Ce n’est pas tous les jours que l’on a la possibilité de joindre deux activités culturelles comme le football et la peinture. Pourtant, l’alliance n’est pas impossible. En vrac, Salvador Dali, Nicolas de Staël ou encore Yuri Pimenov ont peint le football. Et puis il y a René Magritte, avec sa Représentation.

1962

Magritte, René de son prénom, c’est un surréaliste. Un peintre qui ne cherche pas à dépeindre la réalité comme elle apparaît devant ses yeux. Ni comme elle devrait apparaître, d’ailleurs. Mais plutôt comme elle pourrait apparaître. Comment la réalité pourrait être présente, c’est une question qui perturbe les esprits depuis des décennies. La question fondamentale du surréalisme, ce n’est pourtant pas celle-là. C’est comment parvenir à se libérer du diktat de la raison et du monde extérieur pour exprimer ce que l’on ressent au plus profond de soi. Il n’y a plus d’éthique, il n’y a pas plus de conditionnement. Voilà le surréalisme.

« Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale »

– André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924

René Magritte s’inscrit pleinement dans ce mouvement. Dans ses œuvres, il propose un regard novateur sur le monde qui nous entoure. Un regard qui peut parfois perturber, aussi. Né en 1898 à Lessines dans le Hainaut, il tente, tout au long de son existence, de changer les regards préconçus de la société sur les actions de la vie quotidienne. Son fameux tableau, parfois vulgairement détourné, La trahison des images, plus connu sous le nom de Ceci n’est pas une pipe, en est l’expression parfaite. Une petite mallette devient le ciel. Une éponge reste une éponge. Le temps s’écoule à un rythme indéfinissable.

Représentations

Le tableau Représentations que René Magritte signe en 1962 est l’expression pleine et entière de cela. Une scène de la vie quotidienne : une partie de football. Un contexte somme toute plutôt banal : un château, sans doute en Belgique ou en France. Un paysage relativement traditionnel : des montages surmontées d’un ciel. Mais le tout est arrangée d’une manière si étonnante, si étrange, que cela n’est plus normal. La scène dérange, fait mal aux yeux. On ne sait plus où regarder, on s’étonne même de comprendre ce qu’il se passe. Car les codes sont brisés, écrasés au cutter et découpés à la masse. Arrachés avec tendresse et caressés violemment. Le temps se brise, le rétroviseur montre vers l’avant. Le pare-brise ne protège plus du vent. Au contraire. Tout a changé, le temps est devenu lumière, la lumière est devenue distance, la distance est devenue temps.

René Magritte, Représentations, 1962
René Magritte, Représentations, 1962

Cette scène de football sonne faux. Pourtant, aucun élément unique n’est dérangeant. Les divers protagonistes, humains, végétaux, minéraux, sont bien dessinés. Rien n’est un problème en soi. C’est le tout, le tout qui est tellement étonnant. René Magritte nous perd, René Magritte nous opère. A droite, la scène, à gauche, une miniature. Ou bien l’inverse ? René Magritte, ah, René Magritte, où es-tu ? Voilà la question que l’on se pose. Pourquoi es-tu passé par là ? Pourquoi perturbe tu nos sens ? La réponse est peut-être triviale. Si René Magritte nous perd, c’est pour nous apprendre à nous retrouver. Et à comprendre, peut-être, un peu mieux ce qu’est le football. Ce qu’est la vie, aussi. Si ce n’est pas la même chose. Au rythme auquel va le temps, personne ne peut être vraiment sûr de rien.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)