Le football est devenu le sport-roi, le beautiful game, parce qu’il se joue partout dans le monde. Partout ? Oui, y compris dans des contrées où le climat, le vent, les nuages, la neige, la pluie, ne permettent pas de le pratiquer. Au bout du monde, là où la terre se confond avec l’eau dans des immenses glaciers, à Ushuaïa, le football est aussi le sport-roi.

Au bout du monde

Ushuaïa. Terre battue par le climat, à peine plus de 55 000 habitants. La température ne dépasse que rarement les dix degrés, un mois dans l’année. En juin et juillet, la température descend parfois même quinze degrés en dessous de zéro. La ville, construite en 1884, était au départ conçue pour abriter un bagne pour des prisonniers dangereux. Le bagne de la mort, celui dont on ne revient qu’entre quatre planches de sapin. Les prisonniers, à la manière des goulags de Sibérie, devaient couper du bois dans les forêts avoisinantes pour construire la ville. De prisonniers, ils devinrent bientôt colons et colonisateurs de cette immensité désertique, de cette steppe sud-américaine.

Une seule route goudronnée traverse aujourd’hui la péninsule et relie ces terres inhospitalières à la ville d’Ushuaïa, sorte de relent de civilisation au milieu d’un monde complètement nouveau, presque lunaire. Ailleurs ? Ce sont des chemins de terre qui serpentent entre les glaciers, des chemins de glace qui sillonnent entre les montagnes. Mais gare à ne pas s’aventurer trop loin, car la zone militaire, construite par l’Argentine au cours du vingtième siècle, n’est jamais très loin.

La pêche et la chasse ont longtemps fait vivre la région, mais aujourd’hui, ce sont les touristes qui apportent avec eux leur flot ininterrompu de Pesos, cette monnaie qui, jour après jour, ne vaut plus rien, mais surtout leurs flots de dollars américains. Comme partout en Argentine, les hôtels, les restaurants, les bars et les guides touristiques raffolent des billets de l’oncle Sam. Car c’est cet argent qui permet à la péninsule de se développer.

 

Là où le ski est roi

Mais là où le ski est roi, le football n’est pas absent. Car nous sommes en Argentine, terre de football s’il en est, il ne faut pas l’oublier. Comme partout ailleurs, la trinité est symbolisée par Dieu, Diego Maradona et Lionel Messi. Au bout du monde, s’il n’y a rien d’autre à faire que de regarder le temps passer, on peut malgré tout jouer au football. Et si le froid nous en empêche, on peut toujours se réfugier dans des salles. Futsal, le football de salon, le football en salle. Le mot n’est jamais aussi vrai que là où l’on ne peut pas jouer dehors.

Et depuis 2003, le football prend une forme officielle. La Federación Ushuaiense de Fútbol voit le jour au début de l’année, et se met à organiser des matchs entre les équipes locales, dont les noms sont tous plus évocateurs les uns que les autres de la situation géographique et climatique hors-normes. Le Club Social y Deportivo Mutual Banco Tierra del Fuego côtoie l’Asociación Civil, Cultural y Deportiva Los Cuervos del Fin del Mundo et le Club Social y Deportivo Unión Obrera Metalúrgica Ushuaia. Quatorze équipes, au total, réunies depuis 2009 au sein de la CFFA, la fédération Argentine, sous le nom de Liga Ushuaiense de Fútbol. Les clubs disputent donc le quatrième échelon national. Mais sans réel espoir de promotion, tant les infrastructures et les fonds manquent.

En effet, tous les clubs disputent leurs rencontres dans un seul et même stade, le Municipal Stadium Hugo Lumbreras et dans les infrastructures attenantes. Jusqu’à 2 000 personnes peuvent s’y masser pour admirer le seul football que l’on puisse pratiquer sous ce climat. Le clasico local se dispute entre Los Cuervos del Fin del Mundo et le Real Madrid de Rio Grande, et ces affrontements donnent le ton à une liesse populaire. Car oui, c’est possible de jouer au football au bout du monde.

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« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ». (Jonathan Swift, 1667-1745)