L’IFAB, seul organisme autorisé à plancher sur les règles du football, a annoncé sa volonté d’effectuer de nombreuses réformes. Mais autant se tirer une balle dans le pied ! En effet, à mon sens, elles n’auront que pour sens de tuer les règles du jeu. Voilà pourquoi.

Time is money

L’IFAB a annoncé sa volonté de réduire le temps effectif de chaque mi-temps de 45 minutes plus le temps additionnel à 30 minutes. La nouvelle mesure comprendrait l’arrêt du temps à chaque fois que le ballon sort du terrain. Cette règle comporte à la fois des aspects positifs et des aspects négatifs.

Sur les points positifs, d’abord. L’arrêt de la montre de l’arbitre à chaque arrêt de jeu me paraît une disposition essentielle. Déjà à l’œuvre dans le beach-soccer, elle permettrait en effet d’augmenter le temps de jeu effectif. D’où éventuellement la suppression du temps additionnel. Sur ce point, la mesure fait preuve de cohérence. Le temps additionnel serait alors conservé uniquement afin de permettre à une équipe en situation d’attaque de concrétiser ses actions.

Mais la réduction du temps de jeu à 60 minutes au lieu de 90 est une énorme aberration. S’il s’agit de protéger les organismes des joueurs, rappelons que les tennismans enchaînent plusieurs manches de 2h par semaine lors des grands tournois. Je doute que les footballeurs soient incapables de cela. Ensuite, réduire le temps de jeu à 60 minutes est un aberration à la vue de l’histoire du football. En effet, les données ne pourraient jamais plus être comparées entre le football actuel et le football du passé.

Plus encore, pour les clubs, c’est une incohérence financière. Il est évident que pour un match durant une heure, les sponsors ayant moins de visibilité seraient moins enclin à verser des montants. Ensuite, les buvettes à la mi-temps procurerait mathématiquement moins de recettes, les spectateurs ayant moins de temps à passer. De même pour ce qu’il s’agit des déplacements des spectateurs. Préférez-vous voyager pour voire votre équipe 1h ou 1h30 ? Voilà pour ce qui est du temps d’une partie. Et quid des prolongations ?

Tuer le talent

L’IFAB a également proposé de permettre à un joueur lors d’un coup-franc de reprendre immédiatement le ballon, et de partir en dribble. Cela est une décision incohérente à l’esprit du football.

D’abord, parce qu’il y a la perte de l’utilité de la faute. Le défenseur se sacrifie, à ses risques et périls, lors d’une faute. Il s’agit d’un geste défensif que de faire une faute. Et il ne faut pas céder au diktat de la volonté d’épurer le football. Que serait le football anglais s’il n’avait pas connu le crazy gang de Wimbledon ? Le football se doit de comporter cette part noire. Et le carton est justement fait pour sanctionner ces comportements inciviques. La mesure la plus intelligente serait de sanctionner plus virilement le défenseur fautif. Il ne faut pas hésiter à sortir le carton rouge.

Non, les seuls fois où le joueur ne pourrait pas repartir en dribble seraient sur les énormes fautes ! Cette mesure encouragerait donc les footballeurs à se comporter très dangereusement. Dans le sens où cette mesure est sensée protéger les joueurs et permettre à l’équipe en attaque d’attaquer mieux, cette règle est incompréhensible. Cela va d’ailleurs à l’encontre du sens des règles du football.

Surtout, cela tue une part énorme du mythe du football : le coup-franc direct. Imaginez Juninho arrivant à Lyon et ne tirant jamais de coup-franc, Pegguy Luyindula préférant s’emmener la balle en dribble. Avec cette règle, fini les balles flottantes de 35m, la reprise immédiate en dribble devenant la norme. Il n’y aurait qu’en fin de match que l’on reverrait des coups-francs. Et encore, je pense indirects. L’esprit des règles n’est pas du tout respecté dans cette nouvelle idée. Sinon, il faut dans ce cas là demander des balles à terre !

Gardien de la paix

L’IFAB, dans son projet de réformes des règles du football, prévoit également la modification de quelques règles concernant le gardien de but. Celles ci sont illogiques.

D’abord, autoriser le gardien à taper son six-mètres même si le ballon est en mouvement. Certes, cela permettrait à l’équipe bénéficiaire de jouer plus vite. Mais le gardien n’a qu’à se dépêcher de poser son ballon. De plus, cela pose le problème de la capacité à savoir si le gardien va taper son six-mètres ou pas. Le six-mètres est sensé être un renvoi défensif, et n’a donc pas vocation de tromper l’adversaire par des feintes. Au contraire, il s’agit, au même titre qu’une touche, de simplement remettre le ballon en jeu. Personne n’imaginerait laisser un joueur lancer la touche avec une seule main. Et bien là, c’est la même chose.

Un autre point est d’interdire un joueur de reprendre le ballon sur penalty. C’est une énorme erreur ! Le but d’un penalty est de punir le défenseur. Il n’y a aucun sens à augmenter les chances de gardien d’arrêter un penalty ! Autant demander au gardien de placer son mur, si l’on veut augmenter les chances d’échec de l’équipe lésée.

Enfin, il s’agirait de punir d’un penalty et non d’un coup-franc indirect une balle saisie par la main par le gardien. On est là à un niveau d’inutilité de la règle tel que je ne préfère pas en parler. Lors des 5 dernières années, l’Olympique lyonnais n’a bénéficié que d’un seul coup-franc indirect pour cette raison (*). Et encore, la faute était contestable. Vraiment, cette règle n’est qu’une question de jeu intellectuel. Et cette règle n’a donc aucune raison d’exister. D’autant que, déjà que cette faute n’est pas souvent sifflée, elle le serait encore moins avec la peur de l’arbitre de trop influer sur le résultat !

Jeu de main, jeu de vilains

Un autre des points des modifications potentielles de règles proposé par l’IFAB concerne les mains. Pour eux, il serait intelligent de systématiquement sanctionner d’une exclusion la moindre main. J’ai du mal à comprendre le principe de cette mesure. En effet, on sait aujourd’hui que la main est l’erreur d’arbitrage la plus fréquente. L’intérêt est donc de mettre encore plus la pression sur l’arbitre. En effet, cela signifie que frapper violemment une balle sur la main d’un adversaire à un mètre entraînerait son exclusion directe. Une aberration.

Enfin, dernière incohérence, et pas des moindres : si un joueur stoppe la balle sur sa ligne de la main, le but est validé directement. Cela serait donc une augmentation de la règle autorisant l’arbitre à accorder un but si la balle est stoppée par un remplaçant sur la ligne. Mais là, la difficulté est de savoir où s’arrêter. Sur la ligne ? Cela restreint fortement le champ d’action de cette règle. Mettons un rayon de 20 centimètres. Et à 21 ? Non, cette règle est absolument impossible à mettre en place. Non pas qu’elle soit stupide en soi, mais qu’il ne soit pas possible matériellement pour l’arbitre de prétendre à un tel contrôle.

Globalement, l’ensemble de mesures est assez incohérent. Soit contraire à l’esprit des règles, soit impossible à mettre en place par l’arbitre. A moins de vouloir tuer le football, il est absolument nécessaire que l’IFAB ne continue pas sur cette voie de réformes.

(*) Le coup franc indirect est tapé dans le mur suite à une combinaison entre Alexandre Lacazette et Arnold Mvuemba. L’Olympique lyonnais s’incline ce jour-là 3-2 à domicile contre l’AS Monaco.

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