Eté 2015. Barré par l’arrivée de Layvin Kurzawa au Paris Saint-Germain, Lucas Digne décide de s’exiler. Il prend la direction de l’Italie et signe en prêt à l’AS Rome. L’ancien grand espoir français au poste d’arrière gauche se relance, et, dans la foulée, rejoint le FC Barcelone. La marche est trop grande pour lui : peu utilisé et très critiqué, il ne reste que deux ans en Espagne et part dans un club plus modeste de Premier League, Everton. Alors que l’on pensait Digne sur la pente descendante, il réalise au contraire une saison de très grandes facture. Au point que son nom soit cité parmi les meilleurs joueurs de Premier League du mois d’avril 2019.

La confiance retrouvée

Le retour en pleine forme de Lucas Digne passe avant tout par son retour en confiance. Alors qu’il était en permanence mis en concurrence avec Maxwell au PSG, il n’était pas parvenu à s’imposer. Les supporters parisiens en ont été les premiers étonnés. En effet, Digne marchait très bien avec le LOSC au cours des deux saisons précédentes et était devenu un des meilleurs arrières latéraux du championnat de France de Ligue 1. Son départ à Rome lui avait étrangement fait regagner son niveau en même temps qu’une place de titulaire dans le onze italien. Lequel était la cause de l’autre ? Visiblement, le temps de jeu était la cause du niveau, à en croire son passage plus que compliqué en Espagne. Soumis à la concurrence de Jordi Alba, Lucas Digne n’était parvenu qu’à disputer 29 matchs de championnat… en deux saisons.

Et là, en Angleterre, Lucas Digne a complètement repris ses marques. En effet, le français est titulaire indiscutable dans le onze de l’Everton Football Club. Pourtant, tout n’était pas gagné d’avance, avec la présence de Leighton Baines, plus de quatre-cent matchs avec le maillot des toffees. Mais voilà, quelques bonnes prestations en début de saison, et Digne est devenu un élément clef de la défense de l’autre club de Liverpool. En confiance, il n’a plus les sautes de concentration caractéristiques de son passage dans la capitale française et dans le club espagnol. Mieux : son physique, parfois un peu léger, semble tenir la route. Preuve d’un passage de cap au niveau mental, puisque le championnat anglais n’est pas réputé comme douillet.

Un Lucas Digne offensif

Quand il signe au Paris Saint-Germain en 2013, Lucas Digne possède l’image parfaite du latéral moderne. Avec trois buts la saison précédente au compteur, mais aussi plusieurs passes décisives, Lucas Digne est un latéral offensif, qui aime monter et apporter le surnombre. Un profil assez similaire à celui de Maxwell, auteur de sept gestes décisifs en 2012-2013. Manque de bol, rien ne se passe comme prévu, et Digne, timide offensivement, n’est même pas très serein derrière. A Rome, il retrouve cet allant offensif, marquant notamment trois buts. Mais au sein d’un Barça dominateur, ce trait de caractère s’efface de nouveau. Conséquence du point précédent, Lucas Digne n’est plus aussi offensif qu’il y paraît.

Mais cette saison, sous le maillot d’Everton, Lucas Digne est un formidable joueur offensif. Il a été auteur de plusieurs très jolis buts. Notamment un coup-franc direct face à Burnley. Ou encore une sublime reprise de volée face à David de Gea (Manchester United). Lucas Digne pointe à quatre buts et cinq passes décisives cette saison, le meilleur total de sa carrière. Surtout, il est un des joueurs de base dans la création du jeu de Marco Silva : avec un rôle essentiel de piston côté gauche, il est autorisé à créer le jeu. Et son pied gauche permet de trouver des ouvertures au milieu de terrain et de décharger, en cas de fort pressing, ses milieux de terrain de la tâche primordiale de relance.

Un bon point pour les bleus ?

En réussissant une très belle saison avec les bleus d’Everton, Lucas Digne s’est conforté une place dans le groupe de Didier Deschamps. Mais alors que ses prestations était quasiment systématiquement soulignées de commentaires négatifs voire très négatifs ces dernières années en équipe de France, il semble que son temps de jeu retrouvé lui donne plus de fringant. Le latéral au vingt-trois sélections, la première le 5 mars 2014 en remplaçant Patrice Evra, un soir où Antoine Griezmann (68 sélections) avait également fait ses débuts en bleu toque de plus en plus fort à la place de titulaire en équipe de France. Surtout que Lucas Hernandez ne semble pas être parti pour jouer à ce poste-là au Bayern de Munich. En effet, il est probable qu’il vienne avant tout suppléer les vieillissants Mats Hummels et Jérome Boateng plus que David Alaba.

La trajectoire de 2013 semble donc s’être complètement inversée. Layvin Kurzawa est en déperdition au Paris Saint-Germain. Pire, depuis son arrivée dans la capitale, il ne s’est pas imposé. Jamais plus de vingt rencontres en Ligue 1 par saison. Et jamais plus de vingt-huit rencontres toutes compétitions confondues. Sur les quatre derniers exercices, Digne, malgré deux saisons très compliquées à Barcelone, a donc disputé près de trente rencontres de plus que son homologue parisien. Si l’on ajoute à cela que Kurzawa est l’aîné d’un an de Lucas Digne, il semble clair que miser sur le joueur d’Everton soit le choix le plus logique pour Didier Deschamps.

En bref, Lucas Digne a parfaitement su gérer une partie très délicate de sa carrière, et cette saison en Grande-Bretagne est un véritable succès. Reste à espérer qu’il capitalise dessus. Car quand il est en forme, Lucas Digne est très fort. Il serait bête de gâcher cela.

A propos NSOL 670 Articles
« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)