La Coupe du Monde 1982 est une des plus belles heures de gloire de la sélection polonaise. Emmenée par Lato, Boniek et Żmuda , la Reprezentacja atteindra la demi-finale de la compétition, avant d’être défait par l’Italie. Mais l’équipe s’adjugera la troisième place, en battant la France lors du match pour la troisième place. Parmi les joueurs disputant les 630 minutes des biało-czerwoni, il y a Stefan Majewski. Retour sur la carrière de ce défenseur puissant et talentueux.

 

L’enfant de Bydgoszcz

Stefan Majewski voit le jour à Bydgoszcz, non loin de Toruń, dans la voïvodie de Kujawsko-Pomorskie, le 31 janvier 1956. C’est là qu’il passe son enfance, et c’est naturellement là qu’il signe ses premières licences. A neuf ans, il rejoint le Gwiazda, où il passera huit années. Et son talent est repéré en 1972 par le Chemik, un des plus gros clubs de la ville derrière le Zawisza. Enfin, plus gros, c’est vite dit. Car le club évolue à l’époque au quatrième échelon national. Après une saison avec les équipes de jeune, il commence en professionnels en 1973. C’est à vingt-et-un ans que Stefan Majewski rejoint le Zawisza de Bydgoszcz. Sous le maillot du Czarny – du nom d’un chevalier légendaire du quinzième siècle, Zawisza Czarny -, Stefan Majewski gravit peu à peu les échelons jusqu’à faire ses débuts en deuxième division au printemps 1977.

Stefan Majewski parvient très vite à se faire un nom au Zawisza. Sa rigueur, son calme et sa puissance n’ont d’autre mesure que son talent. Propre, du haut de son mètre quatre-vingt-six, il est le patron de la défense de Bydgoszcz. Cinquante matchs et quatre buts en à peine une année viennent confirmer cela. Logiquement, la sélection polonaise regarde d’un bon œil les performances de Majewski. A l’été 1978, il fait ses premiers pas chez les aigles blancs. Et pour sa première, il marque son premier but, lors d’une victoire étriquée 1-0 contre la Finlande.

Et ce talent ne passe pas inaperçu dans la capitale. Après l’avoir supervisé, le Legia Warszawa s’attire les services de Majewski à l’hiver 1979 afin de solidifier sa défense. Mais l’arrivée de Stefan Majewski n’a pas que des aspects positifs en défense. Car le 4 mars, pour son premier match sous les couleurs des légionnaires, il inscrit un doublé contre le Śląsk Wrocław. Titulaire indiscutable dans la défense du Legia, il est un des éléments clés du dispositif défensif du club de la capitale. Il en va de même en sélection où il assure sa place, que ce soit sous les ordres de Ryszard Kulesza ou sous ceux d’Antoni Piechniczek.

Mondial

Avec les Legioniści, il remporte deux coupes de Pologne consécutives en 1980 et 1981. Néanmoins, il ne parvient pas à venir grappiller le titre de champion, qui échappe saison après saison aux Legioniści. Au cours de ses cent-quatre-vingt-deux apparitions sous le maillot vert et blanc, il doit se contenter d’une honorifique deuxième place pour sa dernière saison, en 1984-1985. Et encore, Stefan Majewski quitte le Legia à la mi-saison pour rejoindre l’Allemagne et Kaiserslautern.

Mais entre temps, l’homme aux dix-huit buts avec le pensionnaire du stade du maréchal Józef Piłsudski dispute une Coupe du Monde avec la sélection polonaise. Cette Coupe du Monde, c’est bien évidemment celle de 1982. Stefan est un des éléments clés, là encore, de la formation polonaise. Il est titulaire lors des deux matchs contre l’Italie, celui contre le voisin soviétique, lors de la rencontre contre le Pérou et lors de celle contre le Cameroun. Mais surtout, il est titulaire lors de la petite finale que la Pologne remporte contre la France.

Et ce match, Stefan Majewski le marque de son empreinte. Alors que les bleus avaient ouvert la marque à la treizième minute de jeu par René Girard – son seul but en sélection -, la Pologne renverse la partie juste avant le retour des vestiaires. Andrzej Szarmach égalise à la quarantième, et Majewski donne l’avantage à la Pologne à une minute de la fin du temps réglementaire. Au retour des vestiaires, la Pologne prendra la France à la gorge. En effet, Kupcewicz marquera le but du 3-1 à la quarante-sixième. La réduction du score à un quart d’heure de la fin de Couriol n’y fera rien. La Pologne de Stefan Majewski remporte logiquement la médaille de bronze. Majewski aura porté à la fin de sa carrière internationale en 1986 quarante fois le maillot polonais pour quatre buts.

Frontalier

C’est donc auréolé d’une médaille de bronze en Espagne deux ans plus tôt que Stefan Majewski débarque à Kaiserslautern. Son idylle avec le 1. FCK ne sera pas cependant aussi belle que l’on aurait pu l’espérer. Avec les Pfälzer, Stefan Majewski s’impose certes comme titulaire, mais n’entrevoit jamais les gloires européennes ou même les places d’honneur. Il ne marque qu’un petit but en un peu plus de soixante apparitions en trois ans, et file à Bielefeld en 1987. Avec l’Arminia, il joue trente-cinq fois en une saison et demi et marque là aussi un but. Il ne parvient pas à assurer la promotion du club en première division la première demi-saison. Sa seconde année est pire : le club termine à la dernière place de la 2. Bundesliga. Stefan Majewski en tire des conclusions, et quitte l’Allemagne pour Chypre après avoir rompu son contrat avec Bielefeld.

Il passe une saison sur la petite île, avec l’Apollon Limassol. Cela lui permet notamment de se changer les esprits, après sa saison galère en Allemagne. Et après son petit exil, il retourne en Allemagne, cette fois-ci à Fribourg. Il y va terminer sa carrière, jouant peu (trente-trois apparitions et deux buts de 1989 à 1993) mais préparant son après-carrière. En effet, alors qu’il joue encore, il commence en 1990 à s’occuper des équipes de jeune de Fribourg. Cette expérience lui est bénéfique puisqu’il n’a pas de mal à trouver un emploi en tant qu’entraîneur après son départ de Fribourg. En effet, il arrive au Polonia Warszawa, le second club de la capitale, et y passe trois exercices, divisés en deux mandats. Lors du second, il fait notamment monter le Polonia en Ekstraklasa, la première division polonaise.

Coach Stefan Majewski

Majewski à Marseille lors du match Ukraine - Pologne de l'Euro 2016 (Getty Images)
Majewski à Marseille lors du match Ukraine – Pologne de l’Euro 2016

En tant qu’entraîneur, la carrière de Stefan Majewski est ponctuée de hauts et bas. Après son passage au Polonia, il retourne en Allemagne. C’est le 1. FC Kaiserslautern qu’il rejoint pour diriger l’équipe réserve. Des performances mitigées lui feront quitter le club en 1999. Il retourne en Pologne, à l’Amica Wronki. Dans les dernières années de l’existence du club – il fusionnera en 2007 avec le Lech Poznan -, il remporte notamment deux coupes de Pologne. En plus, il s’adjuge une supercoupe. Un passage éclair au Zaglebie Lubin ne marquera pas les esprits, pas plus que celui au Świt Nowy Dwór Mazowiecki. Il retourne en 2003 à Wronki, avant de prendre la tête en 2004 du Widzew Łódź. Stefan Majewski quittera son poste deux ans après. Il se relancera au KS Cracovia de 2006 à 2008.

Et un de ses anciens coéquipiers va se rappeler à son bon souvenir en 2009. Zbigniew Boniek, après l’avoir engagé comme adjoint de la sélection en 2002 lui demande d’assurer le coaching des U23 de la Pologne. Il fait même un intérim – deux défaites – à la tête de la sélection lors des éliminatoires pour le mondial 2010. Il terminera sa carrière d’entraîneur à la tête des espoirs polonais en 2012. Aujourd’hui à la retraite, il est membre depuis 2014 du Klub Wybitnego Reprezentanta. Cette présence est exceptionnelle, puisqu’elle est normalement réservée aux internationaux ayant au moins soixante capes. Preuve que Stefan Majewski est quelqu’un.

A propos NSOL 762 Articles
« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)