Lorsque l’on fait la liste des numéros dix qui ont marqué l’histoire du football, plusieurs noms arrivent tout de suite en tête. Parmi eux, ceux de Maradona, Zidane ou encore Riquelme. Mais juste derrière ces légendes immortelles, il y a Günter Netzer. Retour sur la vie et l’œuvre de Günter Netzer, le meneur par excellence.

Günter Netzer, l’enfant de ‘Gladbach

C’est à Mönchengladbach que Günter Netzer voit le jour le 14 septembre 1944. La seconde guerre mondiale en a encore pour un peu plus d’un an, l’Allemagne ne capitulera pas avant plusieurs mois. Cette époque, Günter Netzer ne la connaît que par ses parents. Il grandit dans une Allemagne marquée par la guerre, la pauvreté, la honte et la partition Est-Ouest. Cela ne l’empêche pas de taquiner le cuir comme une tripotée de gamins de son âge dès ses six ans. En 1952, alors qu’il n’a que huit ans, il prend sa première licence dans le club du coin, le 1. FC Mönchengladbach. Günter Netzer va y faire toutes ses classes, avant d’être repéré à seize ans par le grand rival, le Borussia Mönchengladbach.

Ni une, ni deux, Günter Netzer fait ses valises et déménage de l’autre côté de la ville pour rejoindre le Borussia. Certes, les Fohlen n’évoluent alors qu’en deuxième division, mais ils sont beaucoup plus prestigieux que le Effzeh. Un an passé dans les équipes de jeunes, et Netzer, en 1963, débute en Regionalliga West sous les couleurs blanches et noires de ‘Gladbach. Numéro dix talentueux, il éclabousse le football local de sa classe, et obtient logiquement la montée l’année suivante. L’année 1964 est un tournant dans sa carrière. L’entraîneur qui l’a fait monter en pro, Fritz Langner, est remercié par la direction. Il est remplacé par Hennes Weisweiler. Alors que la relation entre les deux hommes aurait pu être tendue, elle est au contraire très cordiale.

Une histoire d’amour

C’est en effet presque une histoire d’amour qui va s’enclencher entre le jeune Netzer et Weisweiler. Celui-ci lui fait pleinement confiance, et, l’installant en tant que titulaire indiscutable, lui ouvre pleinement les portes de la Nationalmannschaft. En octobre 1965, il fait enfin ses débuts avec l’équipe Allemande, lors d’un match contre le voisin autrichien. Cela le propulse définitivement au rang de star de la région, et même assez rapidement à celui de star du championnat allemand. La rivalité avec le Bayern München de Beckenbauer aidant, Günter Netzer devient une des figures de la « lutte » contre le Rekordmeister. Certes, le Bayern a l’avantage de l’effectif, mais le Borussia n’est pas en reste, et parvient à remporter le championnat en 1971, grâce aux performances fabuleuses de son numéro dix. Mieux, l’année d’après, il le remportent une nouvelle fois. C’est alors le premier doublé de l’histoire de la Bundesliga.

Cette célébrité pour le Borussia et pour Günter Netzer n’est pas sans inconvénients. Maintenant qu’il s’est imposé en équipe d’Allemagne, il commence à se faire des rivaux. Parmi eux, un certain Wolfgang Overath. Celui-ci joue exactement au même poste, mais à Cologne. Il était titulaire avec la sélection au cours de l’Euro 1972 remporté par l’Allemagne. Et ce malgré le fait que Netzer ait été nommé meilleur joueur allemand la même année. Il le sera une nouvelle fois en 1973. 1973 est une nouvelle année charnière pour lui. En effet, il dispute la finale de la coupe d’Allemagne face au Cologne d’Overath. Motivé à bloc, il est effondré par le décès de sa mère la veille. Sur le banc au coup d’envoi, il rentre en jeu à une vingtaine de minutes de la fin, et marque le but de la victoire. Netzer vole à Overath l’opportunité de remporter une deuxième coupe d’Allemagne.

Far away

La presse de l’époque aurait pu se délecter de la rivalité entre les deux numéros dix – qui s’apprécient suffisamment pour cohabiter en sélection, un peu à la manière d’un Ronaldo-Messi. Mais Netzer, après quasiment trois-cent matchs et une grosse centaine de buts pour le Borussia, quitte l’Allemagne à l’été 1973. Il rejoint alors le Real Madrid. Accompagné d’un autre allemand – Paul Breitner -, il remporte le championnat d’Espagne et s’attend à être titulaire pour le mondial 1974. Mais au dernier moment, Overath est préféré à Netzer, notamment grâce à son vécu en sélection. Un clan se forme, entre partisans de Netzer – Vogts, Bonhof, Wimmer, Heynckes – et partisans d’Overath – majoritairement des joueurs du Bayern, Hoenness, Schwarzenbeck ou encore Müller et le capitaine Beckenbauer. Pris entre deux feux, Breitner est étrangement plutôt favorable à Overath. Finalement, Netzer ne joue qu’un seul match, la fameuse défaite contre le voisin Est-Allemand en poules.

Dans une atmosphère délétère, l’Allemagne remporte malgré tout le mondial. Netzer vient de fêter ses trente ans, et a encore un bel avenir devant lui. Surtout qu’Overath vient de prendre sa retraite internationale. Mais le sélectionneur Helmut Schoen lui reproche son caractère dilettante, et c’est avec seulement trente-sept sélections et six buts qu’il prend sa retraite internationale en 1975.  Son expérience madrilène s’arrête un an plus tard, en 1976, après seulement trois saisons, deux titres de champion et deux coupes d’Espagne. Lassé par la pression et les critiques, Günter Netzer signe aux Grasshopper de Zürich, où il prend sa retraite en 1977. Après sa retraite de joueurs, le très talentueux meneur de jeu prend un poste d’entraîneur à Hambourg. Là aussi, il fait parler la foudre, en remportant trois titres de champion d’Allemagne et une Coupe d’Europe des Clubs Champions. Cela sera sa seule expérience d’entraîneur.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)