Margaret Thatcher. Un nom qui donne des frissons à bon nombre de britanniques. Car cette dame, aujourd’hui décédée et anciennement premier ministre du Royaume-Uni, de Grande-Bretagne et d’Irlande, a été une des figures de l’ultra rigueur sociale et sociétaire de la fin du vingtième siècle de l’autre côté de la Manche. Mais son nom résonne aussi dans le football. En effet, c’est sous son règne que le « hooligan » grand-breton a connu son heure de gloire et sa mort en même temps. Pourquoi cette relation entre la dame de fer et les supporters les plus fervents et parfois violents du Royaume ? Quelles en sont les racines et les aboutissements ? Thatcher et les hooligans, une histoire britannique.

En grève

Margaret Thatcher, née Margaret Hilda Roberts, arrive au pouvoir au Royaume-Uni le 4 mai 1979. La Grande-Bretagne est alors à feu et à sang économiquement, et l’ancienne secrétaire d’Etat à l’éducation et aux sciences à fort à faire. Extrêmement conservatrice, l’ancienne chimiste et avocate met en place des privatisations dès son premier mandat. Et c’est en 1984-1985 que le plus dur arrive. Après s’être attaqué violemment aux syndicats quatre ans plus tôt, Miss Maggie décide de fermer la majorité des puits de charbon du nord de l’Angleterre. Des milliers de personnes se retrouvent sur le carreau, sans emploi et avec une famille à nourrir. Dans le même temps, les quartiers du nord de Liverpool se retrouvent aussi en pleine déchéance. Une grande partie de la société britannique, les plus démunis principalement, n’ont guère plus que leurs yeux pour pleurer. Face à la rigueur de Thatcher et la fin d’une grande partie de la protection sociale, l’hiver 1984 est extrêmement rigoureux et nombreux sont ceux qui y succombent.

À Liverpool, dans certains quartiers, on retrouve des taux de chômage absolument hallucinants. Près de la moitié de la population est sans emploi, et chez les moins de vingt-cinq ans, ce pourcentage atteint parfois soixante-dix individus sur cent. Autant dire qu’avoir un emploi – et encore, souvent mal rémunéré – relève de l’exception. Dans ce contexte, l’un des rares lieux de rassemblement unanimement apprécié des travailleurs laissés sur le carreau est le pub, où les matchs de football sont diffusés. La ferveur populaire, la rage et l’esprit de corps peuvent renaître, hors de l’usine. L’identité individuelle se fond dans une constante collective, une constance sociale absolument nécessaire au maintien de la santé mentale de chacun. Le football est la solution à de nombreux problèmes.

Vie du hooliganisme

Tout cela donne naissance assez vite à ce que l’on va appeler dans les années qui suivent le hooliganisme. Le hooliganisme anglais à l’époque de Thatcher ne se définit pas comme violent ou comme belliqueux, mais comme une approche d’un nouveau mode de vie. Les hooligans refusent ainsi la violence gratuite : pas question de donner des coups de couteau à quelqu’un qui ne consent pas à l’affrontement. Les hooligans britanniques, dans leurs formes initiales, se battent, certes, mais toujours avec honneur et classe. Les combats entre hooligans se réalisent donc dans des conditions bien définies. Pas d’armes, pas d’acharnement sur des personnes tombées au sol. Et ça, Thatcher et les siens ont du mal à le comprendre. Pour eux, les hooligans sont forcément violents.

Pour preuve, les vêtements de ces derniers. Ils n’hésitent pas à rentrer dans les grands magasins et dans les aéroports où ils suivent leurs équipes en déplacement. Le hooligan typique britannique s’habille ainsi de Fred Perry qu’il prend à l’arrachée devant les vigiles médusés. Ses chaussures proviennent d’un étalage ou d’un rayon, et valent un prix délirant. Mais toute cette débauche d’énergie n’est pas violente : elle n’est que l’expression d’une opposition à un système policier répressif. En point d’orgue de cet affrontement entre les forces de l’ordre – la nation – et les hooligans, le drame de Hillsborough. Et cette tragédie est l’expression ultime d’une opposition entre une doctrine unique, celle de Margaret Thatcher, et une pensée collective : celle du football.

A propos NSOL 696 Articles
« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)