Dans quatre ans, le Qatar accueillera la vingt-deuxième édition de la Coupe du Monde de la FIFA. Une édition qui aura sans aucun doute fait le plus de polémiques. À quatre ans de l’échéance, faisons un point sur l’organisation, les objectifs et les moyens que va mettre en place le Qatar pour mener à bien ses objectifs. 

Une élection qui fait débat

Le 2 décembre 2010, peu après la Coupe du Monde en Afrique du Sud, le Qatar est désigné comme pays hôte de l’édition de 2022. Le premier État arabe à organiser une Coupe du Monde a battu l’Australie, les États-Unis et le Japon. Dès le lendemain, des accusations de corruption sont dévoilés en une du Sunday Times, du Sun et du Times. La BBC lance également des accusations, et le monde du football est secoué. Ce choix est notamment critiqué par Barack Obama, alors président des États-Unis.

Des voix achetées ?

Pheadra Almajid est l’attachée de presse du comité de candidature qatari au moment de l’élection. Elle affirme par la suite que le président du comité directeur qatari a versé plus d’un million de dollars à trois membres africains du comité exécutif de la FIFA. Ceux-ci étaient chargés de l’attribution de l’organisation de la Coupe du Monde. En échange, ils ont offert leur voix au Qatar pour organiser la fameuse compétition. En France, le journaliste de France Football Eric Champel lance en 2013 le Qatargate. C’est lui qui confirmera que les votes ont bien été truqués.

Sepp Blatter donne la Coupe du Monde à l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al Thani. (Crédit Photo : franceinter)

« L’éthique a été plusieurs fois bafouée par le Qatar dans la façon dont il a obtenu la Coupe du Monde 2022 »

– Eric Champel, journaliste France Football.

Si Sepp Blatter reconnait (seulement) en mai 2014 que l’attribution de la Coupe du Monde au Qatar n’était pas un bon choix, les polémiques ne cessent toutefois pas de croître. En effet, cette même année, le Sunday Times précise être en possession d’emails qui attestent que des versements d’argent aurait été effectués par l’ancien président qatari de la Confédération asiatique de football, Mohammed Bin Hamman.

Une Coupe du Monde en automne, un scandale ?

Pour la première fois de l’histoire, la prochaine Coupe du Monde de football se déroulera fin automne, du 18 novembre au 7 décembre, puisqu’organiser la compétition en été est évidemment impossible en raison des conditions climatiques : en juin, la température au Qatar peut avoisiner les cinquante degrés. Avant de confirmer les dates hivernales, des scientifiques qataris proposaient de développer des nuages artificiels le temps des rencontre afin de garder le stade à l’ombre !

« Il est impossible de jouer sous cette chaleur estivale. Bien qu’il soit possible de climatiser les stades, il est impossible de climatiser tout un pays. C’est pourquoi nous devons faire preuve de courage et jouer cette Coupe du Monde en automne. »

– Sepp Blatter, juillet 2013.

L’organisation de la Coupe du Monde au Qatar entre novembre et décembre est officialisée le 19 mars 2015. La finale aura lieu le 18 décembre, soit le jour de la fête nationale du pays.

Des conditions de travail déplorables

En septembre 2013, un nouveau scandale éclate en rapport à la Coupe du Monde au Qatar. N’étant en rien un pays de football, le Qatar dispose de douze ans pour construire sept des huit stade qui accueilleront la compétition. En cette fin 2013, l’ambassade du Népal a publié un rapport faisant état de plus de quarante morts népalais depuis le début des chantiers de construction des stades au Qatar. Ces derniers étant employés dans des conditions frôlant l’esclavage.

« Sans les changements nécessaires, il y aura plus d’ouvriers qui mourront à construire les infrastructures de la Coupe du Monde que de footballeurs qui fouleront les pelouses lors de ce mondial ».

– Sharan Burrow (secrétaire général de la CSI)

Le mois suivant, une délégation internationale appartenant à la CSI (Confédération Syndicale Internationale) s’est rendu sur place pour observer les conditions de travail. Leur accès leur a toutefois été refusé, car aucune plainte d’ouvrier n’avait été déclarée. Si jamais un employé déclarait une plainte, il était expulsé. Les ouvriers travaillent jusqu’à onze heures par jours, six jours par semaine et parfois dans des conditions climatiques insoutenables.

Le nombre de morts sur les chantiers des derniers grands événements sportifs (crédit : theweek)

Un constat édifiant

Entre 2012 et 2013 seulement, c’est un millier de travailleurs qui aurait perdu la vie sur les chantiers de construction. Parmi eux, près de deux cent cinquante seraient mort des suites d’une crise cardiaque. Une soixantaine seraient décédés de chute ou de suicide, difficile à déterminer tant les conditions de vies sont inhumaines.

« Si nous voulions faire une minute de silence pour tout les employés migrants mort lors de la construction des stades pour le Mondial 2022, les quarante quatre premières rencontres seraient jouées en silence. »

– Hans Christian Gabrielsen, leader de la confédération des syndicats de Norvège.

Le dernier rapport, publié en octobre dernier par la confédération des syndicats de Norvège estime à 2400 le nombre de morts. Près de deux milles d’entre eux viendraient d’Inde, du Népal ou encore du Bangladesh. De plus, la confédération n’a pas pu obtenir le rapport des travailleurs égyptiens et philippins, qui doivent être tout aussi effrayant.

État des lieux du football qatari

Alors que Gianni Infantino a déclaré que la Coupe du Monde au Qatar serait « la plus belle Coupe du Monde de l’histoire », le Qatar souhaite à tout prix créer la surprise et faire vibrer son pays pour son Mondial.

La sélection nationale

Le Qatar n’est pas un pays de foot. C’est un fait. L’équipe nationale, les Al-Annabi (les Bordeaux, ndlr.) sont au quatre-vingt-dix-huitième rang du dernier classement FIFA. Le plus haut classement que l’état arabe a connu date de 1993 avec une cinquante-troisième place. Le premier match de l’histoire de la sélection se déroula le 2 mars 1970, soit un an avant son indépendance du Royaume-Uni. Il se solda par une défaite deux buts à un face à Bahreïn.

Le seul trophée qui est venu garnir la vitrine du football qatari est la Coupe du Golfe. Cette compétition qui a lieu tous les deux ans voit s’affronter les nations du Golfe Persique ainsi que le Yémen. Les nations présentes sont donc le Koweït, l’Irak, l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn et le Yémen. Avec trois titres (1992, 2004, 2014), le Qatar est la deuxième nation la plus titrée ex-æquo avec l’Irak et l’Arabie Saoudite. Invité par les hôtes Brésiliens, le Qatar participera à la Copa America l’année prochaine.

Le Qatar, vainqueur de la Coupe du Golfe 2014. (Crédit Photo : athlet)

Des jeunes prometteurs ?

Les sélections jeunes sont toutefois, il faut l’admettre, plus performantes. Les U19 ont remportés la Coupe d’Asie 2014, ce qui représente la première victoire du pays pour cette catégorie d’âge. Le Qatar a ainsi glané son ticket pour la Coupe du Monde U20 en Pologne en 2019. Une sélection qui sera à surveiller et qui permettra peut-être de situer les chances de la relève qatarie. En 2015, la sélection des moins de vingt ans s’était qualifiée pour la Coupe du Monde mais s’était inclinée en phase de groupe contre le Sénégal, la Colombie et le Portugal d’André Silva, Rony Lopes ou encore Gelson Martins.

La Qatar Stars League

Composé de douze clubs, le championnat qatari a subit de nombreux changements depuis l’attribution de la Coupe du Monde, afin de développer les jeunes talents nationaux. Tout d’abord, la ligue a réduit le nombre de joueurs étrangers autorisés. Le quota passe ainsi de cinq à 3+1, c’est-à-dire trois étrangers et un asiatique. Le championnat se conforte ainsi aux règles de l’Asian Football Confederation (AFC). Les clubs qataris participent en effet à la Ligue des Champions asiatique. Cette saison, Al-Sadd, équipe de Xavi et Gabi, ont atteint les demi-finales.

Aspire Academy, l’avenir du football qatari

Afin de développer les meilleurs jeunes du pays, le Qatar n’a pas laissé chaque club développer son académie. Il a créé un centre de formation ultramoderne qui rassemble tous les meilleurs jeunes du pays. Fondée en 2004, cette académie compte des installations dernier cri. L’objectif principal est bien sûr le football, mais le Qatar veut à terme rayonner sur le monde entier. Ainsi, l’académie forme près de treize disciplines différentes. L’objectif de l’Aspire Academy est de détecter les meilleurs éléments dans les clubs locaux, les recruter et les faire progresser pour qu’ils intègrent progressivement les équipes de jeunes de la sélection qatarie.

Les jeunes s’entraînent jusqu’à neuf fois par semaines. C’est à l’âge de 18 ans qu’ils quittent l’organisme et tentent d’intégrer un club de la Qatar Stars League.

« Quand j’étais à l’Aspire, on s’entraînaient neuf fois par semaine. Les mardis et jeudi nous n’avions pas de session matinale. Les lundis et jeudis nous dormions au dortoir étudiant. Nous avions 4h30 de cours tous les jours en plus des deux séances d’entraînements. »

– Akram Afif, attaquant qatari de 22 ans prêté à Al-Sadd par Villareal.

Un projet qui attire

L’académie parvient également à attirer de grands noms pour encadrer, développer et contribuer à ce projet. Tout d’abord, le directeur général de l’Aspire Academy est Ivan Bravo. Il fut le directeur stratégique du Real Madrid. Valter Di Salvo, actuel directeur de la performance est passé par la Lazio, Manchester United ou encore le Real Madrid. Ensuite, le directeur technique du football est Edorta Murua, qui est notamment passé par le Chili, Bilbao ou encore l’Atletico Madrid. Enfin, Markus Egger, directeur du sport et de la stratégie, a travaillé pour le groupe Red Bull. Cela prouve son expérience et sa connaissance dans ce domaine.

En plus de ces entraineurs ou membres de l’équipe dirigeante, l’Aspire Academy possède plusieurs ambassadeurs de renommés internationale comme un certain Pelé, Messi, Raul ou encore Xavi.

Pelé posant avec des jeunes de l’Aspire Academy (crédit : Le Monde)

Des collaborations avec les clubs européens

Afin de développer ses meilleurs jeunes, Aspire Academy s’est associée avec de nombreuses équipes différentes. La plus représentée fut la KAS Eupen en Belgique. Il y a également Leeds, Linz (Autriche) et des clubs espagnols de seconde et troisième divisions.

« Dès ma première année professionnelle à Eupen, j’avais l’ambition d’y jouer et de m’y intégrer. C’était un honneur pour moi d’être le premier Qatari à jouer en Liga. J’espère ne pas être le dernier et que plus de jeunes auront cette chance ».

– Akram Afif, attaquant qatari de 22 ans prêté à Al-Sadd par Villareal. Il a disputé onze matchs avec Villareal en 2016/2017 et quinze avec Eupen la saison suivante.

Une sélection nationale 100% Aspire Academy pour 2022 ?

Le projet de l’Aspire Academy est incontestablement le plus gros investissement du Qatar pour se donner les plus grandes chances de réussite pour son Mondial dans quatre ans. Ainsi, sera-t-il possible de voir une sélection avec un ensemble de joueur provenant de l’Aspire Academy ? C’est probable. Cette équipe pourrait être plus dangereuse qu’on ne le croit, puisque tous les joueurs connaîtront parfaitement les points fort et faible de leurs coéquipiers.

Ce phénomène est même déjà en cours. Lors du sacre en Coupe d’Asie U19 en 2014, l’intégralité de l’équipe sacrée provient de l’Aspire Academy. En ce qui concerne la sélection nationale, ce n’est pas moins prometteur. Lors de la dernière trêve internationale, les Qataris se sont imposés en Suisse grâce à un but de Akraf Afif, et ont tenu en échec l’Islande (2-2). Dans le groupe convoqué par Felix Sanchez, quatorze des vingt trois joueurs proviennent de l’Aspire Academy.

Conclusion

Si le Qatar a terminé en dernière position de son groupe de qualification à la Coupe du Monde 2018, il se peut qu’elle soit une surprise lors de son Mondial dans quatre ans. Le développement de l’Aspire Academy et le potentiel de ses joueurs est prometteur.

La Coupe du Monde U20 sera un bon moyen de jauger le niveau de la sélection qatarie. Une fois encore, elle pourrait être composée exclusivement de joueurs provenant de l’Aspire Academy. Le Qatar préfère ainsi former des joueurs locaux plutôt que de naturaliser des joueurs étrangers, comme ils l’avaient fait pour la Coupe du Monde de handball. Néanmoins, cela ne doit pas éclipser le scandale qui est d’organiser une Coupe du Monde au Qatar. On peut alors légitimement se demander quelles critiques il faut émettre contre la FIFA, qui semble prioriser l’argent à la beauté du football. Les conditions de travail inhumaines et le fait que personne n’intervienne n’en est pas moins révoltant. À quatre ans de l’échéance, plus de deux milles ouvriers sont mort alors que seul deux des huit stades sont prêt. Combien de mort pour une simple compétition de football va t’il falloir avant d’agir ?

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