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	<title>soccer Archives &#8211; Demivolée.com</title>
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		<title>Dossier : « Football » et « soccer » ou l’élitisme mal placé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[MatthiasT]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Mar 2021 06:00:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers Demivolée.com]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’appellation « soccer » que l’on retrouve outre-Atlantique est souvent moquée par les Européens fondus de football. Pourtant, ce terme est bien plus juste et élitiste pour <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.demivolee.com/2021/03/12/dossier-football-et-soccer-ou-lelitisme-mal-place/" title="Dossier : « Football » et « soccer » ou l’élitisme mal placé">[...]</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>L’appellation « soccer » que l’on retrouve outre-Atlantique est souvent moquée par les Européens fondus de football. Pourtant, ce terme est bien plus juste et élitiste pour désigner le football que l’appellation… « football ». Un point étymologique qui en dit finalement beaucoup sur l’histoire DES footballs. </strong></p>
<h2 style="text-align: justify">Soccer for Pain</h2>
<p style="text-align: justify">« Et puis de toute façon, eux, ils appellent ça du soccer. » Cette petite pique, lancée par un Européen vexé ou provocateur, vise à terminer un débat avec ou à propos d’un Américain sur le football. Fort de cet argument d’autorité déterminant un vrai et un faux football, et par extension une vraie et une fausse terre de football, l’Européen repart, fier et cambré. Mais en réalité, il vient de totalement se discréditer. « Soccer » n’est pas un sous-terme pour des barbares refusant d’appeler « football » autre chose que le sport de Tom Brady, dont on vante la qualité des mains (aberration !). Pire, alors que l’Européen cherche à prouver son élitisme avec arrogance, la dénomination « soccer » s’avère en fait plus juste que « football » pour désigner ce jeu de ballon sphérique à onze contre onze.</p>
<p style="text-align: justify">Et pour cause, le nom « soccer » est un diminutif d’<em>As<strong><u>soc</u></strong>iation football</em>. Abrégé en « assoc. » dans les journaux, puis en « soc », le surnom a fini par prendre, de l’idée d’un Anglais (!), le suffixe « -er » dans l’argot. Mais c’est bien en Amérique qu’il connait son succès, d’où le point de friction.</p>
<p style="text-align: justify">Tout diminutif qu&rsquo;il soit, il a le mérite de faire explicitement référence au nom officiel du football que l’on connait ainsi qu’à la dichotomie fondamentale entre football rugby et football association (ou <em>Rugby football </em>et <em>Association football</em>, avec l’accent). Fondamentale, car c’est à partir de cette dichotomie que se sépareront à jamais rugby union, plus connu sous le nom de « rugby », et football association, plus connu en Europe sous le nom de « football », alors tous deux en quête de<a href="https://www.demivolee.com/2019/06/24/football-et-golf-3-codification-du-football/"> codification</a>. D’un côté, un football rugueux qui autorise les placages et l’usage de la main, prôné par l’université de Rugby. De l’autre, un football fait de dribbles qui met l’accent sur le pied, défendu par l’université d’Eton.</p>
<h2 style="text-align: justify">Association libre</h2>
<p style="text-align: justify">Là où le mot « soccer » annonce clairement son sujet, le mot « football », sans aucune autre précision, est de fait beaucoup plus évasif. Et le rugby, pourtant grand rival du football moderne de sa codification jusqu’aux communautés actuelles, pourrait tout autant s’appeler « football » que le football.</p>
<p style="text-align: justify">Mais d’où vient l’appellation originelle en elle-même du football ? L’action commune à ces sports de taper dans une balle avec le pied est l’explication qui revient le plus souvent. Cependant, une autre raison est invoquée, sans que l’on puisse les départager : et si le football n’était pas tout simplement un sport de ballon que l’on jouerait à pied ? Pas forcément avec les pieds, juste à pied. Ce qui le distinguerait de tous les autres sports de ballon médiévaux joués à dos de cheval, comme le polo.</p>
<p style="text-align: justify">« Football » est donc à comprendre comme une métonymie. Étymologiquement, il ne désigne que l’ensemble (ou l’un) des jeux de ballon appelant à l’usage du pied, plus ou moins codifiés, plus ou moins pour frapper dans la balle, et ayant émergé autour du dix-huitième siècle au Royaume-Uni. D’où la nécessité de la précision entre les cousins : au-delà du football rugby et du football association se bousculent les footballs australien, gaëlique, américain, canadien et tant d’autres. Il n’y a pas un football mais des footballs.</p>
<h2 style="text-align: justify">Marquage collectif</h2>
<p style="text-align: justify">Dans les faits, l’usage fait la règle. La métonymie s’est imposée et demivolee.com ne plaide pas pour une généralisation du mot « soccer » ni n’arrêtera d’appeler le football « football » – la preuve ! L’extrême popularité du football à la sauce Eton College a, dans la plupart des parties du globe, eu raison de ses cousins, qui doivent désormais préciser leur origine pour que l’on comprenne le changement de règles. Par convenance, « Football association » s’est abrégé en sacrifiant le second mot, peut-être parce que le premier est plus équivoque et que « jouer à l’association » a des allures électorales. Mais c’est presque un abus de langage, et cela aurait pu être l’inverse.</p>
<p style="text-align: justify">Alors, les Américains seraient ainsi plus élitistes à l’égard d’un sport qu’ils n’aiment même pas particulièrement ? Oui et non. S’ils sont effectivement plus justes en appelant le football association « soccer », ils reproduisent en fait exactement la même erreur que les Européens avec le football américain, lequel est simplement baptisé « football » outre-Atlantique. Là aussi, le biais de popularité oriente le langage à appeler « football » la forme de football la plus populaire localement. La boucle est bouclée.</p>
<h2 style="text-align: justify">Rien à foot ?</h2>
<p style="text-align: justify">D&rsquo;ailleurs, le football américain est de son côté le fruit d’une exportation chez l’Oncle Sam d’un type de football antérieur à la séparation entre football et rugby. À l’époque où ces sports de ballon n’étaient qu’un amas pas très clair de différentes règles changeant d’une école à une autre, Yale et Harvard durent se mettre d’accord, en 1875, quant à la codification du football américain moderne, et ce jusqu’à son nom.</p>
<p style="text-align: justify">L’Amérique opte pour un <em>running game</em> plutôt qu’un <em>dribbling </em>ou <em>kicking game</em> au gré des débats entre ses universités. Bien qu’il ressemble davantage, de toute évidence, au football rugby qu’au football association et que la place du jeu au pied y soit moindre, choix est fait de garder le mot « football » après l’adjectif « American ». Après tout, « rugby » seul n’est pas encore le diminutif du nom du sport et désigne de surcroît une ville anglaise. On veut également sélectionner « football » pour marquer sa différence avec le rugby et ne pas effacer l’influence des deux footballs. Et peut-être aussi pour faire plaisir à Harvard et Princeton, qui étaient plus branchés football association.</p>
<blockquote><p>Note : « Gridiron football » est l’autre nom du football américain qui englobe aussi le football canadien. Mais ici, pas besoin de chercher midi à quatorze heures. L&rsquo;utilisation du mot-valise « gridiron », que l’on traduirait par gril de cuisson (en fer), est simplement tirée de la <a href="https://www.biggameusa.com/blog/what-does-gridiron-mean.html">ressemblance</a> entre l’instrument de cuisine et le terrain fait de multiples lignes parallèles.</p></blockquote>
<h2 style="text-align: justify">Conclusion</h2>
<p style="text-align: justify">Dans notre dialogue de début d’article, notre Américain pourra dorénavant répondre que l’argot « soccer » n’est non seulement pas usurpé mais en outre plus juste pour désigner l’un des footballs, celui des Européens qui a triomphé sur la quasi entièreté du monde au point d’en devenir métonymie, par rapport au football, si tant est que le jeu absolu parmi les jeux de ballon au pied – ou à pied – existe.</p>
<p style="text-align: justify">Voilà en tout cas de quoi tordre le cou aux idées reçues affirmant que le « soccer » est une aberration sémantique et qu’on ne devrait pas nommer « football (américain) » un sport qui se joue principalement à la main. Finalement, le fils rebelle de la famille est bel et bien ce petit rugby qui a fait disparaitre toute trace de football dans son nom.</p>
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		<title>Dossier : Du renouveau dans le soccer canadien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Adrien]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Aug 2018 05:00:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres championnats]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers Demivolée.com]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit tremblement de terre au Canada, un samedi de mai 2017. À l’abris des regards indiscrets, la Canadian Soccer Association vote à l’unanimité la création <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.demivolee.com/2018/08/27/dossier-du-renouveau-dans-le-soccer-canadien/" title="Dossier : Du renouveau dans le soccer canadien">[...]</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Petit tremblement de terre au Canada, un samedi de mai 2017. À l’abris des regards indiscrets, la Canadian Soccer Association vote à l’unanimité la création d’une première ligue professionnelle. Retour sur ce qui pourrait bien être la déclaration d’indépendance du soccer canadien.</strong></p>
<h2 style="text-align: justify">État des lieux</h2>
<p style="text-align: justify">Si vous voyagez au Canada, vous verrez qu’il n’existe que deux sports là-bas : le hockey et le <em>soccer</em>. À Montréal, par exemple, on trouve d’un côté les fervents « partisans » des Canadiens de Montréal, majoritairement anglophones, et de l’autre les fanatiques de l’Impact, plutôt francophones.</p>
<p style="text-align: justify">Pourtant, si le hockey retrouve souvent la gloire sur la scène internationale (championnats du monde de 2015 et 2016), le <em>soccer</em>, lui, peine à évoluer. Exemple criant, le Canada ne compte qu’une seule apparition en Coupe du Monde, en 1986. Le reste du temps, il est éliminé lors des tours préliminaires.</p>
<p style="text-align: justify">La mauvaise réussite du <em>soccer</em> canadien, qui compte pourtant plusieurs millions de joueurs, peut s’expliquer par son système. S’il fallait établir une tératologie du football mondial, classant les systèmes les plus mal-foutus, le Canada serait parmi les pires. La pyramide canadienne est en effet plus incompréhensible encore <a href="https://www.demivolee.com/2018/08/16/dossier-le-soccer-reveiller-le-geant-assoupi/">que celle du voisin états-unien</a>. Et <a href="https://www.demivolee.com/2018/07/22/br-la-structure-des-ligues-au-bresil/">encore pire que celle du Brési</a>l.</p>
<p style="text-align: justify"><img decoding="async" fetchpriority="high" class=" wp-image-19043 aligncenter" src="https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-canadien-1-300x248.png?x16177" alt="" width="449" height="371" srcset="https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-canadien-1-300x248.png 300w, https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-canadien-1-768x634.png 768w, https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-canadien-1-182x150.png 182w, https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-canadien-1.png 800w" sizes="(max-width: 449px) 100vw, 449px" /></p>
<p style="text-align: justify">Comme l’indique le schéma, il n’existe pas pour l’instant de première ou de deuxième division canadienne. À cause de ce manque d’organisation, les quelques équipes professionnelles canadiennes ont choisi d&rsquo;évoluer sous l’United States Soccer Federation et jouent dans les ligues américaines comme la MLS (Toronto FC, Vancouver Whitecaps, Impact Montréal) ou l’USL (Ottawa Fury FC et Toronto FC II). Plus surprenant encore, certaines équipes amateures ont choisi de jouer en PDL malgré l’existence de ligues canadiennes équivalentes.</p>
<p style="text-align: justify">Pour couronner le tout, il n’existe pas de promotion ou de relégation entre les ligues amateures régionales et la League1 Ontario et la Première Ligue du <em>soccer</em> du Québec.</p>
<h2 style="text-align: justify">Corruption et <em>tabula rasa</em></h2>
<p style="text-align: justify">Mais le problème du <em>soccer</em> canadien ne vient pas seulement de son système embryonnaire. Le tournant se produit en 2013, lorsque plusieurs équipes de la Canadian Soccer League (CSL, seule ligue nationale à l’époque), sont accusées d’avoir truqué des matchs. La CSA désaccrédite sur le champ la CSL, qui doit alors rejoindre une autre fédération non-FIFA.</p>
<p style="text-align: justify">Devant le Centre de Règlement des Différends Sportifs (SDRCC), le président de la CSA revient sur les raisons de sa décision. L’exclusion de la CSL n’est pas liée aux matchs truqués, mais fait exclusivement suite à un plan de renouvellement du <em>soccer</em> canadien, le James Easton Report. <a href="https://issuu.com/rethinkmanagementgroup/docs/phase_i___ii_summary">Ce dossier de 32 pages</a> étudie la possibilité d’une ligue 3 semi-professionnelle divisée en régions. Par-là, la fédération canadienne annonce son ambition : repartir à zéro et reconstruire un système complet.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le cadre de ce plan de restructuration naît la même année la League1 Ontario, qui suit d’un an la création de la Première Ligue de soccer du Québec, toutes deux semi-professionnelles.</p>
<h2 style="text-align: justify">La CanPL, renouveau du <em>soccer</em> canadien</h2>
<p style="text-align: justify">En 2017, suivant toujours la perspective d&rsquo;un renouvellement, la CSA entreprend la création de la <a href="http://fr.canpl.ca/">Canadian Premier League</a>. Cette première ligue professionnelle occuperait logiquement le 1<sup>er</sup> tiers du schéma pyramidal. Ses créateurs : l’ancien président de la CSA, Victor Montagliani, et le propriétaire des Hamilton Tiger-Cats, Bob Young.</p>
<p style="text-align: justify">Pour le lancement de sa saison inaugurale de 2019, la CanPL compte déjà sept équipes : Cavalry de Calgary, le FC Edmonton, les Wanderers d&rsquo;Halifax, le Valour de Winnipeg, le York 9 FC, le Forge de Hamilton et le Pacific FC. La ligue en attend encore trois pour la saison. À terme, il sera question d’une vingtaine d’équipes divisées en deux niveaux, pour pouvoir incorporer un système de promotion et de relégation. En ce qui concerne les équipes professionnelles canadiennes déjà présentes en MLS, elles resteront chez le voisin états-unien. À moins d’un renversement de situation inattendu !</p>
<p style="text-align: justify">Le but est donc de créer, avec la CanPL, une vraie alternative sur la scène nord-américaine. Elle ferait concurrence avec les systèmes fermés et permettrait aussi d’accueillir les joueurs canadiens qui peinent à s’imposer à l’international. Elle leur promet pour cela <a href="https://www.wakingthered.com/2018/7/19/17589330/report-canadian-premier-league-salary-cap-roster-rules-revealed-canpl-cpl">un salaire compris entre 40 000$ et 60 000$ par mois</a>. Loin, donc, des 3 000$ que touchent certains joueurs d’USL. Ce <em>salary cap</em> accompagnera une règle obligeant les équipes à avoir au moins 50% de joueurs canadiens. Cette règle faciliterait l’éclosion locale de jeunes talents et le renforcement du <em>soccer</em> national. La CanPL n’est pas loin, en cela, du modèle russe, fondé sur le <em>home-grown</em>.</p>
<p style="text-align: justify">En somme, la Première Ligue Canadienne est une nouvelle rafraîchissante pour tous les amateurs de <em>soccer</em>. Loin d’être une ligue champagne, elle se concentre sur un développement local. Elle permet ainsi une évolution concrète pour le sport canadien<em>. </em>Rendez-vous en 2019 désormais.</p>
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		<title>Dossier : Le soccer, réveiller le géant assoupi</title>
		<link>https://www.demivolee.com/2018/08/16/dossier-le-soccer-reveiller-le-geant-assoupi/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Adrien]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Aug 2018 05:00:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’une des idées reçues, quand on parle du football – pardon, du soccer – en Amérique du Nord, est que ce sport, en plus d’y <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.demivolee.com/2018/08/16/dossier-le-soccer-reveiller-le-geant-assoupi/" title="Dossier : Le soccer, réveiller le géant assoupi">[...]</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>L’une des idées reçues, quand on parle du football – pardon, du <em>soccer</em> – en Amérique du Nord, est que ce sport, en plus d’y être tout nouveau, est peu pratiqué et n’intéresse franchement personne. Il est vrai que l’on peut légitimement douter de son ancrage quand l’on compare les chiffres d’audience de la Major League Soccer (MLS) avec ceux de la National Football League (NFL), de la National Basketball Association (NBA) et de la Master League Baseball (MLB). Dans ce classement, elle arrive bonne dernière, avec seulement un peu plus de huit millions de spectateurs dans les stades. Elle est bien loin des soixante-douze millions annuels de la MLB. Pourtant, la réalité est loin d’être aussi évidente ; le <em>soccer</em> paye seulement les frais de son système fermé, conflictuel et fragmenté. Zoom sur un géant endormi qui, s’il se réveille, pourrait bien révolutionner le paysage du football mondial.</strong></p>
<h2><em>Mythbusters</em></h2>
<p style="text-align: justify">Avant d’analyser le système footballistique nord-américain, il est important de rétablir quelques vérités.</p>
<p style="text-align: justify">Le <em>soccer</em> (contraction de <em>association football</em>, en opposition au<em> Rugby football</em>) n’est pas un sport nouveau aux États-Unis. Les immigrés anglais, écossais, irlandais, allemands et italiens l&rsquo;introduisent au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle. Le premier match entre équipes organisées se joue à la Nouvelle-Orléans en 1859.</p>
<p style="text-align: justify">Même si, avec le temps, il est dépassé par d’autres sports, le <em>soccer</em> ne tombe pas pour autant dans l’obscurité. Selon le dernier recensement de la FIFA (2006), le nombre de joueurs amateurs et professionnels aux États-Unis s’élève à plus de vingt-quatre millions. Cela en fait la deuxième nation avec le plus de joueurs derrière la Chine (vingt-six millions). Par rapport à une population d’environ trois cents millions, cela représente un Américain sur quatorze. Par comparaison, la France compte quatre millions de joueurs, soit presque un Français sur seize.</p>
<p style="text-align: justify">Plus surprenant encore, le Canada compte en 2006 plus de deux millions six-cent mille joueurs. Combinés, c’est vingt-sept millions de joueurs en Amérique du Nord (auxquels il faut ajouter ceux des autres pays de la CONCACAF). Et comme cette estimation est vieille de plus d’une décennie, on peut sans doute lui ajouter quelques millions aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify">Un autre mythe récurrent prétend que les stades aux États-Unis sont régulièrement vides. Comme nous l’avons vu <a href="https://www.demivolee.com/2018/08/02/atlanta-united-perle-deep-south/">dans un précédent article sur Atlanta</a>, c’est loin d’être le cas. En 2017, la fréquentation moyenne des stades de MLS était de 22 106 spectateurs. C’est à peine moins qu’en France, avec 22 544 spectateurs en moyenne sur l’exercice 2017-2018. De plus, en prenant les fréquentations moyennes club par club, Atlanta et Seattle rejoignent le PSG, l’OM et l’OL, avec environ 45 000 spectateurs par match.</p>
<p style="text-align: justify">Cela ne veut pas dire que, en comparaison des autres sports américains, le <em>soccer</em> n’a pas encore quelques progrès à faire. Il n’est en effet que le quatrième sport préféré des jeunes, avec 7% contre 37% pour le football américain. Mais cet écart tend à diminuer d’année en année, notamment à cause du risque élevé de blessures graves dans le football américain amateur.</p>
<h2>Un modèle <em>soccer</em> en crise</h2>
<p style="text-align: justify">Mais alors, si la demande ne tarit pas, voire ne cesse d’augmenter chaque année, pourquoi le <em>soccer</em> reste-t-il si faible comparément aux autres footballs ? La réponse se trouve peut-être dans les instances organisationnelles du <em>soccer</em> ainsi que dans son fonctionnement pour le moins chaotiques.</p>
<p style="text-align: justify">En effet, le schéma pyramidal classique ne s’applique pas pour le <em>soccer</em> américain. À celui-ci, l’USSF (United States Soccer Federation) préconise plutôt un système de franchises comparable à la NBA et à la MLB : chaque ligue est une entité fermée sans aucun lien avec les autres ; il n’y a donc ni promotion, ni relégation.</p>
<p style="text-align: justify">Par exemple, l’entrée dans la MLS, le niveau le plus élevé, ne se fait pas en gagnant l’USL (United Soccer League), mais bien en payant les quelques 150 millions de dollars requis pour y être incorporé. La ligue étudie chaque demande d’entrée selon le potentiel marchand du club demandeur : infrastructures présentes et futures, démographie de la ville en question, <em>business plan</em>…</p>
<p style="text-align: justify">Cette ligue n’est donc pas une ligue comme on l’entend en Europe. Elle doit plutôt être vue comme une entité indépendante et toute-puissante, une unique entreprise centralisée qui détient les droits totaux de ses franchises ainsi que des contrats des joueurs qui leurs sont liés. Oui, un joueur qui signe un contrat ne le signe pas avec son club, mais bien avec la MLS.</p>
<p style="text-align: justify">Les inconvénients de ce modèle, en plus d’être flagrants, sont multiples. D’abord, sportivement parlant, une ligue fermée, c’est une ligue sans enjeu, c’est-à-dire sans régulateur qui punirait les équipes trop faibles et récompenserait les équipes performantes. Puisqu&rsquo;une relégation ne sanctionne jamais une mauvaise saison, les joueurs évoluent dans un certain confort, loin de toute pression sportive. Comment progresser si aucune remise en question n’est nécessaire ? Qu’est-ce qui pourrait bien pousser les joueurs à vouloir faire toujours plus ?</p>
<p style="text-align: justify">Un deuxième inconvénient, encore plus problématique, concerne la monopolisation du football professionnel et la collaboration de la fédération américaine de <em>soccer</em> à cette dictature. La MLS, par son modèle économique, est une ligue très rentable. Elle touche la quasi totalité des droits télévisés, tandis que le <em>salary cap</em> (plafond de salaire) lui permet de réguler ses dépenses. En plus d’empêcher le développement sain des autres ligues, elle déstabilise leurs relations communes.</p>
<h2>Une concurrence déloyale</h2>
<figure id="attachment_18842" aria-describedby="caption-attachment-18842" style="width: 346px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-18842 " src="https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-300x300.png?x16177" alt="" width="346" height="346" srcset="https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-300x300.png 300w, https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-150x150.png 150w, https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer-768x768.png 768w, https://www.demivolee.com/wp-content/uploads/2018/08/Pyramide-soccer.png 800w" sizes="(max-width: 346px) 100vw, 346px" /><figcaption id="caption-attachment-18842" class="wp-caption-text">Schéma pyramidal simplifié du <em>soccer</em> aux Etats-Unis</figcaption></figure>
<p style="text-align: justify">Lorsque l’on voit la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Structure_pyramidale_des_ligues_de_soccer_aux_%C3%89tats-Unis">structure pyramidale</a> du <em>soccer</em> aux États-Unis, deux choses se distinguent d’emblée. D&rsquo;abord, le nombre de ligues existantes et la coexistence (et donc concurrence) de plusieurs ligues à un même niveau. Cet imbroglio n’est pas sans conséquences : le nombre de ligues abolies depuis l’existence du système s’élève à plus d’une vingtaine. Ce système encourage en effet la lutte entre les ligues, qui font tout pour dépouiller leurs adversaires.</p>
<p style="text-align: justify">Cette instabilité a encore frappé dernièrement. La NASL (North American Soccer League), qui occupait jusqu’en 2017 le deuxième rang dans la pyramide, a vu son statut remis en question par l&rsquo;USL, jusque-là au troisième niveau. Le 5 septembre 2017, la fédération rétrograde la NASL. <a href="http://www.nasl.com/news/2017/09/05/nasl-issues-statement-on-us-soccer-sanctioning-decision-">Décision désastreuse pour cette dernière</a>, qui estime qu&rsquo;elle <em>« ne va pas dans le sens d’une progression du soccer américain »</em> et <em>« met en danger des milliers d’emplois »</em>. La ligue se voit même dans l’obligation d’annuler sa saison 2018-2019 et plusieurs de ses clubs (professionnels !) doivent migrer en ligue amateur.</p>
<p style="text-align: justify">Cette mauvaise gestion se répercute donc forcément sur ses acteurs : en moyenne, dix clubs américains disparaissent chaque année. Et, à la fin, les grands perdants de cette concurrence déloyale sont les joueurs. Le salaire moyen en MLS ne dépasse pas les 100 000$ par an. Les professionnels d’USL, eux, peinent à vivre de leur profession. C’est sans évoquer les millions de licenciés coincés au niveau amateur, sans aucune opportunité de passer professionnel.</p>
<p style="text-align: justify">Ces critiques portées à la MLS, loin d’être gratuites, proviennent d’un constat alarmant. Le <em>soccer</em> nord-américain stagne, voire régresse, alors qu’il repose sur un vivier exceptionnel. D’ailleurs, les chiffres d’audience ne mentent pas. Sur tout le football mondial diffusé à la télévision américaine, la MLS n’obtient que 6% des faveurs des téléspectateurs.</p>
<h2 style="text-align: justify">Conclusion : Hermès et Argos</h2>
<p style="text-align: justify">Dans la mythologie grecque, Argos est un géant possédant cent yeux. Héra le missionne pour surveiller la maîtresse de Zeus, Io, transformée en génisse. Pour récupérer son amante, Zeus envoie Hermès auprès du géant ; il l’endort avec sa flûte et le tue. Le <em>soccer</em> américain est en quelque sorte un géant endormi par le système instable et déloyal imposé par la fédération.</p>
<p style="text-align: justify">Une différence les sépare. Le <em>soccer</em> dort, oui, mais n&rsquo;est pas encore mort. Et depuis plusieurs années, des activistes comme <a href="http://ben-fast.com">Ben Fast</a> militent pour sa survie. Ils souhaient pour cela la migration vers un système ouvert, incluant promotion et relégation et l&rsquo;abolition du monopole MLS. Mais l’opposition est malheureusement rude et le changement lointain : comment faire bouger un système qui, s’il est sportivement limité, n’en reste pas moins lucratif ?</p>
<p>Cet article <a rel="nofollow" href="https://www.demivolee.com/2018/08/16/dossier-le-soccer-reveiller-le-geant-assoupi/">Dossier : Le soccer, réveiller le géant assoupi</a> est apparu en premier sur <a rel="nofollow" href="https://www.demivolee.com">Demivolée.com</a>.</p>
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