La révolution effectuée l’année dernière par Joachim Löw, en écartant les anciens champions du monde et cadres de la Mannschaft, ressemble étrangement aux événements post-Euro 2008 et pré-Coupe du monde 2010.

Petit rappel historique

L’Euro 2008 s’avère plutôt réussi pour les Allemands, malgré une défaite en finale contre la Roja. Joachim Löw, en poste depuis la fin de la Coupe du monde 2006 vient de réussir son premier grand tournoi, avec une équipe relativement inchangée depuis le Mondial à domicile deux ans plus tôt. Cependant, ce groupe commence à être un peu vieillissant: Ballack, Frings, Lehmman, Kuranyi dépassent la trentaine. Et si Metzelder ne l’atteint pas encore, il semble être à bout de souffle à cause d’un trop grand nombre de blessures.

Après une campagne de qualification assez tranquille pour la Coupe du monde 2010, les cadres de l’équipe connaissent une période délicate avec des blessures a répétition. Ce qui pousse Joachim Löw à faire appel à des joueurs moins connus du grand public ayant fait leurs classes en Bundesliga, comme Aaron Hunt ou encore le tout jeune Marco Reus. Jens Lehmman parti, c’est Robert Enke qui le remplace. Ce dernier réalise une très bonne saison avec Hannover qu’il traduit par de très bonnes prestations avec la sélection nationale. Il est dorénavant le portier numéro un de la Mannschaft suivi de René Adler en numéro deux.

L’Euro U21 2009 chamboule tout

La sélection allemande (A) survole les qualifications pour la coupe du monde, mais sans vraiment convaincre. Contrairement à son équipe espoirs qui, malgré un premier tour (groupe de la mort) poussif, produit un très beau football. Plus technique et plus rapide, fini le jeu allemand a l’ancienne. Cette équipe est composée de Mesut Özil, Sami Khedira, Dennis Aogo, Manuel Neuer. Des purs produits de la Bundesliga, déjà bien installés dans leurs clubs respectifs.

La révolution est en marche

La saison 2009-2010 est l’année durant laquelle Joachim Löw fait des choix forts. Il tente un coup de poker en lançant des jeunes dans le grand bain, les cadres étant soit blessés soit en méforme. Par la même occasion, il est intéressant de constater le parallèle entre la Mannschaft et le Bayern München, puisque du côté du club bavarois, toutes les cartes sont également redistribuées avec l’arrivée de Louis Van Gaal.

Comment le Bayern a complètement changé le visage de la sélection allemande ?

On note premièrement la percée de deux jeunes talents de la formation bavaroise, en voie de devenir des éléments indispensables du 11 de Louis Van Gaal : Thomas Müller et Holger Badstuber. Deuxièmement, le coach néerlandais fait reculer Bastian Schweinsteiger d’un cran et le repositionne milieu relayeur car les arrivées de Robben et Altintop limitent les places sur les ailes, poste qu’occupait auparavant Schweinsteiger. Choix qui a définitivement été crucial pour la carrière de Bastian. Et troisièmement, le Bayern réalise une saison exceptionnelle. Son doublé et sa finale de Ligue des champions témoignent d’une excellente forme d’une part non négligeable du vivier allemand.

Considérant l’absence en nombre des cadres ainsi que le Bayern revenant en force, Joachim Löw commence à faire appel aux jeunes champions d’Europe espoirs. Sans oublier bien sûr les nouveaux venus bavarois. Ainsi, le duo Ballack-Schweinsteiger fait rêver toute l’Allemagne, alliance de l’expérience avec Ballack et de la fougue de la jeunesse avec Basti, qui réalise une de ses meilleures saisons depuis qu’il joue chez les professionnels. Mais le destin en a voulu autrement. En effet, l’emblématique numéro 13 se blesse et rate la coupe du monde 2010. Mais Joachim Löw nous sort un autre joueur de son chapeau, plutôt méconnu du grand public : un certain Sami Khedira, alors milieu défensif du VfB Stuttgart et champion d’Europe Espoir.

La malédiction des gardiens de but

Pour le poste de gardien de but, la donne va vite changer à deux reprises. Tragiquement d’abord, puisque, le 10 novembre 2009, Robert Enke se donne la mort à cause d’une forte dépression dont il souffrait depuis 2004. René Adler, remarquable avec le Bayer Leverkusen, passe donc numéro un, Tim Wiese numéro deux, et pour le numéro trois, un nouveau venu qui réalise des prouesses avec les Knappens de Schalke 04, Manuel Neuer. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. À quelques mois de la Coupe du monde, René Adler se casse une cote et doit dire adieu au tournoi.

On crie alors à la malédiction des gardiens en Allemagne depuis le départ de Lehmman. Bien loin de l’actuel problème de riche en Neuer, Ter Stegen et Leno, en 2010, aucun gardien ne s’est réellement installé plus d’un an dans les cages. Si bien que Manuel Neuer passe devant Tim Wiese par rapport aux prestations en club. Neuer numéro un, Wiese ensuite, et qui vient derrière ? Un certain Hans-Jörg Butt, le gardien du Bayern alors âgé de 36 ans. Il passera même devant Wiese, en deuxième gardien grâce à sa grosse saison avec le Bayern et jouera le match pour la troisième place contre l’Uruguay.

Le changement, c’est maintenant

À quelques mois de la Coupe du monde en Afrique du Sud, Joachim Löw doit faire face à de nombreuses blessures. Il décide de quasi tout changer et fait appel à la jeunesse allemande.

Les changements sont les suivants :

Christoph Metzelder blessé, la Mannschaft ne dispose plus d’aucun défenseur de haut niveau aux cotés de Mertesacker. Joachim Löw place Friedrich dans l’axe, lui qui a joué à droite pendant l’Euro 2008. Phillip Lahm passe à droite (il jouait toujours a gauche avec l’Allemagne). Pour le poste de latéral gauche, tous les espoirs sont placés dans le jeune Dennis Aogo, un allemand d’origine nigériane, mais il ne convainc pas et c’est Jérôme Boateng qui occupera donc ce poste.

Ballack blessé, Frings et Hitzelberger en fin de cycle, c’est Khedira qui formera le duo du milieu avec Schweinsteiger.

Avec un Aaron Hunt trop inconstant et un Marco Reus encore trop fragile, les commandes du jeu reviennent à Mesut Özil. À 21 ans, il est le plus grand espoir du football allemand. Sa doublure sera Toni Kroos qui a réalisé une grosse saison avec le Bayer Leverkusen (prêté par le Bayern).

Enfin, l’arrivée de Thomas Müller et l’excellente forme de Stefan Kießling et de Cacau auront été les facteurs déterminants pour ne plus faire appel à Kevin Kuranyi.

Les Allemands iront donc en Afrique du sud avec une équipe 100% Bundesliga, méconnue du grand public. La suite, nous la connaissons tous.

Bis repetita ?

Aujourd’hui, Joachim Löw tente le coup une deuxième fois en écartant les cadres et en faisant appel à la génération médaillée d’argent aux Jeux Olympiques de Rio 2016, rejointe par quelques éléments champions d’Europe espoirs 2017. Cela donne une équipe composée à 80% de jeunes joueurs issus de la Bundesliga. C’est par exemple le cas pour les deux latéraux de Leipzig (Klostermann et Halstenberg), ou encore Amiri et Koch.

Alors, avec le même résultat ? Éléments de réponse en juin prochain.

A propos Tarik Boulouh 2 Articles
Chroniqueur Sportif chez Radio Campus Montpellier. Chroniqueur dans l’émission Sport'N'Chill (RCM). Rédacteur NouvelleVue.com Rédacteur Demivolee.com