Voilà presque une décennie que les Français s’habituent à voir dans leurs cages les mêmes gardiens. Numéro un, Hugo Lloris. Numéro deux, Steve Mandanda. Mais les indisponibilités simultanées des deux membres de ce tandem lors de la trêve internationale de septembre ont contraint Didier Deschamps à titulariser pour la première fois Alphonse Areola, à faire appel à Benoît Costil, et, également pour la première fois, à Benjamin Lecomte. L’occasion de se poser quelques questions sur la prochaine page à écrire dans le livre des portiers bleus.

Le début d’un changement progressif ?

 Bien sûr, il ne s’agit pas encore de destituer Hugo Lloris, lequel ayant largement prouvé sa carrure internationale avec une formidable Coupe du Monde dans les buts bleus. Véritable artisan de la victoire finale, on se souviendra longtemps de ses horizontales contre l’Australie et l’Uruguay et de son chef d’œuvre contre la Belgique. Autant de faits d’armes que la fâcheuse boulette heureusement non-préjudiciable contre la Croatie ne fera pas oublier.

Pour Steve Mandanda, en revanche, cela semble bien moins certain. S’il a accompli son rêve d’une titularisation en Coupe du Monde (et accessoirement d’un sacre, faut-il le rappeler) face au Danemark (0-0, dans le troisième match de poule), sa rentrée est bien plus compliquée. Le natif de Kinshasa n’a en effet participé qu’à une seule des quatre rencontres de l’OM, au cours de laquelle il n’est pas innocent sur le deuxième but nîmois et sort, blessé, au profit de Yohann Pelé. Sa concurrence avec « l’Albatros”, d’ailleurs, semble de plus en plus ambiguë, celui-ci faisant plutôt office de numéro « un et demi » que deux grâce à son statut acquis pendant la saison anglaise (et ratée) de Mandanda. Enfin, “El Fenomeno” traverse physiquement une spirale négative avec quatre blessures en moins d’un an. Pire, selon l’Equipe, Mandanda serait revenu de Russie avec une condition physique discutable et accuserait même quelques kilos en trop.

S’il s’avérait que Steve Mandanda ait entamé sa pente descendante, il serait donc judicieux d’entrevoir le futur avec un nouveau numéro deux dès maintenant.

 Heureusement, Areola est là ?

Champion du monde sans aucune sélection avec les Bleus, Alphonse Areola s’est donc naturellement imposé comme titulaire, en tenant compte des blessures du duo Lloris-Mandanda, pour la Ligue des Nations en septembre et notamment un match contre l’Allemagne. Et quel match ! Face à la Mannschaft, le Parisien a tout simplement effectué (du moins, statistiquement) la meilleure performance d’un gardien bleu des dix dernières années, en empêchant à six reprises l’ouverture du score allemande à l’Allianz Arena. La France s’enthousiasme alors et se dit assez logiquement que le futur remplaçant de Lloris est tout trouvé. Elle semble bien loin, l’époque où Areola était outrageusement moqué sur les réseaux sociaux, et même dans la presse, à cause de plusieurs erreurs en 2016-2017, saison durant laquelle Paris ne remporte pas le titre.

Néanmoins, Lloris n’est pas parti, et on l’imagine volontiers titulaire à l’Euro 2020, et sûrement aussi en 2022. Quoiqu’il arrive lors de cette Coupe du Monde 2022, il y aura ensuite, très probablement, une nouvelle génération de gardiens à mettre en place, et la décision du digne héritier sera lourde de conséquences pour le nouveau projet de Clairefontaine. Peut-être même qu’un changement de sélectionneur aura lieu ? Or, dans quatre ans, Areola aura 29 ans. Est-ce bien judicieux pour un nouvel entraîneur de construire un projet avec un gardien qui dépassera la trentaine pour l’Euro 2024 et le Mondial 2026 ? Et Benjamin Lecomte, de deux ans son aîné et appelé après le forfait de Lloris, apparaît comme un candidat encore moins probable en tant que titulaire.

Lafont la forme

Restons en 2022, Alban Lafont a alors soufflé sa vingt-troisième bougie et, à 25 ans au prochain Euro et 27 ans au Mondial suivant, il représente LA solution d’avenir. Réaliste, posé et se décrivant lui-même comme “calme”, le Franco-Burkinabé fan de Mandanda a donc toutes les clés en main pour prendre sa place, lui qui vit une progression constante, sans pression depuis son premier match de Ligue 1 alors âgé seize ans. Fort de son expérience acquise très tôt sur la ligne de but toulousaine avec plus de cent matchs avant même d’avoir eu la vingtaine, et de son passage (on l’espère réussi) à la Fiorentina, il entrera dans la meilleure partie de la carrière d’un gardien pour les prochaines compétitions majeures de l’Équipe de France.

En revanche, derrière ces deux portiers, rares sont les gardiens français à se distinguer. Si l’on cherche un outsider, Paul Bernardoni est peut-être le premier nom qui nous vient en tête. Titulaire chez l’Équipe de France Espoirs et titulaire à Nîmes où il est prêté par Bordeaux, il est régulièrement l’auteur de belles performances partout où il passe. Toutefois, il n’a pas encore eu l’occasion de prouver sa valeur au très haut niveau. D’autant plus qu’il fut tantôt fautif tantôt impuissant lors de son premier gros test face à Paris le 1er septembre dernier, malgré un match honorable des siens.

Malheureusement (ou heureusement, pour la beauté de la surprise), prévoir la marge de progression d’un jeune, et surtout d’un gardien, pour quatre, six ans plus tard relève de l’impossible. A l’heure où ces lignes sont écrites, Areola est bien parti pour être une valeur sûre. Lafont n’a plus qu’à confirmer son grand potentiel de l’autre côté des Alpes et Bernardoni fait figure de sérieux outsider. Mais il est difficile de savoir lequel des trois va s’imposer, quels seront les choix du staff français, et si des gardiens aujourd’hui inconnus ou presque vont s’imposer naturellement dans les prochaines années.

Auteur : MatthiasT.
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