Note : Cet article est une traduction de l’article original du Spiegel (à l’origine de la révélation) et de sa reprise dans le média belge De Standaard qui reprend les informations du journal allemand. Vous pouvez retrouver l’article original du Spiegel en cliquant sur ce lien et l’article du Standaard ici

 

Une Américaine accuse le footballeur Cristiano Ronaldo de l’avoir violée. Dans Der Spiegel, elle raconte son histoire. Une déposition de Ronaldo confirme en partie sa version de l’histoire.

C’est une bataille juridique entre des partis inégaux : d’un côté Cristiano Ronaldo, 33 ans, star mondiale du football. De l’autre côté, Kathryn Mayorga, 34 ans, une inconnue de Las Vegas. Ils se sont croisés une fois : le 12 juin 2009 dans une boîte de nuit, puis dans l’appartement 57306 du Palms-Hotel à Las Vegas.

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel a rapporté l’année dernière que Mayorga avait accusé le footballeur de l’avoir violée dans le penthouse de l’hôtel. Bien que le footballeur nie tout et affirme qu’il s’agissait de relations sexuelles avec consentement mutuel, des mois plus tard, les avocats de Mayorga et de Ronaldo se sont mis d’accord. Il lui a versé 375 000 dollars (324 000 euros). En retour, la victime présumée a donné une garantie écrite (clause de confidentialité) qu’elle ne parlerait jamais des accusations.

Elle ne veut pluss tenir cette promesse neuf ans plus tard – aujourd’hui. Elle raconte à Der Spiegel pourquoi elle rompt le silence. Elle décrit également comment elle a rencontré Ronaldo, comment il l’aurait violée, comment elle en est arrivée à l’accord et comment elle souffre des conséquences de cette nuit de juin 2009. « Je n’ai jamais cessé de lui en vouloir et de m’en vouloir. A lui pour ce qu’il a fait et à moi parce que j’ai signé cet accord. »

Mayorga raconte maintenant son histoire parce que sa nouvelle avocate, Leslie Mark Stovall, a déposé une plainte contre Ronaldo.

Pendant des mois, Stovall, 65 ans, a étudié l’affaire. « Notre plainte vise à faire annuler l’accord et le contrat de confidentialité », dit Maître Stovall. « Kathryn n’était pas en mesure de signer un tel accord en raison des dommages psychologiques qu’elle a subis en raison de la violence de l’abus sexuel. Cela rend l’accord annulable. »

Selon Stovall, les avocats de Ronaldo auraient été au courant de l’état psychologique de sa cliente. « Ils s’en sont servis pour atteindre leurs buts. » L’instabilité de l’état de Mayorga est également couverte dans les emails des avocats de Ronaldo.

En avril de cette année, un psychiatre judiciaire a examiné Kathryn Mayorga à la demande de Stovall. Le professeur a noté que la femme souffre de stress post-traumatique et de dépression comme « conséquence directe et exclusive de la violence sexuelle de Ronaldo ».

Transfert record

La nuit du viol présumé commence dans la section VIP de la boîte de nuit Rain, au Palms Casino Resort. Ronaldo est en vacances avec son beau-frère et son neveu. C’était l’été où Ronaldo est transféré de Manchester United au Real Madrid pour le montant record de 94 millions d’euros.

Kathryn Mayorga est sortie avec une amie ce soir-là, dit-elle à Der Spiegel. Puis quelqu’un lui touche le bras : Ronaldo. « Il a dit quelque chose dans le genre de : toi, viens avec moi. »

Ronaldo se serait moqué d’elle parce qu’elle ne l’a pas suivi tout de suite, dit-elle. Puis il lui aurait payé un verre et l’aurait présentée à son entourage. Ils ont parlé un peu et il lui aurait demandé son numéro de téléphone. « Je lui ai donné, puis il est parti. J’ai pensé : ok, cool. »

Ronaldo lui aurait ensuite envoyé un SMS, dit Mayorga. La femme, son amie, Ronaldo et son groupe se seraient rencontrés dans le hall des Palmiers, après quoi ils se sont rendus ensemble dans l’appartement de Ronaldo. Certains se seraient assis dans le jacuzzi. Ronaldo lui aurait offert un maillot de bain, dit Mayorga.

Mayorga dit qu’elle est allée dans la salle de bain pour se changer. Alors qu’elle ne portait qu’un short, Ronaldo est soudainement entré, le sexe sorti de son pantalon. « Il se tenait à côté de moi et voulait que je touche son pénis. Il m’a supplié : c’est seulement pour 30 secondes ! J’ai dit non. Puis il a dit que je devais le mettre dans la bouche. Quel idiot ! J’ai ri et j’ai pensé : « c’est une blague. Ce type est si célèbre et il a l’air si bien, mais c’est un pervers. »

Ronaldo n’a pas lâché l’affaire. « À un moment donné, il m’a dis: « Je te laisserai partir si tu m’embrasses. » Et j’ai dit, d’accord. Je t’embrasse, mais je ne te touche pas. »

Kathryn Mayorga assure qu’elle l’a seulement embrassé et ne l’a jamais touché. Mais le baiser l’aurait rendu encore plus excité. « Il m’a touchée partout, même bas, et il voulait m’embrasser partout. Je l’ai repoussé et j’ai encore dit non. »

Selon Mayorga, Ronaldo n’a pas abandonné et l’a emmenée dans une chambre. « Je l’ai encore repoussé. Il a essayé d’enlever mes sous-vêtements. Je me suis ensuite roulé dans une boule et j’ai essayé de protéger mon vagin avec mes deux mains. Puis il m’a sauté dessus. » Elle dit qu’elle a répété « non, non, non, non. » Mais Ronaldo l’aurait violée par voie anale, affirme Kathryn Mayorga. Sans préservatif ni lubrifiant.

Questionnaires

Le lendemain, Mayorga se rend à la police et est examinée au University Medical Center de Las Vegas. L’affaire a reçu un numéro de référence qui apparaît plus tard dans le règlement entre Mayorga et Ronaldo. A la police, Mayorga est silencieuse sur l’identité de l’homme qui l’aurait violée.

Elle est conseillée par son avocat. Il lui conseille de ne pas publier l’histoire. Mais Mayorga ne voulait pas qu’il s’en tire à bon compte : « Je voulais lui donner une leçon. Et je voulais qu’il paie les thérapies pour lesquelles j’étais sûr d’avoir besoin. Je n’ai jamais voulu m’enrichir. Mais je voulais pouvoir le regarder dans les yeux et lui dire ce qu’il m’a fait. »

D’après les documents que FootballLeaks a transmis à Der Spiegel, il semble que l’avocat de Mayorga ait contacté un avocat de Ronaldo en juillet 2009. Dans les mois qui ont suivi, toute une équipe d’avocats s’est occupée de régler les accusations portés contre le champion. Ils ont ainsi soulevé une centaine de questions auxquels ont dû répondre Ronaldo, son beau-frère et son neveu.

Dans ce document, Ronaldo reçoit l’alias’X’, Kathryn Mayorga est ‘Mme C’.

Il existe plusieurs versions du questionnaire. Les questions restent les mêmes, mais les réponses ne le sont pas. Dans une version de décembre 2009, Ronaldo parle de relations sexuelles avec consentement mutuel. Il dit aussi qu’il n’a reçu aucun signal indiquant qu’elle n’était pas d’accord avec le rapport sexuel ou qu’elle se sentait mal après.

Mais il existe une autre version, plus ancienne, du questionnaire. De Standaard a également pu consulter ce document. Ce questionnaire a été envoyé par mail en septembre 2009. L’expéditeur est un avocat du cabinet de Carlos Osório de Castro, un proche de Ronaldo. Les destinataires du mail étaient Osório de Castro et un autre collègue.

« Non, non, non, non. »

Sur la question de savoir si Mme C aurait levé la voix, crié ou appelé, Ronaldo a répondu :

« Elle a dit non et s’est arrêtée plusieurs fois. […] Elle s’est couchée sur le côté. […] Je l’ai poussée derrière elle. C’était brutal. Nous n’avons pas changé de position. Cela a duré cinq à sept minutes. Elle a dit qu’elle ne voulait pas, mais elle est restée disponible. »

Plus loin : « Elle a toujours dit non. ‘Ne le faites pas. Je ne suis pas comme les autres.’  Rétrospectivement, je me suis excusé. Mais elle n’a pas crié ou appelé. »

Une question est posée : Mme C a-t-elle dit que l’acte sexuel aurait été trop brutal pour elle ? Selon ‘X’: « Elle ne s’est pas plainte que ce soit trop brutal. Elle s’est plainte que je l’ai forcée. Elle n’a pas non plus dit qu’elle irait voir la police. « 

Ronaldo confirme dans cette version du questionnaire que Mayorga a dit plus d’une fois « non ». Et il s’est excusé auprès d’elle après. Il y a des contradictions quant à savoir si Kathryn Mayorga l’aurait satisfait à la main. Il dit oui. Elle dit que non.

Il décrit également les préliminaires dans la salle de bain. Il décrit également la première rencontre dans la boîte de nuit différemment d’elle : les femmes auraient demandé à être dans la section VIP et auraient beaucoup bu. Les numéros de téléphone n’auraient pas été échangés. Ronaldo aurait invité les femmes rencontrés au club à son hôtel.

Kathryn Mayorga, comme le rappelle le groupe d’amis de Ronaldo, n’aurait pas eu l’air si dégoûtée quand elle est sortie de la pièce.

La police a été entravée

Le témoignage de Ronaldo devant ses avocats est une preuve importante pour Stovall, la nouvelle avocate de Mayorga. L’accord que les deux parties ont conclu à l’époque aurait, selon lui, pour but d’entraver l’enquête policière. Ce n’est pas permis (ndlr : une clause / accord pour cacher un crime est un crime aux Etats-Unis).

Kathryn Mayhorga a quitté son emploi parce qu’elle dit maintenant qu’elle a besoin de toutes ses forces. Elle vit cachée et veut être injoignable.

Ronaldo était aussi injoignable. Depuis un an et demi, Der Spiegel lui a donné à plusieurs reprises l’occasion de donner sa version des événements de 2009. Toutes les tentatives n’ont abouti à rien. « Toute information à ce sujet ne serait pas légale », a rapporté un avocat de Ronaldo.

La police a eu plusieurs contacts avec Kathryn Mayorga au cours des dernières semaines et l’a interrogée à nouveau. Au Nevada, les accusations de viol ne sont pas couvertes par la prescription si elles sont signalées à la police.

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« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées ». (André Malraux)