J’ai exactement trente minutes pour écrire cet article. Vous avez sûrement beaucoup moins de temps pour le lire. Cela nous donne un point commun : le temps est notre ennemi. Comment allons nous faire pour survivre à cette incessante pression temporelle ? Voici une tentative de réponse.

Raison et sens

Pourquoi notre temps est-il toujours limité ? Pourquoi devons-nous toujours nous chronométrer, pour chacune de nos tâches ? La raison est en fait très simple et en même temps très complexe. Car notre temps de vie est limité, de la même manière qu’un match de football ne peut pas durer plus de quatre-vingt-dix minutes. Bien sûr, le match peut toujours s’arrêter plus tôt. Une équipe peut-être asphyxiée dès les premières minutes, un coup du sort peut tuer le match avant même de rentrer dans le vif du sujet. Et évidemment, et heureusement, rien n’est définitivement fini avant le coup de sifflet final. Et comme le match est limité, chaque action ne peut durer indéfiniment. Il y a bien un moment où il faut tenter de marquer, tenter de changer le cours des choses.

Il est toujours plus facile d’attendre, de délayer. Assis sur mon fauteuil, je peux délayer sur plusieurs lignes, expliquer les tenants et les aboutissants. Mais au final, qui décidera ? Le lecteur ? Non, sûrement pas. Car le seul à décider du sort de la vie est celui qui la dirige. Certains diront qu’il s’agit de Dieu, même si je n’en suis pas franchement convaincu. Oui, chacun décidera de qui décide de sa vie. Mon téléphone chauffe, il ne charge plus, je n’ai bientôt plus internet. L’équilibre précaire des choses est sur le point de s’écrouler sans que je ne puisse rien faire d’autre que de me lamenter que les choses ne vont pas dans mon sens. Et sinon ? Oui, la vie est courte. Mais il n’y a rien à espérer d’autre que de garder les choses dans cet état de fait. Alors ? Que faire ?

Temps additionnel

Il faut profiter du temps, profiter de chaque action comme si c’était la dernière. Un coup-franc n’a pas plus de valeur parce qu’il est frappé dans les dernières secondes du match. Un arrêt n’est pas moins important parce qu’il a lieu en plein milieu de la rencontre. Une frappe ratée n’en est pas moins dramatique parce qu’elle a lieu à l’instant même du coup d’envoi. Chaque seconde est importante, comme chaque contact avec la peau de la femme que l’on aime, comme chaque baiser avec l’être de sa vie. Rien n’a plus de sens que ce qui peut se faire dès à présent, car le futur est illusoire, trompeur et bien souvent moqueur de nos idéaux de jeunesse. Si j’avais su qu’un jour je ne serais plus Chrétien, se dit Emmanuel Carrère, je me serais moqué de moi-même. Si j’avais su qu’un jour je me convertirai, je n’y aurais pas cru, dit-il encore.

Alors le temps additionnel commence maintenant. A cette seconde précise où les mots défilent sous mes doigts, où mon clavier s’échauffe en même temps que mon cerveau bouillonne. Oui, tout à fait maintenant où vos yeux lisent les lignes que j’ai composé voilà maintenant plusieurs heures, jours, semaines, mois, et qui sait, années. Car oui, j’ai peut-être l’orgueil de vouloir faire des choses qui durent dès maintenant, mais ce n’est que parce que je sais que le temps est trop éphémère pour laisser passer le vol du moindre papillon. Nous brûlons tous d’envie d’accomplir ce que nous aimons, alors dès à présent partons à l’assaut. Marquons des buts. Plus que l’adversaire. Célébrons la vie comme s’il n’y en avait qu’une. A moins que…

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)