Les chemins de la gloire sont invisibles à l’œil nu. Pourtant, nombreux sont ceux qui veulent les emprunter. Et les footballeurs plus souvent qu’à leur tour. La recherche de la gloire est un des éléments qui fait la singularité du sport de haut niveau, et tout particulièrement du football.

Gloire individuelle, déboire collectifs

Dans une équipe de football, les places sont rares et chères. Nombreux sont les candidats, mais les élus n’en sont qu’une infime partie. On peut naître sous les meilleurs auspices, bénis des dieux, et ne pas faire carrière. Car le football est un sport fondamentalement collectif qui met en exergue les talents collectifs. Dès le plus jeune âge. Alors que certains ont encore le lait maternel sortant de leurs nez, ils sont propulsés sur le devant de la scène. Comme ça. Sans filets, si ce n’est ceux qui se dressent aux deux extrémités du terrain.

Alors forcément, quand on se retrouve en première ligne, on tente de sauver sa vie. À la guerre comme au football, sa vie passe avant celle des autres. Y compris quand son meilleur ami est sous le feu des mitrailleuses. Bien sûr, on lui dira de se pencher. Mais on ne fera pas passer son corps devant sa poitrine au moment où la mitraille crépite dans l’air sec de l’été. Il n’y a que dans les films qui font des grands succès au box-office que cela arrive. Eh bien, dans le football, c’est un peu pareil. C’est magnifique si son meilleur ami parvient à arracher la gloire. Mais si seul l’un des deux doit réussir, c’est mieux que cela ne soit pas lui…

Bien sûr, tout cela est très problématique. Parce que le football est d’abord un sport d’équipe, et que si les différents membres se battent pour leur propre écurie avant de penser au collectif, les choses risquent mal de se passer. Mais aussi parce que ces comportements arrivent très jeunes, chez des individus très friables et malléables.

Choc

Les médias peuvent avoir un énorme sentiment de culpabilité devant chaque carrière qui échoue aux portes de la gloire et laissent un gamin dans un état mental désastreux. Car à force de mettre en avant des joueurs, de plus en plus jeune, et d’en faire des égéries nationales, ils nuisent à la santé psychologique de nombreux enfants et adolescents. Car tous se battront encore plus fort, feront des sacrifices encore plus importants, mettant parfois en péril leur santé – dopage notamment -, mais le nombre de place reste le même. Et la chute n’en est que plus dure. Et la chute n’en est que plus fréquente, car les médias sociaux notamment mettent en avant beaucoup plus facilement des joueurs trop facilement surnommés talents de demain.

Les médias sociaux sont un sujet à part entière. Ils sont sans doute les plus grands ennemis des footballeurs sur le chemin de la gloire. Ce sont eux qui violentent au quotidien les footballeurs, du plus petit au plus grand. Ce sont pour eux que les footballeurs se mettent en avant, à l’image des « influenceurs », un terme moderne pour désigner les acteurs d’une espèce de lupanar informatisé. Mais ces médias sociaux, loin d’apporter une simple vitrine, sont aussi le moyen d’apporter déchéance et incendies dans la campagne pour la gloire. Des vieux messages mal effacés peuvent causer des dégâts absolument inconcevables.

Alors, à l’heure où le football entame un nouveau tournant, de plus en plus centré sur l’argent et de moins en moins sur les êtres humains, il ne faut pas oublier que les footballeurs sont des êtres humains comme les autres. Et qu’il convient de les pardonner. De les excuser. De les respecter. Car sans plaisir, le football n’est rien, et cette morale s’applique aussi bien pour les footballeurs que pour les spectateurs.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)