Turquie, mais sont aujourd’hui situées sur le territoire de la Grèce actuelle. Il s’agit de Smyrne et de Salonique. L’équipe de Thessalonique est composée intégralement de joueurs grecs, celle de Smyrne de joueurs français, anglais et arméniens. La logique est donc difficile à trouver dans les nationalités de ces Olympiades !

Demi-finale de football des Jeux Intercalaires de 1906, le Danemark contre les smyrniotes.
Demi-finale de football des Jeux Intercalaires de 1906, le Danemark contre les smyrniotes.

Une compétition loufoque

Le loufoque de la compétition ne s’arrête pas là. Dans ces JO Intercalaires de 1906, le football commence donc aux demi-finales. Le 23 avril, les deux rencontres se disputent dans le même stade, l’une à la suite de l’autre. Le terrain sur lequel se dispute la rencontre est bosselé, les lignes sont tracées à la main et le rond central est très approximatif. Mais les équipes s’en donnent à cœur joie dans cette compétition qui n’est pas encore rentrée dans l’histoire par son originalité et son unicité. La sélection de Copenhague s’impose cinq buts à un face à Smyrne. Une heure et demi après, la la Société des Amis de la Musique de Salonique est étrillée par Athènes cinq buts à rien. Deux grosses corrections, et les inégalités de niveau ne sont pas finies.

Car la finale, qui a lieu le lendemain, oppose donc Copenhague à Athènes. Et le scénario est rocambolesque. Copenhague marque toutes les cinq minutes en première mi-temps, et mène 9-0 à la pause. Un conciliabule a lieu à la mi-temps entre les joueurs grecs : ils décident ne pas revenir sur le terrain pour préserver leur honneur ! Le Danemark est donc déclaré vainqueur de la compétition. Dans le match pour la troisième place, le 25 avril, Smyrne s’impose 3-0 face à Salonique.

Les médailles d’argent et de bronze reviennent cependant au troisième et au quatrième : en effet, Athènes ayant déclaré forfait, les athéniens ne peuvent pas prétendre à l’argent. Mais c’est malgré tout la Grèce qui remporte les médailles. En effet, les équipes turques étant majoritairement constituées e joueurs d’origine grecque, le pays-hôte remporte deux médailles. Pas mal, en ayant aligné une seule équipe !

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