Alors que dans deux jours, la Coupe du Monde 2018 rendra son verdict et que la finale se disputera au Stade Loujniki, retour sur l’une des premières et des plus cruelles finales de l’histoire, le drame du Maracanaço qui a traumatisé le Brésil.

Le Maracanaço, un contexte tendu

Nous sommes en 1950, la Coupe du Monde se dispute au Brésil. C’est le premier tournoi depuis la seconde guerre mondiale, et le peuple brésilien s’enorgueillit d’accueillir la compétition. Le tournoi cherche encore sa formule d’organisation. En effet, un premier tour à quatre groupes de quatre équipes est organisé, puis un tour final. Il n’y aurait donc pas dû avoir de finale à proprement parler.

Au premier tour, le Brésil se classe facilement premier de sa poule : une victoire 4-0 face au Mexique, un nul 2-2 contre la Suisse et une jolie victoire 2-0 contre la Yougoslavie permet aux canarinhas, alors vêtus de maillots blancs à liserés bleus de se qualifier pour le tableau final.

L’Uruguay a un parcours un peu plus étonnant. En effet, elle ne dispute qu’un seul match : une large victoire 8-0 face à la Bolivie. En effet, son groupe est composé de l’Ecosse et de la Turquie en plus des deux sud-américains. Les deux eurasiatiques déclarent forfait avant la compétition, et l’Uruguay-Bolivie devient donc le seul match de la poule.

L’Uruguay et le Brésil sont rejoints dans le tableau final par l’Espagne et la Suède. Le Brésil prend très vite l’ascendant dans la poule, en humiliant la Suède 7-1 et en corrigeant l’Espagne sur le score de 6-1. Pour sa part, l’Uruguay est un peu plus en difficulté : elle arrache le nul 2-2 en fin de match contre l’Espagne et bat 3-2 la Suède in-extremis.

Le Brésil est donc premier avec quatre points et une différence de +11, tandis que l’Uruguay arrive à la seconde place, trois points en poche et +1 seulement à la différence de but. Le Brésil est donc champion du monde en cas de victoire ou de match nul, tandis que l’Uruguay est contraint à l’exploit. Dans l’autre match de la poule, la Suède s’impose anecdotiquement 3-1 face aux espagnols.

Un premier acte à l’avantage du Brésil

L’équipe brésilienne est plutôt confiante au moment d’affronter l’Uruguay. D’une part, ils sont dans une position favorable sur le plan comptable, et d’autre part, ils sont grands favoris de cette finale qui n’en est pas vraiment une. En plus, ils peuvent compter sur le soutien du public, venu en nombre dans ce qui est le plus grand stade du monde. 173 850 spectateurs sont massés dans les tribunes, en espérant voir le Brésil triompher. Parmi eux, Jules Rimet, créateur de la Coupe du Monde et président de la FIFA depuis alors vingt-cinq années. Le médaillé de la croix de guerre 1914-1918 a même écrit son discours en portugais pour féliciter les brésiliens. Dans les rues, la liesse est palpable, les journaux titrent à la gloire du Brésil.

Et la première mi-temps vient confirmer cela. Les deux formations s’opposent dans le schéma en 2-3-5 en vogue à l’époque. Le Brésil peut notamment compter sur Ademir en attaque, qui est meilleur buteur de la compétition avec huit réalisations. Dans la cage, Moacir Barbosa est titulaire. C’est un des premiers gardiens noirs de l’histoire du Brésil, et en plus, il ne porte pas de gants sur les mains. L’arbitre est britannique, il s’agit de monsieur George Reader.

Moacir Barbosa n’est quasiment pas sollicité dans la première phase de la partie. Les offensives brésiliennes déferlent sur la cage uruguayenne. Dix-sept occasions viennent faire frémir les coéquipiers de Schiaffino. Mais ils ne cèdent pas, et rentrent à la pause en étant à égalité, sur un score nul et vierge. Moran et Ghiggia sur les côtés sont principalement cantonnés aux phases défensives, et l’Uruguay ne parvient pas à se montrer dangereux.

La pause, l’Hiroshima, le Maracanaço

A la pause, les sourires sont présents dans le clan brésilien. Réservés, mais présents quand même. Le Brésil est pour le moment champion du monde pour la première fois de son histoire. Et tout va s’accélérer quand l’ailier gauche brésilien, Friaça, à la quarante-septième minute de jeu, vient tromper Roque Maspoli. Le Brésil mène 1-0, et il faudrait un cataclysme pour qu’il ne soit pas sacré. Les poignées de main s’échangent en tribune. L’Uruguay est sous pression, et sait qu’il doit marquer à au moins deux reprises pour toucher le Graal et remporter leur deuxième Coupe du Monde et ainsi ajouter une quatrième étoile au blason – en plus des deux Jeux Olympiques de l’époque pré-Coupe du Monde.

Alors les joueurs uruguayens prennent plus de risque. Un peu après l’heure de jeu, Schiaffino, le meneur de jeu uruguayen, prend ses responsabilités et frappe en force vers le but brésilien. Moacir Barbosa est surpris, l’Uruguay revient à 1-1 et à un but d’une nouvelle victoire en Coupe du Monde. Le Brésil cherche donc à gérer et à ne pas trop se découvrir. Soudain, alors que dix minutes à peine restent à jouer, Alcides Ghiggia, jusque là très discret offensivement, s’offre une chevauchée fantastique sur son couloir, et, au lieu de centrer, pénètre un peu vers la gauche et frappe au premier poteau. Le Maracaña retient son souffle. Ghiggia lève les bras vers le ciel : l’Uruguay vient de prendre l’avantage. Les dernières minutes sont pesantes, le Brésil ne parvient pas à renverser le match. L’Uruguay est champion du monde. C’est le Maracanaço.

La remise des trophées se fait en catimini dans les vestiaires. Le public est en larmes. L’opinion cherche des coupables. Le maillot blanc, d’abord, ne sera plus jamais porté. Aucun match ne sera organisé pour le Brésil lors des deux années suivantes. Et le gardien noir, Moacir Barbosa, est mis au ban. « Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de 30 ans. Moi, je paie depuis plus de 43 ans pour un crime que je n’ai pas commis », dira-t-il. Ce match le bouleverse jusqu’à sa mort. Et l’empêche d’être des sacres brésiliens de la génération Pelé, Garrincha et Amarildo.

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