L’état du supporteurisme français se dégrade d’années et années. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’action des pouvoirs publics vise et touche très durement les supporters des clubs de football en France.

L’exception française

Si la France a longtemps été une exception sur le plan économique, elle en est maintenant une sur le plan sportif. En effet, la Ligue de Football Professionnel est la première à condamner très sévèrement les supporters en France. Pourtant, dans ses vidéos de présentation d’avant-saison, elle aime mettre en avant les ambiances de folie, les fumigènes colorant les tribunes, les tifos aux coloris chatoyants : en bref, ce que les collectifs de supporters s’échinent à créer jour après jour, avec des budgets plus que limités.

La logique voudrait que la LFP et toutes les instances du football français favorisent ce genre d’initiatives. En effet, il est beaucoup plus simple de vendre un produit – ici les matchs auprès des diffuseurs télévisuels internationaux – quand le spectacle n’est pas que sur le terrain mais aussi dans les tribunes. Pour preuve, il n’y a qu’à voir les déclarations des joueurs. Aucun n’aime jouer dans une ambiance monotone, aucun n’aime disputer des matchs à huis-clos. Et le supporter devant sa télévision est du même avis.

Pourtant, la réalité est tout autre. Plutôt que de favoriser ou même de simplement dégager la voie pour le supporteurisme, la Ligue et la Fédération s’échinent à stopper toutes initiatives de ce genre. Les supporters sont stigmatisés, les collectifs ultras assimilés à des hooligans et chacune de leurs incartades mises en avant afin de justifier leur éradication. Le moindre craquage de fumigène est considéré comme un crime, et de très lourdes sanctions sont prononcées pour ce genre d’évènements. Le supporter est plus qu’un contrevenant : il est un délinquant, presque un criminel.

L’hypocrisie fumigène

C’est justement sur le plan des fumigènes que l’hypocrisie de la part des instances dirigeantes est la plus flagrante. Toute personne ayant déjà regardé un match de football à la télévision précédé d’un craquage de fumigène ne peut qu’en convenir : cela colore le stade, ambiance le public et motive les joueurs. Une ambiance de folie est une véritable poussée pour le joueur sur le terrain – surtout pour les joueurs habitués à ce genre d’atmosphères depuis leurs plus jeunes âges. Bref, les fumigènes sont l’âme du football et un des éléments essentiels d’animation des tribunes. Facile à mettre en place, ils sont très efficaces.

Mais pourtant, la Ligue condamne très lourdement, et ne laisse aucune place à la négociation. La ligne est étanche, et aucun débat n’est même autorisé. Conséquence, les craquages se font plus rares mais plus concertés. L’objectif de la Ligue, théoriquement sécuritaire, est tout sauf atteint. Lorsque de gros craquages, non encadrés par les forces de l’ordre, ont lieu, les risques d’accidents sont décuplés. C’est le principal problème de la politique ultrasécuritaire et refusant la plus simple des discussions.

Toutefois, une solution existe : l’encadrement. En effet, le meilleur moyen de se conformer aux dispositions de sécurité les plus récentes tout en donnant aux tribunes leurs couleurs favorites passe sans doute par un encadrement et une concertation. Si les groupes de supporter, en amont du match, décident de créneau en accord avec le club, les forces de l’ordre et la Ligue, alors aucun problème ne serait à déplorer. Pas d’interruptions de jeu due à un manque de visibilité si ces craquages sont effectués en amont du match – mettons dix minutes avant – ou bien au cours de la mi-temps. Aucun débordement non plus, si les groupes de supporters, au lieu d’être vilipendés, sont responsabilisés.

Sur la route…

Une des autres hypocrisies des instances dirigeantes concerne les déplacements des supporters. Les interdictions administratives de déplacement se sont multipliées ces dernières années. Prises par les préfets, elles visent toutes les personnes « se prévalant de la qualité de supporter de l’équipe visiteuse ou se comportant comme tel ». Divers prétextes ont été utilisés. Parmi les plus récents, le plan Vigipirate renforcé face au risque d’attaques terroristes. Un argument qui vole très facilement en éclat : il n’est pas plus compliqué pour un potentiel terroriste d’atteindre des supporters à domicile que des visiteurs. Bien sûr, il y a le problème des forces de l’ordre mobilisées. Mais si des questions techniques viennent perturber la liberté fondamentale de déplacement, alors ce n’est pas une question de supporteurisme mais un problème essentiel dans le mode de fonctionnement de l’État français.

En bref, le football français a beaucoup de problèmes, et les supporters n’en sont pas un par eux-mêmes. Non, c’est ce que fait la Ligue, c’est ce que font les instances dirigeantes, c’est ce que font les institutions délivrant arbitrairement des interdictions de stade à des personnes incriminées uniquement d’avoir apporté des banderoles et des fumigènes dans l’enceinte des stades. Le supporter de football n’est pas un problème en lui-même, pas plus que le supporter de rugby, de handball ou de n’importe quel autre sport. Toute une collectivité de supporters ne doit pas pâtir des actes insensés de certains. Il ne faut pas amalgamer tous les supporters de football, parce qu’ils sont avant tout des êtres humains, à la personnalité complexe, et qui veulent simplement prendre du plaisir en allant supporter leur équipe, à domicile comme à l’extérieur.

A propos NSOL 584 Articles
"L'homme passe la moitié de son temps à se forger des chaînes, et l'autre moitié à se plaindre d'avoir à les porter." (Eugène Ionesco)