Entre sommes astronomiques et besoin de quelques sous, on peut se demander à quoi rime le football. Car s’il est sur qu’il rime avec argent, cela n’est, à mon sens, pas là son essence. Par ces mots, je passerais peut-être pour un trouble-fête. Mais sachez que même si parfois je trouve qu’il ne rime à rien, j’aime quand même le football.

Mbappé rime avec Money

Kylian Mbappé. 18 ans, pas même soixante matches en pro, 27 buts. Certes, une des plus grandes promesses du football, mais les montants évoqués frisent l’indécence. 120, 150, 180 millions d’euros, peu importe… Certes, ce n’est pas moi, ce n’est pas le contribuable qui paye. Certes, cela rapportera des sous à l’État français via les taxes sur son salaire et sur la transaction effectuée. Mais à quoi cela rime donc ? On assigne une valeur à un être humain, c’est déjà suffisamment atroce pour que les montants extravagants passent finalement inaperçu. J’aime le football. Je comprends que les joueurs génèrent des masses monétaires extravagantes et que le sponsoring soit la cause en partie de cela. Mais des fois, cela paraît irrationnel. Incompréhensible, même, de voir le nombre de chiffres apposés pour le transfert.

D’aucuns arguent du fait que les ventes de maillot vont rembourser le transfert. C’est un mythe. Et puis, de toute manière, même si c’était vrai, alors cela serait à nous de payer pour ces folies ? Je n’ose pas penser que c’est autre chose qu’une bulle financière que celle qui a lieu avec les transferts. Il y a 10 ans, un transfert à 30M€ paraissait pour plus que conséquent. Il nous a fallu quelques années pour passer les 100M€. Et seulement un an pour passer celle des 200M€. A la limite, quelle importance que cela soit par un montage financier.

C’est simplement que c’est une bulle spéculative à perte. Et le jour où elle éclatera, alors cela endommagera tout l’écosystème football. Les prix sont théoriquement censés augmenter rationellement. Il a fallu des années pour que le salaire d’un joueur augmente, en rapport avec les prix de transfert. Et l’on grille les étapes.

L’évolution des contrats

Par comparaison, Thadée Cisowski, un des plus grands joueurs de son époque, 206 réalisations en D1 française, ne touchait que 400 Francs Français par mois en 1961. Le salaire minimum en France étant de 280FF à ce moment là. Les salaires des footballeurs paraissaient donc relativement indexés sur le niveau de vie moyen des gens. Car il ne faut pas oublier qu’à la différence d’un ouvrier, un footballeur ne produit pas de valeur. Il est comme un morceau de dette sur lequel un trader – qui lui non plus ne produit pas de valeur en tant que tel – va spéculer. Seulement, ce morceau de dette à l’avantage de produire du plaisir aux gens, et de ne pas être dangereux pour eux. Et c’est un être humain, aspect non négligeable et parfois oublié.

Mais il ne faut pas accabler les footballeurs. Certes, ils sont en partie responsables de la hausse des salaires, mais pas de celle des prix de transferts. Et il ne faut pas oublier que si les salaires ont augmenté, c’est aussi parce que les clubs ont accepté de mettre des sous sur le joueur au moment donné.

Pour l’anecdote, le premier footballeur à être transféré pour un montant conséquent à été l’écossais Willie Groves en 1893, pour 100£. 12 ans plus tard, avec Alf Common, la barre des 1000£ a été atteinte. La barre des 10 000£ a été battue par le transfert de David Jack de Bolton à Arsenal en 1928. L’arrivée de Luis Suarez au Barça a ensuite été le premier transfert au dessus des 100 000£. En 1968, un premier joueur a passé la barre des 500 000£, Pietro Anastasi, et l’année suivante Giussepe Savoldi le million.

Et en même temps…

En même temps que les clubs s’amusent à dépenser des dizaines de millions d’euros, d’autres clubs de football meurent pour quelques milliers d’euros. Le même jour, l’officialisation de la descente du SC Bastia en D5 et la rumeur Mbappé au PSG ont surgies, à quelques heures d’intervalle. Pendant que le football amateur crève la dalle, les clubs riches s’en mettent plein les fouilles. Cela a toujours été le cas, mais aujourd’hui plus qu’hier encore. Et le pire étant peut-être que ces clubs plein aux as tentent d’arnaquer les clubs formateurs, les petits clubs amateurs qui tirent leurs revenus de cela, en ne payant pas les indemnités de formation.

De toute manière, il y a bien longtemps que l’indemnité de formation tente d’être contournée. D’abord en recrutant le joueur avant même qu’il ne soit majeur, comme l’hallucinant transfert à 40M€ de Vinicus Junior au Real Madrid, ou même tout ces gamins qui partent à l’étranger entre 13 et 16 ans. Et puis aussi en proposant des contrats pros à des jeunes alors qu’ils n’ont pas encore pu signer dans leur club formateur – le mauvais tour joué par la Juve au PSG avec Kingsley Coman par exemple.

Les agents s’en mettent souvent plein les poches, contre l’intérêt du football. Dans un monde où, bientôt, braquer une clause par des centaines de millions passera comme une lettre à la poste, certains oublient qu’il ne s’agit que d’un sport, et que le football-business n’est pas toujours la meilleure chose qu’il soit. Mais, malgré tout cela j’aime le football. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce qu’il m’emmène comme une drogue. Sans doute parce qu’il est le plus beau de tous les sports. Peut-être aussi parce que malgré les millions, riche comme pauvre vibre devant le match de son équipe. Ce qui m’importe, c’est que le football ne meure pas. En ayant voulu, comme Icare jadis, côtoyer le soleil de trop prêt.

 

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