On joue le temps additionnel de la seconde période. Votre équipe pousse, est menée au score d’un petit but, et accumule les actions. La montre de l’arbitre est à deux minutes sur les cinq ajoutées, un temps déjà inférieur aux arrêts de jeu réels. Et soudain, l’équipe adverse fait un changement. Un avant-centre est remplacé par un autre. Le changement s’éternise, prend une minute et demi. Et le match s’arrête après un coup-franc défensif joué à la vitesse d’un escargot. Votre équipe s’incline donc, et vous êtes très frustré de cette fin de match. Pourquoi ? Parce que l’adversaire à pratiqué un antijeu horrible. Billet contre l’antijeu, le fléau du football.

Ne pas aimer le football

L’antijeu, c’est la dictature du résultat par rapport au plaisir du football. A partir du moment où l’on privilégie les trois points par rapport au fait de faire plaisir au public, on pratique déjà une forme d’antijeu. Mais cette théorie atteint son paroxysme dans les fins de matchs, où les dégagements semblent durer une éternité, et où les joueurs sortent en marchant. Bien sûr, il y a un peu de jeu de bonne guerre : on ne va pas se dépêcher au risque de faire une erreur par précipitation. Mais prendre un temps infiniment exagéré, c’est se moquer de l’essence même du football. Mieux, c’est faire un doigt d’honneur au public venu soutenir son équipe. C’est crier au micro de la planète football : « je crache sur l’esprit du jeu ».

« Les plus pauvres ont seulement le football pour se divertir, et ça me coûte de dire qu’on aurait seulement des résultats pour les divertir. »

– Marcelo Bielsa, dans une conférence en Belgique à l’été 2017

Jamais une phrase n’a été aussi vraie. Le football n’est pas simplement le score affiché sur le panneau d’affichage, c’est aussi un alliage subtil d’émotions vécues, de sensations au plus profond de sa moelle épinière, des frissons dans sa colonne vertébrale. Et il est essentiel de comprendre que l’antijeu vient justement briser ces émotions, en y substituant seulement la rage, la colère et la haine. Et la haine n’a pas plus sa place dans les tribunes que sur un terrain de football. L’antijeu, c’est venir dire à celui qui met tous les mois la moitié de son salaire dans le football : « je prends ton argent et je me mouche dedans. Tout ce en quoi tu crois, je m’en tamponne comme de ma première paire de chaussettes de football. »

Que faire ?

Alors que faire face à cet antijeu ? Il n’y a qu’une seule solution, et elle est extrêmement simple. Sévir. Punir. Sanctionner. Les sanctions ne doivent pas être de simples réprimandes verbales. Non, elles doivent être franches, fortes, puissantes, dissuasives. Pour changer les mentalités, il faut faire comprendre que l’antijeu va complètement contre l’esprit même du football. Et si le comportement est associé à des sanctions administratives très forte, alors les joueurs vont intérioriser que cela pénalise leur équipe. Et donc, logiquement, la fierté du vice laissera sa place à la honte d’être un paria, d’être un de ceux qui pénalisent leurs propres formations. Les joueurs comprendront enfin que leurs comportements desservent beaucoup plus le football qu’ils ne le servent. Il faut faire rentrer, et quelque soit le prix, dans les esprits que l’antijeu ne doit pas être pris à la légère.

L’antijeu doit être très sévèrement sanctionné. Au lieu d’une invitation à sortir plus vite, jaune direct. Et si le joueur n’accélère pas, le carton rouge doit être brandi haut et fort, assorti d’une suspension exemplaire – entre trois et cinq matchs. Ce règlement doit bien sûr être adapté aux conditions du match : un changement un peu long dans une rencontre avec cinq buts d’écart ne doit pas être sanctionné au même niveau que dans un match à couteaux tirés. Le fléau se trouve aussi chez les gardiens, qui prennent souvent un temps infini pour dégager, que ce soit à la main ou au pied. Pour les six secondes, les arbitres doivent sévir : jaune direct, rouge à la récidive. Quand aux six mètres longs avec un ballon trois fois replacé, le rouge direct semble la solution la plus saine.

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