Kylian Mbappé Lottin. Une poignée de matches en Ligue 1. Cent-quatre-vingts millions d’euros. Le prix de l’indécence. L’inflation du ridicule.

Note : Cet article est un billet d’opinion et ne constitue pas un avis général de la direction du site ou de l’équipe de rédaction, mais reflète strictement et uniquement la position de son auteur.

Kylian Mbappé : french quality

Kylian Mbappé, en signant, grâce à un contournement du FPF, au Paris Saint-Germain, devient le deuxième transfert le plus cher de l’histoire du football. Soit. Mais ce n’est pas un coup d’essai pour Paris, qui vient de faire sauter la clause du brésilien Neymar Junior pour une quarantaine de millions d’euros. Et pendant ce temps, le FC Barcelone a dépensé plus de cent millions pour Ousmane Dembélé. Tous ces transferts détrônent donc Paul Pogba du titre de joueur le plus cher de la planète football. Ce n’est pas étonnant que ce record soit détrôné : c’est d’ailleurs même le principe d’un record. Le perchiste record-beater Bubka en est l’illustration. Bon. Des transferts à cent millions, c’est une chose qui reste relativement rare pour autant. Mais ces quatre transferts concernent quand même trois joueurs français. Et un autre vers un club français. Alors, qu’est-ce à dire ?

Serait-ce une inflation du prix du joueur français ? En fait, en y regardant bien dans l’histoire, les joueurs français ont pendant longtemps dominé le classement. Dans les années 2000, on a eu à ce rôle Zidane. Puis, détrôné par Ronaldo, il y a les transferts récents que l’on connaît. Alors, à quoi est-ce dû ? Probablement à une formation française, qui, loin des clichés, a su grandement s’améliorer pour combler les retards qu’elle pouvait avoir dans les années 60-70. De plus, l’on peut légitimement penser que les joueurs français les plus talentueux sont lancés dans le grand bain plus jeunes que les autres. Ce qui hausse leur prix. Et ce qui est sans doute dû à l’absence totale de grands clubs français dans le gotha européen, exception faite des incursions lyonnaises et monégasques. Et des ambitions parisiennes, qui, bien que fondées, sont pour l’instant encore dans les starting-blocks.

Kylian Mbappé : Monaco grown

Kylian Mbappé a également pour lui (ou contre lui, c’est selon) le fait d’avoir été post-formé à Monaco. C’est en effet en principauté qu’il a fait ses classes, après avoir porté des maillots aussi divers que l’AS Bondy ou le Stade Malherbe de Caen. Et, comme chacun le sait, Monaco vent bien, très bien, ses joueurs. Cet été, Benjamin Mendy, Bernardo Silva et peut-être Thomas Lemar peuvent en témoigner. Sa valeur marchande explose aussi du fait que malgré son jeune âge, il soit international français et titulaire l’an passé chez le champion de France en titre. De plus, Monaco s’étant suffisamment séparé de joueurs cet été, la vente de Mbappé ne paraît pas nécessaire pour l’équilibre financier du club. Il n’est donc pas étonnant que les monégasques aient réussi à ainsi faire monter les enchères. Jusqu’à atteindre ce montant phénoménal qui dépasse l’entendement.

Parce que Mbappé reste quand même un joueur sans aucunes certitudes. Certes, il sort d’une bonne saison avec l’ASM avec plus d’une vingtaine de buts. Certes, il montre une compréhension du jeu de très bonne facture pour son jeune âge. Mais ce montant exorbitant interroge. Quel prix pourra-t-il être vendu s’il parvient à faire une très bonne saison ? Quel prix pourra-t-il être vendu s’il parvient à faire partie des cinq meilleurs avant-centres au monde ? Si sur la saison, il trouve à quarante reprises le chemin des filets, alors son prix devrait être évalué à 360M€. Allons donc. Ce n’est pas sérieux. Jamais un tel investissement sur un joueur, même si l’on prend parmi la flopée de joueurs meilleurs que Mbappé, pourra être rentable. Seul un idiot pourrait penser que le marketing ou les titres rembourserait 300M€. Arrivé un certain montant, la rentabilité ne sera jamais atteinte.

Kylian Mbappé : Inflation baby

Et si Kylian Mbappé atteint de telles sommes, c’est aussi qu’il est enfant de l’inflation. Mais ou va cet argent ? Le circuit est-il fermé ? Le football, en augmentant les prix de transfert de ses joueurs, enrichit les autres clubs. Qui sont donc plus aptes à dépenser des folies pour d’autres joueurs. C’est un cercle vicieux qui sort de l’argent de l’économie réelle pour le mettre dans la fake-economy du football. Fake-economy car l’on a calculé qu’au-delà de 29M€, l’achat d’un joueur en Ligue 1 Conforama ne peut pas être rentabilisé sur moins de 10 ans. A moins bien sûr d’une revente. C’est-à-dire que la plus-value sportive est à peine supérieure au salaire moyen. Notons d’ailleurs à cette règle que pour un joueur noir, le montant d’achat rentabilisé est plus élevé que pour un joueur blanc. Encore une preuve du racisme latent dans le football.

L’économie du football est à perte. Nous sommes aujourd’hui assis sur une bulle spéculative qui explosera sans aucun doute. Nourrie par l’augmentation des droits TV et par le financement par les Etats ou les fortunes privées. Or, les fortunes privées investissent absolument toutes à perte. Ce sont uniquement des investissements d’images ou de plaisir. Et les droits TV ne pourront plus augmenter indéfiniment. Parce qu’à un moment, le streaming ou les diffusions alternatives augmenteront plus vite que la rentabilisation des abonnements si les prix augmentent. C’est le principe en économie de la courbe de Laffert. A un moment, la décroissance devra s’entamer pour ne pas que le football dans son essence soit pénalisé. Cela ne sera pas les gros clubs qui en pâtiront, mais les centres de formation des clubs de moyenne ou petite taille. C’est-à-dire le cœur du football. D’où la nécessité de casser la boucle.

Kylian Mbappé : Tête à claque

Kylian Mbappé, avec son transfert, rentre dans une nouvelle catégorie : celle des joueurs qui pourrissent leur image. Car avec ses caprices d’enfant-gâté, ces matches sautés pour que son transfert ait lieu, il écorne son image. Celui qui paraissait l’an passé comme un jeune « la tête sur les épaules et les pieds sur terre » apparaît désormais comme un footballeur moyen. Un footballeur qui n’a pas compris que le football, ce n’est pas l’argent. Sur ce point, il privilégie la spéculation qu’une carrière intelligente. Car à Paris, il ne jouera pas à son poste, en pointe. Il n’est même pas sûr d’être titulaire. Il va dans un club qui a fini derrière le sien en Ligue 1 et C1. Donc un club pas impossible à refuser. Un plan de carrière plus intelligent aurait dû le faire rester à Monaco.

Là, il aurait pu continuer sa progression tranquillement et confirmer (ou pas). Et signer dans un an ou deux dans un vrai grand club européen comme le Real de Madrid. Ou éventuellement au Neymar Saint-Germain. Ou au FC Barcelone. Car Paris n’est pas suffisamment grand pour qu’il soit impossible à refuser. Mais Paris est trop grand pour que cela soit une progression douce. Chacun sait que le rédacteur de cet article ne porte pas le PSG dans son cœur. Mais, malgré cela, je sais reconnaître les vrais bons joueurs. Et pour moi, Kylian Mbappé est passé de la catégorie des joueurs intelligents et vraiment appréciés à celle des têtes à claque. Et je ne pense pas être le seul amateur de football à avoir fait cette distinction désormais. En espérant que la suite de sa carrière me détrompe.

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