Sans club victorieux en Ligue des Champions depuis près de trente ans, la Ligue 1 attise les moqueries venues d’ailleurs à l’image du sobriquet que lui dédient les Anglais, la « Farmer League ». Mais alors, pourquoi le niveau de notre championnat est-il si faible ?

Comparaison de la Ligue 1 avec les championnats du Big 5 : un écart abyssal

La Ligue des Champions, un symbole révélateur

Pour commencer l’enquête, établissons un constat presque caduc. On le, sait, seul l’Olympique de Marseille a remporté la Ligue des Champions, en 1993. Soit autant que la Roumanie, l’Ecosse, ou la République Tchèque, ce qui représente également à peine plus de 1,5 % des titres décernés. Total incroyablement faible lorsqu’on se rend compte que le Real Madrid en a remporté plus de 20 % à lui seul ! Pourtant, la France se classe cinquième au coefficient UEFA. Évidemment loin derrière l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre et l’Allemagne qui cumulent 50 des 64 titres, (soit près de 80 % du total !), mais devant les Pays-Bas et le Portugal qui comptent 16 % des titres.

Preuve de la grande difficulté qu’ont les Français à mener à bien cette compétition, atteindre ne seraient-ce que les demi-finales est déjà un exploit. Cependant, cela n’a été réalisé qu’à trois reprises en quinze ans, après la finale de 2004 perdue par l’AS Monaco contre le FC Porto. Ces épopées sont à mettre au crédit de l’Olympique Lyonnais, qui est tombé contre le Bayern Munich (0-1, 0-3), et de l’AS Monaco, qui a elle chuté contre la Juventus (0-2, 1-2). Enfin, les ambitions parisiennes ne correspondent pas avec les résultats : après avoir atteint trois fois les quarts de finale (2014 vs Chelsea, 2015 vs FC Barcelone, 2016 vs Manchester City), le club de la capitale a pris la porte dès les huitièmes de finale les trois années suivantes (2017 vs FC Barcelone, 2018 vs Real Madrid, 2019 vs Manchester United).

Des effectifs beaucoup moins valeureux en Ligue 1

Même s’il ne fallait pas être expert pour le deviner, transfermarkt.fr confirme que les championnats étrangers sont de meilleur qualité. La valeur marchande totale de la Premier League – le gratin européen – est estimée à près de 9,5 milliards d’euros. Suivent ensuite la Liga (6,2 milliards), la Serie A (5,3 milliards) et la Bundesliga (4,7 milliards). Le mauvais élève de ce classement est la Ligue 1, qui plafonne à une valeur marchande totale d’un peu plus de 3,5 milliards d’euros.

Penchons-nous à présent sur la qualité des effectifs où, pour chaque championnat, on a procédé à la création d’une équipe-type. Celles-ci sont basées sur la valeur marchande actuelle des joueurs, et réalisées grâce à l’outil disponible sur demivolee.com.

Les joueurs des champions en tire sortants sont volontairement exclus afin de ne pas intégrer le PSG qui ne fait légitimement pas partie du problème en question.

XI types des championnats du Big 5 où n’apparaissent pas les champions en titre

Bundesliga sans le Bayern, XI type
Liga sans le Barça, XI type
Premier League sans Manchester City, XI type
Serie A sans la Juventus, XI type
Ligue 1 sans le PSG, XI type

Il en résulte que, si l’on prend, ligne par ligne, chaque joueur du championnat de France et qu’on les compare à leurs homologues des quatre championnats étrangers, ces derniers sont tous meilleurs dans la quasi-totalité des cas.  De plus, toujours grâce aux estimations de transfermarkt.fr, l’infériorité des joueurs de Ligue 1 mise en avant ci-dessus se reflète à travers la valeur marchande des équipes-types composées qui rendent très bien compte de la valeur des championnats.

Celle créée pour la Bundesliga est évaluée à 523 millions d’euros (soit 47,5 millions en moyenne par joueur et 11 % de la valeur totale du championnat). L’équipe de la Serie A est quant à elle jugée à 623 millions d’euros (soit 56,6 millions en moyenne par joueur et 12 % de la valeur totale du championnat). La Liga fait beaucoup mieux avec une estimation à 880 millions d’euros (soit 80 millions en moyenne par joueur et 14 % de la valeur totale du championnat), mais la Premier League reste indétrônable avec une valeur exorbitante de 1,11 milliard d’euros (soit 100 millions en moyenne par joueur et 12 % de la valeur totale du championnat).

En revanche, la valeur du XI de la Ligue 1 n’est estimé « qu’ » à 348 millions d’euros, soit 31,6 millions par joueur en moyenne et 10 % de la valeur totale du championnat. Ces derniers chiffres montrent le retard que les clubs français accusent sur leurs voisins étrangers, si le PSG est hors course.

Une popularité de la Ligue 1 limitée…

Ce déficit de talents représente donc un manque d’attractivité flagrant par rapport aux autres championnats du Big 5. D’où des droits TV qui s’achètent à un bien plus faible coût, même si, en ce qui concerne la Ligue 1 Conforama, les appels d’offres ont dépassé les 1,15 milliard d’euros pour la période 2020-2024. En Angleterre, les 3 milliards d’euros ont été atteints. À titre indicatif, mais aussi révélateur de ce déficit de popularité, le PSG a empoché 60 millions d’euros la saison passée grâce aux droits TV… soit presque deux fois moins que n’importe quel club de Premier League ! (Huddersfield, le club qui a touché le moins d’argent par les droits TV, a reçu 110 millions d’euros.)

Dans une mesure de bien moindre importance, même sur les réseaux sociaux, la Ligue 1 est dernière de la classe, et de loin. Sur Twitter, moins de 400 000 personnes la suivent. Un chiffre éminemment inférieur aux 2,2 millions de « followers » de la Bundesliga, aux 4,6 millions d’abonnés à la Liga… ou encore aux 21 millions de fans de la Premier League !

… qui tend à progresser

Consciente de son retard, la Ligue 1 essaie de promouvoir son championnat à l’étranger avec des matchs programmés peu après midi en France, ce qui correspond au Prime Time en Chine. Fin septembre, l’Olympique Lyonnais avait défié le FC Nantes à 13h30 par exemple. En outre, le championnat de France a goûté au naming lors de la saison 2017-2018 en se baptisant « Ligue 1 Conforama ». Ladite marque va perdre sa place la saison prochaine, au bénéfice de la compagnie de livraison de restaurants à domicile « Uber Eats » qui s’associera à la Ligue 1.

Fort heureusement, la Ligue 1 commence depuis peu à attirer des talents reconnus – ce qui est par conséquent une bonne chose pour l’attractivité du championnat et son niveau. Les derniers exemples en dates sont Kasper Dolberg (de l’Ajax à Nice), Renato Sanches (du Bayern à Lille), Cesc Fabregas (de Chelsea à Monaco). Le meilleur exemple en matière de gain de popularité (hors PSG) est à mettre à l’actif des Girondins de Bordeaux. En s’attachant cet été les services du Coréen Hwang Ui-jo, le club de la Garonne voit plusieurs dizaines de supporters sud-coréens garnir ses tribunes à chaque match des Girondins. L’an passé, Amiens avait tenté un coup de poker avec le recrutement de Ganso, qui s’était malheureusement révélé être un échec.

Les raisons d’une fébrilité stagnante en Ligue 1

Le problème de l’entraîneur français

C’est l’une des raisons principales de la faiblesse du championnat français. D’abord, la France a un mal fou à former de bons entraîneurs. Et ceux qui se détachent du lot vont réussir à l’étranger, comme l’ont fait Arsène Wenger à Arsenal ou Zinédine Zidane au Real Madrid par exemple. Parmi les entraîneurs français en activité, on ne saurait citer la référence. Laurent Blanc et Arsène Wenger n’ont pas de club et composent presque à eux seuls le réservoir d’entraîneurs français confirmés. Pourtant, l’Allemagne a Klopp, Kovac, ou Nagelsmann. L’Espagne a Guardiola, Benitez, Marcelino et Emery ; l’Italie a Conte, Sarri, Ancelotti ou Allegri pour ne citer qu’eux ; le Portugal a Mourinho… Seule l’Angleterre peut rivaliser avec la France dans cette « anti-compétition ». Là est la réalité, la France ne sait pas former à ce niveau. Et doit y remédier.

De même, chaque championnat dispose de plusieurs coachs de renommée mondiale. Pochettino, Klopp, Guardiola, Emery, Rodgers en Premier League. Nagelsmann, Kovac, Favre, Rose en Bundesliga. Valverde, Zidane, Simeone, Lopetegui en Liga. Sarri, Ancelotti, Conte, Ranieri, Gasperini en Serie A. Tous les entraîneurs qui entraînent les clubs du Top 4 de leur championnat ont réussi à imposer leur style.

Les entraîneurs à surveiller

Tandis qu’en Ligue 1… Certes, il y a Tuchel. Et il faudra voir ce que va donner le travail de Jardim après une saison où il est passé complètement au travers mais avec les motifs d’espoirs de 2017. Il va aussi falloir observer ce que Villas-Boas va pouvoir apporter à l’OM sur le long terme et on s’attend évidemment à beaucoup mieux en terme de jeu. Rudi Garcia est un bon entraîneur, mais n’a jamais réussi à confirmer sur la scène européenne. Sa première apparition en Ligue des Champions avec l’Olympique Lyonnais conforte ce point de vue. Idem pour Christophe Galtier, qui a mal entamé sa première campagne de C1. Claude Puel, c’est une demi-finale de Ligue des Champions… il y a 10 ans déjà… mais il vient d’arriver à Saint-Etienne. On va voir s’il peut imposer sa patte après deux expériences assez brèves en Angleterre.

Après cet échelon, il y a Christian Gourcuff, Der Zakarian… Ou encore Patrick Vieira, qui est à suivre de très près. La saison dernière, il a réalisé une saison plus que correcte avec un effectif très jeune et limité. Avec les arrivées de Dolberg, Ounas, Claude-Maurice, l’éclosion d’Atal, on s’attend à ce qu’il fasse encore mieux.

Mais actuellement en Ligue 1, la (seule ?) réussite française et confirmée – à son niveau du moins –, c’est David Guion. Ce qu’il fait avec le Stade de Reims est assez fantastique. En s’appuyant sur une défense extrêmement solide à l’image de ses gardiens successifs (Mendy, Rajkovic), Reims est chirurgical en attaque, secteur qui tourne souvent : Oudin, Cafaro, Doumbia, Donis, Dia, Suk…  Une sorte de turn-over permanent est effectué et c’est une réussite. La saison passée, jouée en tant que promu a été formidable, mais le plus dur est de confirmer lors de la saison suivante. Et celle-ci démarre sur de meilleures bases encore pour les Rémois !

Le PSG… et le reste

C’est désormais presque récurrent depuis 2013, et a priori, cette année ne va pas être une exception : le PSG est champion de France. Mais ce qui nuit à la Ligue 1, c’est le reste. Le problème, c’est que personne ne se détache en concurrent crédible, ou du moins en outsdier confirmé. En fait, la Ligue 1 est une sorte d’homogénéité, qui fait que Nantes et Angers étaient sur le podium au quart du championnat. Tout le monde peut perdre contre tout le monde. Lyon, Marseille, Monaco… ceux qui sont censés titiller le PSG, se retrouvent à perdre contre Nantes, Amiens, ou Metz !

Le fait que personne ne se détache et affirme sa supériorité est un problème pour notre championnat. Celui-ci reste ouvert, trop ouvert ! Du coup, des équipes qui n’ont pas le niveau intrinsèque se retrouvent à jouer les premiers rôles, et c’est très inquiétant pour notre Ligue 1 ! Ainsi, sans manquer de respect à ces clubs, retrouver Nantes, Angers et Reims dans le top 6 après 11 journées est un aveu de faiblesse – malgré que leur travail soit à juste titre louable.

Les affluences de Ligue 1 parmi les plus faibles…

Même si, tacitement, le Français a moins le football dans les veines que l’Anglais, l’Italien l’Espagnol ou l’Allemand (ce qui, tout de même a un impact assez conséquent sur le phénomène étudié), les affluences du championnat de France sont assez révélatrices de son niveau. Outre les inconditionnels fans, existent les spectateurs pas « footix » mais qui ne supportent l’équipe que dans la victoire. Ceux qui garnissent les tribunes seulement si l’équipe joue bien, que si les résultats sont là, et qui sont là uniquement pour prendre du plaisir en voyant leur équipe phare jouer.

En 2018, la France était classé cinquième championnat européen en terme des affluences avec une moyenne de 22 548 spectateurs. Même s’il y a eu un « effet Coupe du Monde » suite au triomphe des Bleus, la France ne dépasse pas l’Italie (4e, 24 706 spectateurs), l’Espagne (3e, 27 068 spectateurs), l’Angleterre (2e, 38 310 spectateurs), ni l’Allemagne, loin en tête (44 511 spectateurs).

Certes, le problème d’infrastructures n’est pas négligeable car seulement deux clubs de Ligue 1 évoluent dans un stade ayant une capacité supérieure à 50 000 places (Marseille, Lyon), tandis que les deux tiers des stades comptent moins de 30 000 places.

… Et des stades clairsemés

Néanmoins, le taux de remplissage des stades reste loin du compte en France. Sur la saison 2018/2019, les stades étaient en moyenne remplis à 69 %, soit légèrement mieux que l’Italie (68 %) et moins bien que l’Espagne (71 %). Le PSG (94 %) était le meilleur élève, tandis que Montpellier (42 %) voyait ses tribunes souvent clairsemées. L’Allemagne atteignait les 90 % de remplissage, mais le premier de la classe est l’Angleterre (97 % !) dont les stades sont systématiquement à guichets fermés ! Tous les stades affichent un taux de remplissage supérieur à 93 %, seul Tottenham, qui a dû jouer à Wembley les deux tiers de la saison, se situe en dessous de ce chiffre. Absolument incroyable !

À titre indicatif, lors de cette même saison, la Ligue 1 ne place que quatre clubs parmi le Top 50 des affluences moyennes. Ceux-ci sont le LOSC (47ème, 30 985 spectateurs), le PSG (26ème, 47 269 spectateurs), l’OL (22ème, 49 565 spectateurs), et l’OM (17ème, 52 721 spectateurs). Le Borussia Dortmund avec ses 80 543 spectateurs, domine le classement.

Une statistique éminemment intéressante : les expected goals

Les « expected goals » sont des données qui, comme leur nom l’indique, calculent le nombre de buts attendu par match, en fonction des occasions. Par exemple, un ballon qui n’a plus qu’à être poussé au fond des filets à bout portant aura une probabilité proche de 1 car les chances de marquer sont très élevées. Inversement, une frappe de 45 mètres aura une probabilité proche de 0 car les chances de marquer sont relativement faibles.

Ainsi, cette statistique met encore sur le devant de la scène un des défauts du Championnat de France : son déficit de spectacularité. Sur la période 2014-2019, le nombre d’expected goals en Ligue 1 oscille entre 1,93 xGoal par match (septembre 2014) et 3,02 xGoals (mai 2017). Soit légèrement moins bien que la Liga dont on évalue le nombre de buts attendu par match entre 2,17 et 3,02. En Serie A, le nombre de xGoals varie de 2,2 à 3,53 par match sur la même période. De même, en Premier League, cette donnée est comprise entre 2,25 et 3,11 xGoals par match. La Bundesliga est le championnat du Big 5 le plus spectaculaire, puisqu’à chaque match, le nombre de buts attendus oscille entre 2,34 et 3,6.

Une Ligue 1 en progrès ?

Une mutation en cours ?

Si ce début de saison est le symbole d’une Ligue 1 fébrile, plusieurs aspects sont cependant encourageants. D’une part, la Ligue 1 peut se féliciter de commencer, enfin, à attirer des talents confirmés. Outre l’effectif du PSG, Memphis Depay ralliait l’OL début 2017. Kasper Dolberg, Moses Simon, Wissam Ben Yedder, Geronimo Rulli et Raphinha pour ne citer qu’eux ont rejoint l’hexagone l’été dernier. D’autre part, Luka Elsner (Amiens), Bernard Blaquart (Nîmes), Paulo Sousa (Bordeaux) et Stéphane Moulin (Angers), se distinguent en ce début de saison par un jeu pratiqué particulièrement alléchant ou du moins ambitieux.

Voyons aussi une once d’espoir en comparant la Ligue 1 version 2018/2019 avec le cru 2009/2010 où… Marseille était champion avec « seulement » 78 points, tandis que l’AJ Auxerre accrochait une troisième place qualificative pour les phases de groupe de la Ligue des Champions. Lors de cette même année, 33 points suffisaient pour se maintenir puisque Le Mans, premier relégable, descendait en Ligue 2 avec 32 unités – mais ce fut une exception au vu de saisons qui la précèdent. En effet, l’homogénéité de la Ligue 1 entraînait parfois des relégations avec un total approchant les 40 points !

Ainsi, un fort contraste différencie les saison 2009/2010 et 2018/2019. La saison passée, le PSG était champion avec 91 points au compteur. L’AJ Auxerre est désormais dans le ventre mou de la Ligue 2, alors qu’afficher un total de 33 points en fin de saison est à coup sûr synonyme de relégation.

Signalons que l’affluence moyenne dans les stades a augmenté de 13,6 % durant cette période (un chiffre à mettre en relation avec la capacité moyenne des stades), ce qui montre un nouvel intérêt porté par les Français à la Ligue 1.

Qu’espérer pour la suite ?

Souhaitons à la Ligue 1 de ne pas prospérer sous le fléau d’une médiocrité permanente. Espérons lui que l’entraîneur français se réinvente, que les grosses écuries assument pleinement leur statut. L’arrivée de grands noms sera primordiale pour l’intérêt du championnat – cette condition étant plausible si la dernière citée est mise en oeuvre, l’éclosion de jeunes pépites. Des investissements financiers ambitieux dans les clubs de Ligue 1 seront d’une importance capitale.

Souhaitons aussi que les équipes mineures affrontent le PSG sans complexe, sans forcément se recroqueviller dans leurs vingt derniers mètres. Il n’y a pas de raison que Grenade et Majorque puissent faire tomber le Barça et le Real, que la Juve l’emporte sur la plus petite des marges presque systématiquement, que la course au titre en Allemagne soit plus serrée que jamais, et que nos équipes de Ligue 1 aient un complexe d’infériorité qui nuit au championnat. Qu’elles lâchent les chevaux !

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