Si les deux premières saisons d’ISL ont été un franc succès, voyant des moyennes d’affluence de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, et Apoula Edel sacré à la fin, la 3ème édition du championnat pour millionnaires, semi retraités et joueurs de seconde zone fait de moins en moins l’unanimité.

Pour quel but ?

Le tournoi soulève déjà une première question : quel est le but de jouer si l’on ne peut pas accéder aux compétitions internationales ? En effet, durant cette troisième édition de l’ISL, un autre club indien, le Bengaluru FC (BFC), club basé à Bangalore, qui dispute l’I-League, le championnat domestique reconnu par la FIFA, a atteint les demi-finales de la C3 asiatique, performance pour le football indien, puisque c’est la première fois qu’un club du pays le plus peuplé au monde atteint un tel stade dans la compétition. Le BFC a été champion national. Il ne dispute pas l’ISL. Et pourtant, il est peut-être meilleur que les clubs la disputant. Le fait qu’il ait été fondé il y’a 3 ans, c’est-à-dire en même temps que le championnat d’ISL, pose la question du développement de ce championnat.

Les structures du championnat des stars se mettent en place trop lentement. Il n’y a pas de vrai centres de formation, pas de politiques sportives cohérentes : Edel a changé trois fois de club en trois ans. Pourtant, sur un pays d’un milliard trois cent trente mille habitants, il devrait y’avoir de quoi trouver un petit génie, un moyen génie, et un grand génie. Il devrait y’avoir de quoi former un Messi, un Neymar et un Cristiano Ronaldo, de quoi former pléthore de bons joueurs. Et pourtant, contrairement à leurs voisins chinois qui, comme en 2008 pour les Jeux Olympiques de Beijing, forment à tour de bras des jeunes enfants dans des académies, il n’y a rien.

Concurrence…

Si le BFC parvient à se développer en I-League ; ce n’est pas un hasard. On est là au cœur de la « Silicon Valley » indienne, où se côtoient centres de recherches, startups de qualité et autres hubs technologiques, dans une ville de Bengaluru qui a axé son développement sur le secteur des hautes technologies. À Bengaluru se trouvent ainsi les filiales indiennes de Google, Microsoft, Yahoo, Amazon, Dell, HP ou encore IBM.

Comment survivre avec deux championnats en parallèle ? Comment faire coexister tout ce monde ? L’ISL parait de plus en plus vouée à l’échec, car elle n’intègre pas toute la société indienne, car les moyennes d’affluence sont en baisse (-5 000 spectateurs cette année). Et car le championnat ne dure que trois mois, car il est trop compartimenté).

En fait, le vrai problème est qu’il n’y a aucun amour pour le championnat national. J’avais demandé à un de mes amis de me rapporter d’Inde un maillot de Florent Malouda (Elu meilleur joueur d’ISL), ou, à défaut, un maillot d’un club. Il est allé à Kolkhatta (Calcutta), dans la franchise de l’Atletico Madrid, a fait les marchés de New et Old Delhi, est allé à Mumbai, et n’a rien trouvé. Même sur les sites web des clubs d’ISL, impossible de se procurer un maillot. Le seul moyen est de prendre un pack exclusif super Deluxe, avec voyage dans l’avion des joueurs, pour avoir une tenue du club. Comment voulez-vous développer votre championnat si vous ne pouvez pas acheter de maillots ?

En même temps, quels pays au monde ont été capables de s’éveiller au foot et de former une large part de population ? Si les Etats-Unis et le Japon ont été capables de le faire, c’est au prix de stars vieillissantes au départ, puis de lourds investissements, une intégration dans le cursus scolaire traditionnel, pour un résultat qui ne reste pas exceptionnel. Il reste du chemin à faire pour l’Inde.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)