Le football russe est connu notamment pour son école des gardiens, sublimée par le ballon d’or obtenu par Lev Yashin, le seul décroché par un portier dans l’histoire. Mais aujourd’hui, cette école des gardiens semble en perte de vitesse. Mais elle reste magnifiée par l’éternel Igor Akinfeev, portier du CKSA Moscou depuis 2002.

L’enfant

8 avril 1986, Vidnoïe, banlieue de Moscou, Russie. Ce qui pourrait sonner comme le début d’un James Bond est le début de l’histoire d’Igor Akinfeev. Son père n’est pas un grand joueur de football : il est routier. Sa mère est enseignante. Et les Akinfeev sont relativement pauvres. Mais Igor Akinfeev est élevé dans le respect des valeurs, choses peu évidente dans une Union Soviétique qui se désagrège en Russie. Igor n’a que quatre ans, quand pour la première fois, son talent est remarqué. Lors d’une détection pour le CSKA Moscou, le petit Igor enfile pour la première fois les gants. L’Union Soviétique s’effondre, et ce n’est pas ce genre d’arrêt qu’Igor fait. Ce sont des arrêts beaucoup plus triviaux, mais aussi des arrêts impressionnants pour un garçon de son âge. Et à la suite de cette détection, le jeune portier intègre le centre de formation du CSKA.

Un centre de formation qu’il va fréquenter pendant de nombreuses années. Pas toujours titulaire indiscutable dans sa catégorie d’âge, il va falloir attendre ses dix ans pour se révéler. Au cours d’un tournoi en Serbie, Miljan Miljanic dira de lui que c’est le successeur de Lev Yashin. Soit. Mais Igor ne prend pas la grosse tête. Et continue à travailler durement, en cours comme sur le terrain. Il décrochera ainsi sans difficulté une place à l’Académie Moscovite de Culture Physique en 2003. Mais l’aventure a réellement commencée pour lui un an plus tôt. En effet, c’est en 2002 qu’il connaît sa première sélection avec les espoirs russes. Et qu’il connaît ses premiers appels dans le groupe du CSKA.

Au pays de l’étoile

Il participe logiquement au stage de présaison du CSKA, qui se dispute en Israël. Et il réalise des performances à l’entraînement telles qu’il se voit titularisé en amical. Un match qu’il éblouit de sa classe et de son talent, mettant de côté Mandrykin, le titulaire habituel. Et le flambeau va être passé lorsque ce dernier va se blesser en coupe contre le Zenit. Sa première titularisation a lieu le 31 mai 2003. Pour sa première il arrête un penalty et est élu homme du match. Et dès sa première saison, il remporte le championnat de Russie avec le CSKA.

Et pour que l’histoire soit belle, et ne devienne pas une éternelle histoire d’un joueur dont le talent était grand mais qui s’est perdu, tout va très vite s’accélérer, lorsqu’en 2003, Dusan Ivkovic décide de faire du jeune homme de 18 ans son gardien numéro un. Et Igor Akinfeev acquiert haut la main un nouveau championnat, mais surtout des premières capes avec la sélection russe. Dans la foulée, il s’impose aussi en Coupe de l’UEFA, remportant son premier trophée européen.

Les comparaisons avec Lev Yashin fusent, tant le jeune portier semble prometteur. Arsenal et le Bayern de Munich s’intéressent au jeune gardien russe, mais il est très attaché à son club de toujours, le CSKA. Et sa rupture des ligaments croisés en 2007 n’y change rien. Comme toujours, Igor Akinfeev travaille d’arrache-pied et parvient à disputer l’Euro 2008, et surtout son centième match avec le CSKA. Cet Euro sera celui de la révélation, avec une jolie troisième place pour la Sbornaïa. Une performance qu’ils ne pourra cependant pas rééditer en Afrique du Sud, ni en 2012 en Pologne et Ukraine. Et tout semble basculer vers le bas, avec ce mondial brésilien complètement raté, où il est considéré comme l’un des principaux fautifs. Le futur Yashin est devenu le flop russe du mondial. Ce moment est très difficile à vivre pour Akinfeev.

Le club Netto

Cependant, entre temps, Akinfeev s’est payé le luxe de recevoir sa cinquantième cape avec l’équipe nationale russe, le faisant entrer dans le prestigieux club Igor Netto. Et surtout, Igor Akinfeev reste absolument indéboulonnable au CSKA Moscou, dont il est un des joueurs les plus importants. Pas une seule saison à moins de quarante matchs depuis qu’il est devenu le portier numéro un du club de la capitale. Et surtout, il bat Lev Yashin au nombre de clean sheets en carrière, avec une deux-cent-quatrième copie parfaite en 2014. Et cela, ce n’est pas grâce à sa charnière centrale. Jamais il n’a eu de centraux jeunes et dynamiques devant lui, mais plutôt des gros lourdaux dont la vitesse n’était pas la qualité principale. L’icône du football moscovite a donc doublement plus de raisons d’être fier de ce record.

Aujourd’hui septuple champion de Russie et autant de fois titré en supercoupe, sextuple vainqueur de la coupe nationale, victorieux de la Coupe UEFA en 2005, meilleur joueur de la CEI à une reprise, gardien de l’année cinq fois, son palmarès ne s’arrête pas là. En effet, Volodia Poutine l’a nommé chevalier de l’Ordre de l’Amitié. Et le comité organisateur de la Coupe du Monde 2018 l’a fait ambassadeur du mondial 2018. Pas mal pour quelqu’un qui a battu le record de nombre de matchs avec le CSKA Moscou. Avec près de 550 apparitions au compteur avec le club rouge, plus de cent capes avec la Russie, le gardien de but d’un mètre quatre-vingt-cinq n’a, a trente-et-un ans, pas fini d’écrire son histoire… et commence à écrire sa légende.

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