L’heuristique est un domaine qui passionne de plus en plus les scientifiques ces dernières années. Du grec ancien “εὑρίσκω“, littéralement “découvrir”, l’heuristique correspond au processus de découverte par l’expérience. Et le football est un des domaines où l’heuristique peut s’exprimer.

La théorie irrationnelle

Le football est par définition le lieu de l’expérimentation. Contrairement à de nombreuses autres disciplines, comme par exemple les mathématiques, on ne peut, dans le football, prévoir des choses à l’avance. On retrouve ce phénomène dans plusieurs secteurs, comme par exemple les sciences sociales, où il n’existe d’autre vérité que celle de l’instant présent. En cela, le football est donc une découverte permanente des phénomènes attitrés. Autrement dit, il n’existe pas de science exacte du football, mais seulement des approximations et des simulations, qui ne sont jamais précises au point de pouvoir se substituer à la réalité. C’est notamment pour cela que le football a un intérêt. En effet, si toutes les actions étaient absolument prévisibles et toutes les configurations se répétaient, alors il n’y aurait pas d’intérêt réel à regarder un match de football. Cela serait ni plus ni moins une mauvaise répétition d’un film déjà connu.

On peut dès lors faire rentrer la théorie de l’irrationnel dans le football. Michel Foucault, dans La grande colère des faits (Le Nouvel Observateur 652, 9-15 mai 1977, pages 84 à 86), définit l’irrationnel en opposition au réel et à la froideur de celui-ci.

Bien sûr, encore, si le rendre irrationnel, c’est faire qu’il cesse d’être nécessaire et qu’il devienne accessible aux prises, aux luttes, aux empoignades. Intelligible et attaquable dans la mesure même où on l’a «dérationalisé».

Cette définition convient bien au football. En effet, il y a la notion de nécessité de l’action qui est supprimée du concept, et donc, dès lors, il y a l’impérieuse nécessité de laisser les évènements avoir lieu. Ce qui ne veut cependant pas dire qu’il est correct de laisser le réel avoir lieu sans influer sur celui-ci. C’est là que la notion d’heuristique devient prépondérante, en cela qu’elle rejoint le football dans le lieu commun de l’immortalité.

Répulsivité

En substance, et pour parler clairement, il faut définir une certaine répulsivité entre la satiété produite par la consommation d’une portion de football et le fait même de manger ce plat. Ou encore, si la réalité se conjugue au niveau du réel, c’est bien que les résultats sur lesquels elle influe – et non pas où elle agit – ont une importance vitale dans leur acception la plus simple. Le football produit donc une heuristique, qui se manifeste au quotidien et dans chaque partie de football. Les rencontres se disputent, et au fur et à mesure d’entre elles un ensemble d’évènements entièrement nouveaux et qui sont de l’ordre du jamais-vu – dans l’inverse de l’acception du déja-vu de Michel Boirac il y a près d’un siècle et demi. Et ce jamais-vu, qui est, on le redit, essentiel, conduit chacun des acteurs à improviser des comportements.

Bien sûr, les joueurs sont les premiers à improviser et à trouver de nouvelles combinaisons – c’est là que l’heuristique du football prend son essence. Mais les entraîneurs sont également là pour inventer des nouvelles options. Ces options sont toujours différentes, même si la même opération est reproduite exactement au même instant, car l’ensemble des évènements liés à cette action sont différents. Dès lors, dans le football, naît une science de la découverte. Et elle se lie avec le réel.

Si certains esprits chagrins peuvent rejeter cette définition en arguant que les grands entraîneurs savent ce qu’ils font, on rétorquera sans mal qu’au contraire… les grands entraîneurs ne savent pas ce qu’ils font. Pas plus qu’un archéologue sait ce qu’il trouvera. Mais un bon archéologue, comme un bon entraîneur, se doute de ce qui va se passer. Au contraire, le débutant dans les deux corps de métier sera bien en mal de définir les évènements à venir.

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