C’est officiel depuis jeudi 14 décembre. La LFP annonçait le jour de l’anniversaire de demivolee que la France rejoindra la saison prochaine l’Italie, l’Allemagne, les Etats-Unis et d’autres – je ne vais pas faire un inventaire à la Prévert – dans l’expérimentation de l’arbitrage vidéo. Si pour certains, la nouvelle est excellente, elle est, pour moi, une hérésie.

Les expériences étrangères

En Europe, l’expérience ne satisfait les acteurs du foot et crée même des polémiques. Outre-Rhin, lorsque l’arbitre vérifie la décision avec la vidéo, les images sont envoyées depuis un centre situé à Cologne. En novembre, le responsable de l’assistance vidéo fut renvoyé, soupçonné de favoriser son équipe préférée. Outre cette polémique, les footballeurs n’aiment pas et comprennent pas les décisions des arbitres avec l’assistance vidéo. Car les hommes en noir ont une approche différente de la vidéo, certains l’utilisent beaucoup, voir en abusent, d’autres ne l’utilisent pratiquement pas. Autre problème, l’arbitre peut revenir sur un penalty plusieurs secondes et en pleine construction d’une occasion après la faute ou encore des joueurs d’abord expulsés puis rappelés sur le terrain. Même si elle a pu régler des injustices, l’attente et les temps additionnels qui s’éternisent rendent tous les acteurs du foot agacés.

En Italie, la vidéo aussi fait parler. Comme en Allemagne, les problèmes sont les mêmes. Quelques fois les injustices ne sont pas réglées alors que le but du système est d’en éviter un maximum. L’exemple que je peux utiliser est celui de Lazio-Torino et les conséquences sont plutôt graves puisque la Lazio menace de se retirer de la Serie A. Après une main dans la surface du joueur turinois Iago Falqué, les esprits s’échauffent, les romains réclament un pénalty. Puis Immobile donne un coup de tête à Burdisso. L’arbitre décide donc d’utiliser la vidéo. Pour quelle raison ? Pour le coup de sang d’Immobile. L’attaquant vedette de la Lazio est expulsé. Tandis que le penalty dont aura dû bénéficier les romains ne le fût pas. La Lazio perdra 3-1 à dix contre onze.

Il débarque en France

Didier Quillot a annoncé que l’arbitrage vidéo sera utilisé pour quatre raisons :

– Y a-t-il but ou pas ?

– Y a-t-il penalty ou pas ?

– La faute commise vaut-elle un carton rouge ?

– Est-ce le bon joueur sanctionné ?

Notons aussi qu’en France, on fait différemment qu’en Allemagne ou en Italie. L’arbitre n’ira pas voir la télé pour se faire un avis. Ce sera l’arbitre central qui interpellera l’arbitre vidéo mais aussi l’inverse. De quoi mettre un peu plus de confusion chez nos joueurs, qui ne pourraient pas comprendre pourquoi l’on traverse le terrain pour un penalty non-sifflé en plein milieu d’une autre occasion.

Vers la fin de l’arbitre…

Avant de venir à des exemples sur lequel où la vidéo ne résoudra rien. Je rajoute donc qu’en France, ce ne sera plus l’arbitrage fait par un arbitre mais un arbitrage fait par un arbitre invisible par le spectateur, les joueurs. L’interprétation de l’homme en noir sur le rectangle vert n’existe plus, ce sera la décision de l’homme dans la camionnette derrière le stade qui primera sur celui qui vit pleinement le jeu, qui n’aura pas l’occasion de voir les images pour se faire son avis.

Autre incompréhension non pas à l’égard de la vidéo mais du BOARD, ce sont les raisons pour utiliser la VAR. Pourquoi l’arbitre ne peut pas utiliser la vidéo dans tous les cas ? Il y aurait donc une hiérarchisation des faits de jeu. Une balle sortie du rectangle vert, un coup-franc de quarante mètres auraient moins d’importance que les autres faits de jeu. Après, le fait que la vidéo ne soit pas généralisée me rassure : l’arbitre central pourra encore prendre ses décisions.

Des exemples où l’arbitrage vidéo ne sert à rien

Maintenant venons-en à des cas. Oui, on va me dire que la vidéo est là pour réduire un maximum d’injustices. Mais quand-même, personne n’est capable d’annoncer catégoriquement si le but de Fabinho contre les verts le week-end est valable. Le diffuseur du match s’est «amusé» à se mettre dans la peau d’un arbitre utilisant la VAR. Sur un angle, le brésilien est en position de hors-jeu, sur un autre angle, le diffuseur est incapable de déterminer le moment où le ballon quitte le pied du tigre Colombien. Ce qui mettre le milieu monégasque ou pas selon le moment où le ballon quitte le pied du buteur monégasque. En effet, en fonction de l’angle de la caméra, un joueur peut être en position illicite et sur une autre caméra, le joueur n’est pas hors-jeu. Il faudrait rajouter des caméras pour avoir l’angle parfait. Mais il restera un problème. Le moment où le ballon quitte exactement le pied du joueur.

Autre cas, savoir s’il y a penalty. Il peut y avoir faute sans savoir exactement si la faute est en dehors ou dans la surface, ça reste un cas rare. Mais le problème que je pose est le suivant. Chaque arbitre a sa vision. Il peut juger qu’il y a faute alors qu’un autre arbitre peut juger qu’il n’y a pas faute.

Ensuite je garde le même problème. Celui des angles de la caméra. Une caméra, une interprétation. Sur certains angles, l’arbitre verra une faute, sur d’autres angles, il verra que le tacle est bon. Perdu sur sa trentaine de ralentis, l’arbitre devra faire son choix qui fera quand-même parler car les différentes caméras montreront que l’arbitre aurait dû prendre la décision inverse.

Arbitrage vidéo, say no !

L’arbitre est dénaturé par l’arbitrage vidéo, voulant rendre un sport plus juste alors qu’il ne le sera pas plus. Ensuite les interruptions de jeu sont exaspérantes déjà sans vidéo, alors imaginez un Montpellier-Nantes sans occasions, la vidéo sera un prolongement de l’ennui. Tandis qu’un match où les attaques et contre-attaques ne font que s’enchaîner, l’interruption par la vidéo sera agaçante. Tout ça pour créer un nouveau «suspens». Sans oublier que l’histoire du foot s’est fondée sur des injustices, de Maradona à Henry en passant par Nilmar. Si le foot devient juste, NSOL et ses descendants n’auront plus d’histoires à nous faire partager. Ajoutant à cela les cas toujours litigieux où même vidéo à l’appui, ils sont incapables d’être résolus. La vidéo est une hérésie pour moi, qui préfère un jeu sans de longues interruptions et un arbitre qui ressent le jeu et non un arbitre «téléspectateurs» qui arbitre son match depuis son salon. Ce football se meurt puisque la Coupe du monde 2018 accueillera l’arbitrage vidéo et la saison 2018-2019 fera place à la NFL1 Conforama.

Les propos n’engagent que son auteur : c’est KuzControl seulement qu’il faut frapper si vous êtes pas en accord avec les propos dans l’article. Et dans les prochains jours, un droit de réponse pour la vidéo devrait voir le jour de la part d’un autre membre de la rédaction.

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