La Ligue des Champions – et sa petite sœur la Ligue Europa – a cela de fabuleux qu’elle offre des confrontations en aller-retour dès le printemps. Et ces confrontations ont un charme particulier, un charme mathématique : celui des buts à l’extérieur. Ces fameux buts qui comptent double en cas d’égalité. Mais en 2020, faut-il remettre en question cette règle qui date de 1965 ?

Un peu d’historique

Le but à l’extérieur apparaît pour la première fois dans le monde du football en 1965. L’UEFA, qui fait déjà autorité sur le football européen, décide de mettre en place la règle suivante :

Pour les matches disputés selon le système à élimination directe, si les deux équipes ont marqué le même nombre de buts sur l’ensemble des deux matches, celle qui a marqué le plus grand nombre de buts à l’extérieur se qualifie pour le tour suivant.

Auparavant, les équipes disputaient, en cas d’égalité, un match d’appui sur terrain neutre. Ce fut par exemple le cas de l’Olympique lyonnais et du Sporting Portugal en Coupe des Coupes 1963-1964. Après un nul 0-0 à Gerland, les deux formations se rendent coup pour coup au retour. Le match se conclut sur un score de 1-1 au bout des prolongations à Lisbonne. En l’absence de règle des tirs-au-but et de règle des buts à l’extérieur, les deux formations se rencontrent à nouveau à Madrid. Et les portugais l’emportent 1-0. Deux saisons plus tard, l’OL se serait qualifié grâce aux buts à l’extérieur.

Les tirs-au-but apparaîtront pour leur part un peu plus tard. L’idée germe en 1968 après l’élimination de l’équipe nationale de l’Etat d’Israël au tirage au sort en demi-finale de l’Euro contre l’URSS. Ils seront mis en place en Europe en 1970. Cette règle ne s’appliquera cependant aux finales européennes qu’à partir de 1976 et celle de l’Euro, et encore, de facto. Cette Nuit de Belgrade marquera un tournant dans l’implantation des tirs-au-but dans le football.

Mais aujourd’hui ?

Mais aujourd’hui, les buts à l’extérieur ont-ils encore un sens ? En effet, cette règle a été mise en place afin de départager les équipes et d’éviter l’organisation d’un match d’appui, et, le cas échéant, d’un tirage au sort. Mais depuis l’intégration de la règle des tirs-au-but, ce problème est réglé de fait.

En outre, la nature même des buts à l’extérieur est de plus en plus sujette à question. En effet, il faut imaginer la mise en place de cette règle à la fin des années 1960. Les déplacements ne sont pas aussi faciles qu’aujourd’hui, surtout en Coupe d’Europe. Et les clubs ne disposent pas des mêmes budgets. Les conditions de transport sont parfois précaires, celles de logement encore plus. A l’autre bout de l’Europe, il faut parfois passer des heures couchés sur des banquettes inconfortables de train. Les avions ne sont pas privatisés, et les changements sont fréquents. De même, les méthodes de récupération ne sont pas aussi avancées, et les staffs pas aussi pléthoriques.

Le pire étant sans aucun doute les déplacements derrière le rideau de fer, et ils sont alors légion courante. Les clubs de Pologne, d’Union Soviétique, de République Démocratique Allemande ou de Hongrie réussissent des performances impressionnantes sur le plan européen. Jamais égalées, ou presque, depuis. Leur éloignement géographique, la difficulté pour les joueurs adverses d’évoluer dans des conditions sereines et d’être correctement préparés joue pour beaucoup dans la qualité des performances de ces formations d’Europe centrale et orientale.

Mais aujourd’hui, lorsque aller d’un bout à l’autre de l’Europe en avion (Lisbonne – Tallinn : 5h 55) est moins long que d’aller de Southampton à Inverness en voiture (9h 57), ces mesures visant à rééquilibrer le jeu ont-elles vraiment un sens ? Ou au contraire, sont elles désuètes et hors du temps ?

La question des prolongations

La question centrale à propos des buts à l’extérieur concerne cependant avant tout les prolongations. Faut-il abolir cette règle pendant les prolongations ? C’est l’avis de nombreux entraîneurs, comme par exemple Thomas Tuchel ou bien Arsène Wenger. En effet, cette règle, qui vise à rééquilibrer les débats, est parfaitement injuste dans le cas d’une prolongation. L’équipe qui reçoit est fondamentalement désavantagée. Elle n’a que 90 minutes pour marquer un but « décisif’, tandis que son adversaire possède près d’un tiers de temps en plus. En outre, les tirs-au-but ne peuvent plus arriver lorsqu’il y a un but au cours des prolongations. Lorsqu’il y a un but durant les prolongations, l’équipe à l’extérieur est donc avantagée : si elle marque, elle peut en prendre un sans aucune conséquence.

Si cette règle est supprimée pour les prolongations, une question revient sur le devant de la scène : pourquoi marquer un but dans la cinquième minute du temps additionnel de la seconde période est-il décisif en cas d’égalité, alors qu’une minute plus tard, dans la première des prolongations, il ne sera pas décisif ? Autrement dit, si la règle est abolie partiellement, ne faut-il pas l’abolir complètement ? Car supprimer seulement une partie de la règle pose la question de la logique de celle-ci : on estime que marquer à l’extérieur est plus difficile, sauf pendant les minutes de la prolongation. Il est donc nécessaire d’unifier la règle.

Aujourd’hui, alors que l’on dispose plus que jamais de moyens de déplacements rapides, sûrs et confortables, et que l’on a également des moyens de départager les équipes – car c’est quand même bien là l’origine de la règle, éliminer le match d’appui, éprouvant et complexe sur le plan logistique, et le tirage au sort en cas de match nul -, la règle des buts à l’extérieur a-t-elle encore un sens ? Il semble que de moins en moins…

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