C’est à peu près acté. Avec la Covid-19, le football ne reprendra pas avec ses supporters de sitôt. Si d’aucuns refusent la reprise du football sans supporters, il paraît évident que ce raisonnement, s’il peut tenir la route en termes purement intellectuels, est vicié. Et justement, la crise offre au contraire aux supporters des potentialités pour se réinventer.

La dictature de l’écran

La télévision est un fléau s’il en est. A son travers se diffusent rumeurs, bêtise et informations inexactes. Mais en même temps, elle est une des plus incroyables inventions de l’histoire de l’humanité. Pensez seulement. Grâce à la télévision, on peut retransmettre avec une fidélité proche du réel, en quasi-instantané, quelque chose qui se passe à l’autre bout du monde. Et cette incroyable invention tient aujourd’hui tout son sens alors que le football est à l’arrêt, et que les supporters sont bannis des stades. La télévision permettra aux supporters les plus fidèles de continuer à suivre les exploits de son équipe.

Mais bien sûr, la télévision n’est pas parfaite. D’ailleurs, si elle reproduisait fidèlement les images, les bruits et les odeurs de la réalité, cela ferait bien longtemps que plus personne ne se déplacerait dans un stade. Quel intérêt de quitter le confort de son canapé pour s’installer sur une chaise en plastique inconfortable si ce n’est pour gagner quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau ?

Car le football, et il n’est plus ici question de le démontrer, à une fonction éminemment sociale. Le stade est le lieu de réunion par excellence. Et le football à travers un écran de télévision fait perdre toute cette richesse. Toute cette beauté. Bien sûr, on peut imaginer retrouver l’ami chez soi et partager autour d’un verre de vin la rencontre, mais les règles élémentaires de distanciation sociale seraient ainsi bafouées.

Nouvelles formes

Il ne faut pas essayer, à mon avis, de retrouver dans le football à distance ce que l’on a perdu avec l’absence de stade, de terrain de jeu pour le supporter. Il faut parvenir un supporteurisme adapté à une époque dématérialisée, une manière d’animer le football de manière digitale. Les plus rétrogrades d’entre nous le refuseront. Comme ils refusent l’arbitrage vidéo, comme ils refusent la moindre évolution de notre football. Tout en, bien souvent, se prétendant de gauche.

Mais comment peuvent-ils allier leur volonté de voir la société évoluer à un conservatisme digne des plus anciens dans le domaine footballistique ? Au nom d’un football d’antan, ils refusent de voir que le football a évolué, comme la société. Il y a un siècle, on ne vivait pas avec les mêmes droits qu’aujourd’hui. Il y a un siècle, le football ne se jouait pas de la même façon qu’aujourd’hui. C’est pour cela qu’il est absolument nécessaire d’évoluer.

Alors, comment adapter notre pensée à ce contexte fait d’incertitudes et d’évolutions ? Il est sûr que les solutions technologiques ne manquent pas de charme. Supporter, depuis son salon mais retransmis en direct dans les tribunes du stade, cela ne manque pas de piment. La bière y est moins cher, le siège plus confortable, et la qualité de la vision meilleure. Et c’est assez facile de marquer son soutien grâce à ce dispositif. Les chants préenregistrés associés aux effigies des abonnés en carton disposées dans les tribunes, cela donne aussi un aperçu de ce que le football peut fournir.

Bien sûr, ce n’est pas pareil, mais cela a le mérite de donner un peu de vie, de proposer un moyen de traverser cette période difficile en se rendant compte que le plus important ne sont pas les supporters ou les joueurs, mais l’institution. L’institution doit à tout prix perdurer, être plus forte que la maladie, que le temps, que les individus.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)