Roger Piantoni est décédé hier, à l’âge de 86 ans. Oraison funèbre à cet attaquant qui fut l’un des plus illustres de son temps.

L’enfant de Piennes

Roger Piantoni voit le jour le 26 décembre 1931 à Etain, dans la Meuse. Mais c’est quelques kilomètres plus loin, en Meurthe-et-Moselle, qu’il passe la majeure partie de son enfance. A Piennes, il commence pour la première fois à jouer au football, avec le fils de mineur polonais Tadeusz Cisowski. Il prend sa première licence au sein de l’US Piennes alors qu’il n’a pas encore quinze ans. Mais cela ne l’empêche pas, à dix-sept ans, de remporter la Coupe des Cadets. L’année suivante, il est même préselectionné pour l’Euro Junior. Et puis tout s’accélère quand il est sacré champion de Lorraine et meilleur buteur avec Piennes en 1950.

L’enfant de Piennes s’exile à Nancy, où le FC Nancy le place comme avant-centre titulaire. Un pari réussi pour le club du pont d’Essey, puisque Roger Piantoni termine meilleur buteur du championnat avec 27 réalisations. L’avant-centre d’origine italienne connaît même sa première cape en bleu à la fin de la saison, dans un amical contre l’Irlande. Ses performances exceptionnelles sur le plan individuel ne le sont pas autant du point de vue collectif. En effet, le FC Nancy de Jacques Favre s’incline en finale de Coupe de France 1953, et échoue aux places d’honneur sans titres en championnat.

Ces déconvenues sont néanmoins compensées par un match amical contre le Real Madrid à Chamartin, dans l’antre merengue, où Piantoni marque un but et où Nancy s’impose 4-2. Un match où un certain Alfredo di Stefano fera ses débuts espagnols… Et c’est grâce à ce Real Madrid que Piantoni quittera Nancy. En effet, la maison blanche achète Raymond Kopaszewski, dit Raymond Kopa, au Stade de Reims. Alors que Nancy vient d’être relégué en D2, les rémois en profitent et s’attirent les services de Roger Piantoni pour 25 millions d’anciens francs.

Roger Piantoni, « bout d’chou »

En plus de Roger Piantoni, le club champenois en profite pour recruter les internationaux Just Fontaine et Jean Vincent. Et Piantoni en profite lui aussi : il est sacré champion de France en 1958, et devient la nouvelle idole du public. En plus de ce premier titre, il remporte la Coupe de France contre le Nîmes Olympique. Avec dix-sept réalisations pour sa première saison et vingt au cours de la suivante, il forme un duo absolument létal en attaque avec Just Fontaine. Albert Batteux, l’entraîneur de Piantoni à Reims, est aussi son sélectionneur pour le mondial 1958 en Suède. Coupe du Monde où la France termine troisième, et où Just Fontaine marque à treize reprises !

La saison 1958-1959 sera très mitigée pour Piantoni. A titre individuel, celui que l’on commence à surnommer « bout d’chou » marque vingt fois. Mais à titre collectif, le club termine au pied du podium, et surtout est battu par le Real Madrid en finale de Ligue des Champions, la première de l’histoire. Mais un an après cette épopée européenne, Reims s’adjuge un nouveau titre de champion, encore une fois grâce à son duo Roger Piantoni-Just Fontaine, quarante-six buts à eux deux. Piantoni le gaucher dans le travail de l’ombre, Just Fontaine le droitier à la finition, une des plus belles doublettes offensive de l’époque.

Un duo qui va se fracturer en même temps que la jambe de Just Fontaine, qui met fin à sa carrière à l’orée de la saison 1960-1961. Roger Piantoni, seul titulaire en pointe, est de nouveau sacré meilleur buteur de la première division française, titre qu’il n’avait pas obtenu depuis sa période nancéienne. Et Piantoni n’est pas loin de connaître la même mésaventure que Fontaine : en bleu, il se blesse sévèrement au genou. Heureusement, il parvient à revenir, et marque seize fois en dix-huit apparitions lors de la saison 1961-1962 qui voit les rémois champions à nouveau.

Construit dans le regard

A l’issue de cette saison, Roger Piantoni n’est pas sélectionné pour la Coupe du Monde en bleu. Une seule Coupe du Monde, celle de 1958, donc, pour le lorrain. Une Coupe du Monde suédoise marquée par une anecdote amusante : alors que la France devait défier l’Allemagne avec Piantoni titulaire en pointe, ce dernier est opéré en urgence d’une crise d’appendicite avant le match. Piantoni et les bleus, une histoire courte et intense, qui le verra inscrire son dernier but en septembre 1961 sur coup franc direct, preuve de son incroyable richesse de jeu.

Mais Piantoni et Reims vont bientôt se séparer. En 1964, le lorrain rejoint Nice en deuxième division. Il termine champion de D2 et met fin à sa carrière en club après cette promotion. Après seize années de carrière, il avait marqué à deux-cent-soixante-cinq reprises en quatre-cent-quatre-vingt-quinze apparitions. Sa carrière en bleu était du même acabit : dix-huit buts en trente-sept apparitions. Roger Piantoni était indéniablement un des meilleurs joueurs de son époque. Son mètre soixante-quatorze et son gabarit quelque peu frêle, allié à son visage calme et serviable, lui donnaient l’allure du gendre idéal.

Membre de la FFF après sa carrière, il est notamment responsable de l’éclosion de Michel Platini à Nancy après avoir rejoint indirectement l’encadrement du club lorrain. Alors rendons un très grand hommage à ce monsieur du football français, qui est disparu il y a quelques heures. Car ce sont ces noms, parfois oubliés, souvent méconnus, qui font la richesse de notre football français. Et ces hommes ont tout donné, à une époque où les conditions de vie n’avaient rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Une dernière fois, Roger Piantoni, adieu, et repose en paix.

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