« J’ai pris la décision de ne pas continuer l’année prochaine comme entraîneur du Real Madrid ». En une phrase, Zinédine Zidane bouleverse la planète football. L’entraîneur de la machine madrilène quitte la maison blanche, au top, comme à son habitude.

Né dans les pleurs

Ce n’est pas la première fois que Zinédine Zidane prend sa retraite. Le double Z nous avait déjà habitué à le voir se retirer des terrains. La première fois, c’était en août 2004. Zizou avait annoncé qu’il quittait la sélection. Mais Zizou était revenu sur sa décision un an après, et avait aidé les bleus à atteindre la finale de la Coupe du Monde allemande. Et encore une fois, Zidane avait signifié d’une manière tonitruante son retrait. Un coup de tête dans le ventre du défenseur italien, une défaite de la France en finale de la plus belle compétition d’équipes nationales. Beaucoup d’enfants ont vécus là leurs premières vraies sensations liées au football. Tous ceux trop jeunes pour 98 ou 2000 ont là un de leurs premiers souvenirs de football. Ont versés leurs premières larmes en voyant Fabio Grosso marquer son tir-au-but.

Mais Zidane était parti dans la honte, deux fois. La honte d’un Euro 2004 manqué pour la France. Et la honte d’une Coupe du Monde où il dégoupille à quelques minutes du terme, après avoir réalisé une partie de talent. La légende veut que la France ait perdu les tirs-au-but de ce fait. Rien n’est moins sûr. Mais toujours est-il que Zinédine Zidane aime soigner ses départs. Dans les projecteurs, pour sa dernière apparition de footballeur professionnel. Avec les caméras braquées sur lui. Avec le monde du football qui s’intéresse à ce moment précis, rentré dans la légende. Et aujourd’hui, Zinédine Zidane ne part pas dans la honte. Il part à son apogée, ZZ. ZZ Top. Cinquante-cinq millions d’albums vendus pour le groupe, des millions de gamin amenés au football pour l’autre.

Blues rock

Zinédine Zidane a réalisé ce dont tous les coachs rêvent, mais qu’aucun n’ont jamais atteint (à part ceux de l’OL féminin). Un back to back to back en Ligue des Champions. La plus grande des compétitions, celle dont tous les joueurs rêvent. Zidane a donné des sensations énormes aux amateurs de football, en projetant dans le Real Madrid un mélange de talent (Cristiano Ronaldo), de vice (Sergio Ramos) et de dévotion dans le collectif (Karim Benzema). L’entraîneur au toucher de balle phénoménal part à l’apogée, en ayant fait du Real une machine à gagner la Ligue des Champions, une machine à être présente dans les grands moments.

L’homme aux quatorze cartons rouges en carrière professionnel quitte sans doute le poste d’entraîneur du Real Madrid pour prendre le temps de la réflexion. Pour se poser, et se rendre compte de ce qu’il a fait. Car ce qu’il a fait est absolument incroyable. Il y a trois ans, nombreux étaient les sceptiques après un passage en demi-teinte à la Castilla. Et aujourd’hui, il s’est imposé comme le meilleur coach français en activité, très loin devant ses successeurs, avance qui s’est accrue avec la retraite d’Arsène Wenger. Dans un style très différent de l’Alsacien, certes, mais avec le même amour du football.

Un amour du football qui pourrait pousser Zinédine Zidane à prendre la tête de l’équipe de France. Car celle de Deschamps est arrivée sans doute en bout de cycle, et aura besoin de changement peut-être après cette Coupe du Monde. En effet, une équipe, surtout nationale, ne progresse jamais autant qu’en ayant des cycles stables mais réguliers d’entraîneurs. Et si le double D venait à quitter le poste d’entraîneur, alors c’est assurément le double Z qui devrait prendre la suite. Surtout quand on sait que Zidane est de l’école espagnole des entraîneurs, et qu’avoir des entraîneurs formés à l’étranger est très bénéfique pour une équipe (*).

(*) Cf. Soccernomics, S. Kuper, S. Szymanski, première publication 2009 et réédité pour la Coupe du Monde 2018.
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