Entre le sourire d’une femme que l’on aime et le regard pétillant d’un enfant. Entre la clarté de la lune et l’éclat d’une étoile. Le football, dans toute sa grandeur, avec ses vingt-deux acteurs ou moins selon les conditions. Fondamentalement magnifique. 

Dans la profondeur

Certaines actions plus que d’autres font du football un sport absolument magnifique. Un joueur lancé dans la profondeur sur son couloir qui se retrouve absolument seul, une dizaine de mètres derrière la défense adverse. Pas par sa vitesse, non. Un joueur qui court vite et qui en fait sa principale force, cela dévalorise le football dans son ensemble. Non, un joueur qui se retrouve là, exactement là, à cet endroit précis, grâce à sa vision tactique et à son sens du placement. Et puis il y a eu le passeur aussi, qui a vu dans ce petit angle, ce trou de souris, qu’une possibilité pourrait peut-être exister. Oui, c’est la combinaison des deux intelligences individuelles, intimement connectés par cette chose fabuleuse qui se nomme le football.

Voilà, il est là, le joueur lancé en attaque. Vous le voyez, sur la pelouse ? Avec son maillot un peu flottant sous le vent qui frappe fort ? Là, le ballon lui arrive, et plutôt que de contrôler la balle dans la profondeur, il décide de ralentir sa course. Pour laisser le défenseur mais surtout ses coéquipiers le rattraper. Parce que c’est là que se trouve la suprême intelligence. Celle de penser au collectif avant de penser à ses intérêts propres. Celle de préférer être le premier passeur d’une action où deux coéquipiers vont s’illustrer que d’en être le buteur. Même pour un avant-centre, surtout pour un avant-centre. Car personne ne s’y attend, encore moins les adversaires que tous les autres. L’intelligence, c’est de penser à ce que les autres ne pensent pas. Fondamentalement.

Fondamentalement collectif

La beauté essentielle du football réside dans le fait qu’il s’agisse d’un sport collectif, où les intérêts individuels passent au second plan – en tout cas en théorie. La puissance des bras qui se referment au rythme du tambour fait vibrer les tribunes. Eh bien, la puissance de la passe réussie fait vibrer les joueurs. La vie de l’art footballistique, diraient certains poètes enfumés. La réalité, c’est que le football prend son essence dans cette petite musique qui trotte dans la tête des joueurs. Et la musique, c’est quelque chose qui se joue à plusieurs, un orchestre à fondamentalement besoin de tous ses instruments de musique ! Que serait le clarinettiste sans le joueur de saxophone ? Le guitariste sans le bassiste ? Un soliste, bien sûr, mais même Django Reinhardt ne pouvait pas jouer tout seul ! L’être humain a systématiquement besoin d’être en contact avec d’autres êtres humains.

Essayez un instant de penser à vivre seul sur terre. Seul sur terre, absolument seul, sans homme ou femme à aimer, sans rien d’autre que la solitude. Tous les autres éléments pourraient rester identiques, vous seriez fondamentalement tristes, fondamentalement pauvres intellectuellement. Pourtant, vous auriez toute la richesse du monde, tous les ordinateurs, tous les smartphones, tous les manoirs meublés avec goût. Mais la tristesse s’emparerait de vous à un point que vous ne pouvez même pas imaginer. Un terrain de football, c’est à peu près pareil, à peu de choses près. Très peu de choses. Vous avez besoin des autres pour vous épanouir, pour être heureux, pour faire des passes. Besoin d’adversaires autant que de coéquipiers. D’un gardien à qui faire des passes, d’un attaquant sur lequel défendre, d’un défenseur à dribbler, d’un portier à tromper. Vous avez besoin des autres. Vous n’arriverez à rien si vous oubliez les autres.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)