San Lorenzo de Almagro est probablement le club le mieux loti de cette série. Bien qu’il soit moins connu que River et Boca, le club supporté par le Pape François reste un membre éminent du football argentin. Le troisième club de Buenos Aires complète en effet, avec l’Independiente et le Racing, le Cinco Grandes argentin. Dans l’ombre d’un géant, épisode 3. 

Il était une foi

Le club doit quasiment sa fondation au hasard, ou à une bonne étoile. Il ne s’agit au début que d’une bande de garçons jouant au football dans les rues des quartiers de Boedo et d’Almagro, situés au centre de Buenos Aires. Une pratique plutôt dangereuse en raison du trafic ferroviaire et automobile important.  Un jour, Lorenzo Massa, prêtre de l’église catholique du voisinage, est justement témoin d’un accident heureusement sans gravité impliquant un tram et un des jeunes footballeurs. Le prêtre a alors une idée pour sortir ces gamins de la rue. Il leur propose en effet la cour de son église comme terrain de jeu, à condition qu’ils se rendent à la messe tous les dimanches. Décision motivée par des raisons de sécurité, certes, mais aussi pour leur donner une identité, les cadrer par le football.

Le club naît officiellement le 1er avril 1908, au terme d’une assemblée « présidée » par Lorenzo Massa. Le premier nom du club n’est autre que celui que se donnaient les jeunes dans la rue, à savoir Los Forzosos de Almagro. Mais naturellement, en l’honneur du prêtre, le nom San Lorenzo est proposé. Il sera retenu, et ce malgré les réticences, par pudeur, de l’homme d’église. Puis, un autre fondateur propose d’y accoler le nom du quartier où la plupart des membres vivaient. San Lorenzo de Almagro naquit ainsi.

Le palmarès méconnu de San Lorenzo

L’AFA (Argentine Football Association) autorise le club à concourir à partir de 1914. Les Azulgranas commencent donc leur histoire en seconde division et remportent le championnat dès leurs débuts. Leur première saison dans l’élite se passe aussi plutôt bien, car même s’il faut attendre la septième journée pour la première victoire du club, les Santos se maintiennent avec une honorable douzième place. San Lorenzo connaîtra ces résultats stables de milieu de tableau pendant près d’une décennie.

Les années 1920 marquent les premiers succès du club avec notamment deux championnats consécutifs en 1923 et 1924. Un peu plus tard rejoints par celui de 1927 et quelques coupes continentales sans grande envergure, ces titres remplissent déjà l’armoire à trophée du club, qui n’est pas encore âgé de vingt ans. En tout, San Lorenzo compte quinze championnats, une coupe domestique, une supercoupe et cinq titres continentaux. Les Cuervos sont même sacrés d’une Copa Libertadores en 2014. Comment un palmarès aussi conséquent ne lui vaut-il pas une plus grande renommée en Europe ?

« No somos como Boca ni River Plate »

Contrairement aux deux géants River et Boca, San Lorenzo a cette volonté de rester attaché à ses racines locales. Il est véritablement le cœur qui bat à Almagro et Boedo. Dans ces quartiers, et particulièrement à Boedo, les couleurs du club embrassent les rues et les fresques de joueurs en couvrent les murs. Tous les habitants sont concernés, on a cette sensation d’un club associé à un unique voisinage. Véritable épicentre culturel du quartier, chaque match procure l’effervescence générale. Selon les socios, c’est justement ce qui fait la particularité de San Lorenzo. Un club de quartier qui tourne le dos à la mondialisation, oui, mais un grand club quand même.

Ce besoin si fort de centralisation pour conserver son identité est probablement le fruit de toute l’adversité que le club a dû surmonter. Moins riche, moins soutenu par les élites, le club est par exemple contraint en 1979 à vendre son stade, pendant la période de la dictature militaire en Argentine. En effet, le Viejo Gasómetro qui accueillait les matches des Santos depuis 1916 dans une ambiance endiablée a vu sa fermeture forcée. L’Etat avait décidé de racheter le stade pour la modique somme de 800 000€ afin d’y implanter un quartier résidentiel. Le club a alors déménagé au Stade Pedro-Bidegain. Si celui-ci n’est que quelques blocs plus loin, les supporters rêvent de retrouver leur temple au cœur du Boedo. Ils ont donc entamé un combat judiciaire dès les années 2000 pour parvenir à leur fin.  Bonne nouvelle, leur souhait est aujourd’hui en passe d’être exaucé.

Habemus Papam

Ce nouveau stade sera bâti en lieu et place de l’enceinte historique où trône aujourd’hui un… Carrefour. Ni Matmut, ni Groupama, pas d’horripilant naming pour ce nouveau temple : c’est le Pape François qui lui donnera son nom. Le souverain pontife entretient effectivement des rapports tout particuliers avec San Lorenzo. Il a premièrement grandi dans le Flores (autre place forte du club, accueillant le stade actuel), et jouait au football dans ses rues avant de trouver sa voie dans l’Église. En grand féru de sports, il est ouvertement fan du club et possède même sa carte de socio. La belle histoire pourrait s’arrêter là, mais les Cuervos attribuent au Pape d’autres vertus…

Remontons dans un passé proche, en 2012, où San Lorenzo connaît des heures compliquées et flirte avec la relégation. En parallèle, le Cardinal Bergoglio devient le Pape François en mars 2013. En décembre 2013, San Lorenzo remporte le championnat argentin, ce qui vaudra aux héros une réception au Vatican. L’année suivante est encore plus heureuse pour les Santos puisqu’ils terminent vainqueurs du trophée suprême : la Copa Libertadores. Miracle ou coïncidence, les hinchas font en tout cas rapidement le rapprochement et attribuent au Pape la victoire, ainsi que toutes les suivantes. On espère que ce joli conte se poursuivra à l’Estadio Papa Francisco.

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