« On a joué le football que Jimmy Hogan nous a appris. Quand l’histoire de notre sélection sera contée, son nom devra être écrit en lettres d’or ». C’est par ces mots que Gustav Sebes rendu hommage à son modèle quelques minutes après le « match du siècle » remporté face à l’Angleterre le 25 novembre 1953. Après s’être penché sur le génie hongrois, c’est le pionnier anglais qui nous intéresse aujourd’hui.

Jimmy Hogan, un destin tout tracé

Jimmy Hogan est né à Nelson en 1882. Cette période correspond à la popularisation du football en Angleterre. Très jeune, Jimmy Hogan baigne dedans et est voué à faire carrière dans ce domaine. Toutefois, son père, qui travaillait dans une usine de coton dans le Lancashire voulait qu’il devienne prêtre.

Il commence sa carrière de joueur à Rochdale en 1902. Peu à peu, il se fait un nom et enchaîne les bons parcours. Après avoir fait quelques années à Burnley, il rejoint Fulham. Avec les Cottagers, il atteint les demi finales de la FA Cup en 1908. Après un bref passage à Swindon, il termine sa carrière à Bolton en 1913.

Une révolution mise en œuvre avec Hugo Meisl

Toutefois, avant même d’avoir pris sa retraite de joueur, Jimmy Hogan commence à développer son expertise tactique. Ainsi, en 1910, alors qu’il part passer l’été aux Pays Bas, il rencontre quelques personnes dans le milieu du football et leur enseigne comment jouer, tel qu’il le pense et tel qu’il est joué outre Manche. Ces derniers sont tellement impressionnés que l’un d’entre eux contacte la Fédération afin qu’Hogan mette cela en pratique le temps d’un match avec la sélection afin leur montrer. Cette rencontre a lieu face à l’Allemagne et les Pays Bas s’imposeront 4-2. Il fut crédité d’avoir développé une pensée tactique et technique jamais vu auparavant aux Pays Bas.

Il raccroche les crampons en 1913 et rejoint directement l’Autriche afin de travailler avec Hugo Meisl au sein de la Wunderteam. Celui ci cherche un entraîneur capable de perfectionner le niveau technique de ses joueurs. A long terme, l’objectif est notamment de remporter les Jeux Olympique de Berlin 1916. En parallèle, Hogan est nommé entraîneur de l’Austria Vienne.

Jimmy Hogan enseignant le football aux Pays Bas (crédit photo : FIFA.com)

Sauvé lors de la 1ère guerre mondiale

Malheureusement, avec la Première Guerre Mondiale, les Jeux sont annulés. Pire encore, Jimmy Hogan se retrouve en mauvaise posture. Alors que les combats commencent, il se retrouve coincé en Autriche-Hongrie, dans le camp ennemi. S’il parvient dans un premier temps à se cacher, il est repéré par des soldats et est fait prisonnier avec sa famille. Il parvient a négocier une expulsion au Royaume Uni pour sa femme et son enfant mais pas pour lui. Alors qu’il allait être forcé de rejoindre les camps de guerre, Jimmy Hogan est sauvé par Baron Distray. Cet homme n’est autre que le vice président anglais du club de la capitale, le MTK Budapest. Celui ci affirme qu’il est le nouvel entraîneur de son club, et il est ainsi libéré.

A la suite de cet mésaventure, Hogan devient réellement l’entraîneur du MTK Budapest. Il parvient notamment à remporter le championnat lors de ses deux premières saisons, en 1917 et 1918. Il quitte la Hongrie à la fin des hostilités, après deux saisons fructueuses. Malgré le peu de temps passé, il aura révolutionné le football Hongrois, imposant le « Style Danubien ». Celui ci est caractérisé par un jeu rapide fait de passes courtes, qui inspira le onze d’or hongrois.

Adieu l’Angleterre

Après avoir quitté la Hongrie, il rentre en Angleterre et se rend au siège de la Football Association afin de présenter ses idées en matière de tactique. Francis Wall, le secrétaire, refusa d’écouter ses idées, le qualifia de traître et de honte pour la nation. Souillé, Hogan quitta l’Angleterre en se promettant de réussir ailleurs. Il quitte ainsi son pays natal pour la Suisse. Il y passe deux saisons aux Young Boys Berne avant de revenir à Budapest pour poursuivre son enseignement du football.

« On a joué le football que Jimmy Hogan nous a appris. Quand l’histoire de notre sélection sera contée, son nom devra être écrit en lettre d’or. » 
– Gustav Sebes après Angleterre 3-6 Hongrie.

Jimmy Hogan à la tête du MTK Budapest (crédit photo : footballwhispers)

Premières grandes expériences

Il est alors repéré par la sélection nationale suisse qui l’engage en 1924 à l’occasion des jeux olympiques de Paris 1924. Lors de cette première grande expérience, Hogan fait sensation. Les helvètes éliminent la Lituanie, la Tchécoslovaquie, l’Italie et la Suède avant de chuter face à l’Uruguay en finale. Après son franc succès à la tête de la nation helvète, Hogan reste en Suisse, à Lausanne. Il n’y reste qu’une saison où il terminera dauphin de Servette.

Hogan quitte ainsi à nouveau la Suisse pour revenir au MTK Budapest. Il termine troisième et cela lui a permet de prendre part à la première édition de la Coupe Mitropa, première coupe d’Europe de l’histoire, créée par Hugo Meisl. Si les hongrois s’imposent facilement face au BSK Belgrade (8-2), il s’inclinent cependant en demi finale face au futur vainqueur de la compétition, le Sparta Prague.

Hogan, icône en Allemagne

A nouveau, Jimmy Hogan quitte le club pour découvrir un nouveau pays : l’Allemagne. Il rejoint en 1928 le SC Dresdner. A l’époque, le championnat d’Allemagne se dispute sous forme de coupe avec match a aller simple. Les hommes de Jimmy Hogan sont cependant éliminés d’entrée face au Bayern Munich. La saison suivante, Dresdner créé la sensation en éliminant le Greuther Fürth en quart de finale avant de s’incliner aux portes de la finale. Si son passage semble assez anecdotique, il resta dans les mémoires pour les dirigeants allemands. En effet, à la mort de Jimmy Hogan, son fils reçu une lettre de la Fédération Allemande de Football qui qualifia Hogan comme « le père du football moderne en Allemagne.« 

En 1930, Jimmy Hogan met en suspend sa carrière d’entraîneur de club afin de rejoindre de nouveau Hugo Meisl et sa Wunderteam afin de les aider en vue de la Coupe du Monde 1934. Il transforma l’équipe en adaptant le fameux W-M dans un dispositif plus défensif. l’Autriche atteint les demi finale, défait par l’Italie de Vittorio Pozzo lors d’un match fantastique.

Retour au pays

En 1934, après avoir atteint les demi finale de la Coupe du Monde avec Hugo Meisl à la tête de l’Autriche, il rentre entraîner en Angleterre. Il prend ainsi les rennes de son ancienne équipe, Fulham. Toutefois, l’aventure se révèle un fiasco. Jimmy Hogan n’est pas oublié, et si les dirigeants du club l’apprécient, ce n’est pas le cas de ses joueurs. Ils refusent de s’entraîner avec lui et finissent même par menacer de boycotter les matchs de championnat. Jimmy Hogan est donc renvoyé après seulement 31 matchs.

En 1936, il aide de nouveau Hugo Meisl et la Wunderteam à l’occasion des Jeux Olympiques. Ils réalisent de nouveau un excellent parcours en s’imposant successivement face à l’Égypte, le Pérou puis la Pologne avant de s’incliner en finale face à l’Italie de Vittorio Pozzo. Suite a cette nouvelle belle performance, il retourne une nouvelle fois dans son Angleterre natale pour s’engager avec Aston Villa, tout juste relégués en deuxième division. En trois ans, il finit champion devant Manchester United et parvient ainsi a ramener le club dans l’élite du football anglais et accroche une demi-finale de FA Cup, il se fait ainsi pardonner par le monde anglais pour sa « trahison ».

Jimmy Hogan à la tête d’Aston Villa (crédit photo : birminghammail.co.uk)

« Jimmy Hogan nous a appris tout ce que nous savons sur le football. « 

– Sandor Barcs, président de le FHF après la victoire contre l’Angleterre en 1953

Tactique

Jouer rapidement le ballon au sol et chercher toujours le mouvement, tel sont les maîtres mots de Jimmy Hogan. Alors qu’a l’époque la tactique n’existait pas réellement et les entraînements se résumaient à courir derrière un ballon, Hogan a totalement révolutionné la façon de voir le jeu. Lors de son passage avec Hugo Meisl à la tête de la sélection autrichienne, Hogan avait mit en place une tactique inédite. Les joueurs disposaient pour la première fois d’une grande liberté de mouvement et de créativité. Il instaura le football total des années 70 avant Michels et Cruyff. 

Jimmy Hogan décède le 30 janvier 1974, à l’age de 91 ans. Même s’il ne fut pas l’entraîneur ayant eu le plus de titres, Jimmy Hogan est un pionnier de la tactique dans le football. Sans lui, nous n’aurions pas eu la Wunderteam, ni le Onze d’Or Hongrois. Sans lui, nous n’aurions pas eu des entraîneurs de légende par la suite tel que Gustav Sebes et le grand Béla Guttman. Il aura révolutionné la vision du football en Hongrie, en Autriche, aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne et même en France, au RC Paris (1933).

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"Le football est un jeu simple, mais il est extrêmement difficile de jouer simplement."