Ce samedi 1er juin, alors que le monde du football s’apprêtait à vivre une finale de Ligue des Champions 100 % britannique, une terrible nouvelle est tombée. José Antonio Reyes est passé de vie à trépas. Hommage très personnel au natif d’Utrera.

Je t’ai découvert…

José Antonio Reyes. Je t’ai découvert, je ne sais plus exactement en quelle année. J’étais tout gamin, encore, et tu venais de signer à Arsenal. Au début, je n’avais pas vraiment pris conscience de qui tu étais. C’est mon frère, je crois, qui te portait un grand amour. Il avait dû te voir débuter, je pense, alors que tu évoluais à Séville. Lors de tes quatre premières saisons en professionnels, lorsque l’Espagne découvrait ton talent, du haut de ton mètre soixante-seize. Tu n’avais que dix-sept ans lorsque tu as commencé à fouler les pelouses ibériques, et pourtant, ton pied gauche a très vite fait fureur. Ton pied gauche, bien sûr, ta vista aussi. Une vision du jeu, une qualité de lecture des trajectoires, comme on n’en fait plus.

Nostalgie, quand tu nous attrapes… Je t’ai découvert, donc, sous les couleurs d’Arsenal. A l’époque, je te prie de m’excuser si ma mémoire me joue des tours, tu jouais un peu plus haut sur le terrain. Attaquant de soutien, parfois même seul en pointe ou à gauche. Plus rarement milieu offensif. Numéro neuf sur le dos, je crois… Bon Dieu, il y avait du beau monde à tes côtés… Le jeune Robin van Persie, l’expérimenté Dennis Bergkamp, Thierry Henry évidemment, et puis quelques jeunes… Jérémie Aliadière, par exemple, était à tes côtés à l’époque. Il y avait aussi Quincy Owusu-Abeyie, aussi, je ne sais pas exactement ce qu’il est devenu depuis. Le temps passe à toute vitesse… J’ai l’impression encore que c’était hier… Oui, tu étais là, parmi eux, bien vivant et plus solide que l’an.

Les titres…

Dans cet Arsenal là, tu as remporté tes premiers trophées… Le championnat, avec Arsène Wenger sur le banc, la coupe aussi, l’année suivante. Tu feras également partie de l’équipe finaliste malheureuse de la Ligue des Champions. Comme l’histoire est cruelle, treize ans plus tard, alors que tu nous quittes : Arsenal échoue une nouvelle fois en finale de Coupe d’Europe. Tu aurais bien mérité ça, avant de partir. C’est à Arsenal aussi que tu deviendras un passeur hors pair. Après une première saison d’adaptation, José Antonio Reyes, tu éclabousses l’Angleterre de ton talent. Oui, les médias répètent ton nom. « With a good ball for José Antonio Reyes on the left corner… He is alone… Reyes… Reyyesssss…. WHAT A GOAL FROM JOSÉ ANTONIO REYES ! ». Et puis des passes, aussi, décisives à foison. Sur tes deux belles saisons, tu livres vingt buts et trente passes au total. Pas mal.

Je ne sais pas exactement pourquoi tu as décidé de changer d’air en 2006. Sans doute qu’Arsenal commençait à devenir trop petit pour toi. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi tu avais signé au Real Madrid en prêt. Tu pensais peut-être conforter ta place en équipe nationale : ce fut tout le contraire. Tu ne retrouveras jamais la Roja. Après ce prêt en Espagne – où tu remportes le titre de champion, je crois – eh bien, nous espérions avec mon frère te voir signer à Lyon. Finalement, c’est chez le grand rival espagnol que tu t’engages : l’Atlético Madrid. Là, je t’avoues que je perds un peu ta trace. Je te vois signer en prêt à Benfica, pour relancer ta carrière en perte de vitesse, puis revenir pendant quelques années à Madrid. Lyon n’est plus le même, toi non plus d’ailleurs ; même si tu gardes ce pied gauche merveilleux.

Elle n’aurait jamais dû…

Quelques années à Séville suivent. A trois reprises, quand avec Unai Emery à la tête de ton équipe, je m’étonne de te voir. « José Antonio Reyes ? Il joue encore, lui ? ». Tels sont à peu près mes mots. Dans la tête de mon frère, tu as encore vingt-cinq ans. Dans la mienne, tu en as alors déjà quarante-cinq. Cinq années à Séville, comme une manière de boucler la boucle pour toi ? Pas vraiment, puisque tu tentes une pige à l’Espanyol de Barcelone. Une saison, pour toi l’international andalou – ça, c’est Wikipédia qui me l’a appris -, avant de partir en deuxième division et évoluer un peu pour Cordoba. Après ça, tu signes en Chine pour le Xinjiang Tianshan Leopard FC – je dois encore une fois remercier Wikipédia. Au début de l’année, tu as décidé de mettre fin à ta carrière sous le maillot de l’Extremadura.

Un bon choix pour se faire plaisir. Mais la fin aurait dû être belle… Aurait dû… Mais elle ne l’a pas été. Pourquoi ? Pourquoi ta voiture s’est-elle écrasée, hier à onze heures sur l’A-376 reliant Utrera, ta ville natale, à Séville, ta ville de footballeur ? Excès de vitesse, bien sûr, selon la presse. Oui, ça aurait pu être n’importe qui. Mais tu n’es pas n’importe qui. Là, c’est un peu comme si quelqu’un que je connaissais bien disparaissait. Trop tôt, trop jeune. Je ne peux pas concevoir vraiment comment, toi qui nous a fait rêver, tu peux nous quitter comme ça. Quelques mois à peine après Emiliano Sala... Foutue année 2019 pour les footballeurs. José Antonio Reyes, toi que j’ai connu tout petit, tu nous quittes en ce jour ensoleillé de juin. Au moins, c’était un beau jour pour mourir…

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)